‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 87 sur 127 · G ROS-R E.N É · texte numérisé non relu

G ROS-R E.N É

J1 falloir en jurer l

É R A s T E , à Marinette,

Apprends-moi donc > de grâce!

Qui te fait me chercher i

Quelqu’un , en vérité ,

Qui pour vous n’a pas trop mauvaise volonté;

Ma maîtresse, en un mot.

Ah ! chcre Marinette,

Ton discours de son cœur est- il bien l’interpretc?

Ne me déguise point un mystère fatal,

Je ne t’en voudrai pas pour cela plus do mal :

Au nom des Dieux , dis-moi si ta belle maîtresse K’abuse point mes vœux d’une fausse tendresse ? Marinette.

Hé! hé! d’où vous vient donc ce plaisant mouvement? llle ne fait pas voir assex son sentiment ?

Quel garant est-ce encor que votre amour demande ? Que lui faut-il î

Gros-Ken É.

A moins que Valere se pende.

Bagatelle I son cœur ne s’assurera point.

Marinette.

Comment ?

Gros-Ken É.

Il est jaloux jusques en un tel point.

Marinette.

( A Erasie. )

I>c Valere?... Ah ! vraiment la pensée est bien belle ! Elle peut seulement naître en votre cervelle.

COMÉDIE. f

Je vous croyois du sens , et, jusqu’à ce moment, J’avois de s’otre esprit quelque bon sentimenr ;

Mais , à ce que je vois , je m’^tois fort trompiîc !...

( A Gros-Ren/, )

Ta tctc de ce mal est-elle aussi frappée?

Gros-René,

Moi, jaloux? Dieu m’en garde, et d’étre assCï badîA l’our m’aller emmaigrir avec un tel chagrin î Outre que de ton ccrur ta foi me cautionne.

L’opinion que j’ai de m&i-mcme est trop bonne Pour croire, auprès de moi, que quclqu’autrc te plût; Où diantre pourrois-tu trouver qui me valût ?

Marinette.

En effet , tu dis bien ! Voilà comme il faut être-. Jamais de ces soupçons qu’un jaloux fait paroître !

Tout le fruit qu’on en cueille est de se mettre mal ,

Et d’avancer par-là les desseins d’un rival.

Au mérite souvent de qui l’éclat vous blesse ,

Vos chagrins font ouvrir les yeux d’une tlsaîtresse.

Et j’en sais tel qui doit son destin le plus doux Aux soins trop inquiets de son rival jaloux.

Enfin , quoi qu’il en soit , témoigner de l’ombrage C’est jouer en amour un mauvais personnage,

Et se rendre, après tout, misérable à crédit....

( A E ras le, )

Cela , Seigneur Eraste , en passant vous soit dif.

Eh ! bien , n’en parlons plus,... Que venoîs tu m^ap* prendre ?

,d LE DÉPIT AMOUREUX;

Marinetts.

Vous méritcriet bien que l’on vous fît attendre; Qu’afîn de vous punir je vous tinsse caché Le grand secret pourquoi je vous ai tant cherché.!. • ( Elit lui donne une Lettre. )

Tenez, voyez ce mot , et sortez hors de doute;' Lisez-le donc tout haut} personne ici n’écoute.

E R A s T £ , lisant.

<c Vous m’avez dit que votre amouc » Etoit capable de tout faire,

» II SC couronnera lui-même dans ce jour, y> S’il peut avoir l’aveu d’un pere.

» Faites parler les droits qu’on a dessus mon coeura 37 Je vous en donne la licence;

33 Et si c’est en votre faveur ,

33 Je vous réponds de mon obéissance. 3>

( A part, après avoir lu. ) ( A Marinette, )

Ah.' quel bonheur !... O toi, qui me l’as apporté. Je te dois regarder comme une Déité !

• Gros-René.

Je vous le disois bien , contre votre croyance :

7c ne me trompe guere aux choses que je pense S É R A s T s , relisant.

ts Faites parler les droits qu’on a dessus mon coeurt »3 Je vous en donne la licence;

33 Et si c’est en votre faveur,

33 Je vous réponds de mon obéissance. 3»

Marinette.

Si je lui rapportois vos foiblesscs d’esprit,

' kUe désavoûroic bientôt un tel écrit*

COMÉDIE

Ah ! cacbç-Iui, de grâce i une peur passagère.

Où mon amc a cru voir quelque peu de lumière ! Ou , si tu la lui dis> ajoute que ma mort Est prête d’eapier l’erreur de ce transport;

Que je vais à ses pieds , si j’ai pu lui déplaire. Sacrifier ma vie à sa juste colereî

Marinettï.

Ne parlons point de mort , ce n’en est point le tems,

lÉ R a s T Z.

Au reste, je te dois beaucoup, et je prétends Reconnoître, dans peu, delà bonne maniéré.

Les soins d’une si noble et si belle Couricre.

Marinïtt*.

A propos *, savez-vous où je vous ai cherché Tantôt encore ^

Hé bien>

Marinetts*

Tout proche du Marché,

Où vous savez.

où donc?

Marinettï.

Là.... dans cette boutique, OÙ, dés le mois passé , votre coeur magnifique Me promit, de sa grâce , une bague,

il R A s T B.

Ah ! j’entends.

gros-René, à part ,

la matoise i »

Er A s T E.

11 est vrai , j’ai tardé trop long-tcms

A m’acquitter vers toi d’une telle promesse»

Mais.... 14 B T T E , l’inttTTompant,

Ce que j’en ai dit , n’est pas que je vous presscî Gros-René, à part.

Ho que non !

JÉ R A s T 1 , hii donnant sa hague.

Celle-ci, peut-être, aura de quoi Te plaire? Acccptc-la pour celle que jedoi.

Monsieur, vous vous moquex!... J aurois h.ontc 4 la prendre.

Gros-René.

ïTauvre honteuse ! Prends , sans davantage attendre* Hefuscr ce qu’on donne est bon a faire aux fous 1 MftR'i "NETTE, à Erastt.

Ceserapour garder quelque chose de vous.

Quand puis-je rendre grâce à ctt Ange adorabicî

vl A R r N E TTE.

Travaillez à vous rendre un peic favorable.

Mais , s’il me rebutoit , dois- je ?...

Marinette, l'interrompant.

Alors comme alors.

Roue vous on empioùa toutes sortes d’eâbrs.

D’une

COMÉDIE. I

D’une façon ou d’autre, il faut qu’elle soit vôtre. Faites votre pouvoir > et nous ferons le nôtre.

Adieu, nous en saurons le succès dans ce jour.

( Eraste relit la Lettre tout las. )

Marinette, â Gros-Ren/,

Et nous , que dirons-nous aussi de notre amour?

Tu ne m’en parles point.

Gr O s -R 1 N â.

Un hymen qu’on souhaite»

Entre gens comme nous, est chose bientôt faite.

Je te veux j me veux-tu de même ?

Marxnette.

Avec plaisir!

Gros-René.

Touche , il suffit.

Marinette.

Adieu, Gros-René, mon désir!

Gros-Ren i.

Adieu , mon astre !

Marinette.

Adieu , beau tison de ma fiammel Gros-René.

Adieu , chcre comete , arc-cn-cicl de mon amc!

^ ( Marinette t'en rat )

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