‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 9 sur 127 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MASCARILLE, L É L I i.

! Mascarille!

Mascarilib.

Quoi ?

Lé L I B.

Voici bien des affaires!

rai dans ma passion toutes choses contraires.’

Idandre aime Célic -, et , par un trait fatal,

Malgré mon changement, est encor mon rival.

Mascarilib.

Léandre aime Célie i

L é LI E.

11 l’adore , te dis-je.

Mascarille.

Tant pis!

Eh ! oui , tant pis ! C’est U ce qui m’afflige) Toutefois , j’aurois tort de me désespérer;

Puisque l’ai ton secours , je dois mo rassurer.

Je sais que ton esprit, en intrigues fertile,

D’a jamais rien trouvé qui lui fût difficile»

Qu’on te peut appeler le Ko! des serviteurs, ^

It qu*en toute la terre...»

COMÉDIE. f

Mascarille, Vinterrompantrn

Eh ! trcvc de douceur».

Quand Tlout faisons besoin, nous autres misdrable»> Uons sommes les chéris et les incomparables; ït dans un autre tems , dès le moindre courroux ,

Kous sommes les coquins, qu’il faut rouer de coups*.

Ma foi! tu me fais tort avec cette inveetWe....

Mais , enfin , discourons de i’aîmablc captive ;■

Dis si les plus cruels et plus durs sentimens Ont rien d’impénétrable à des traits si charmans?

Pour moi. dans ses discours , comme dans son visagc> Je vois pour sa naissance un noble témoignage»

Et je crois que le Ciel , dedans un rang si bas».

Cache son origine , et ne l’cn tire pas.

Mascarille.

Vous êtes romanesque avecque vos chimères..,.

Mais que fera Pandolfe entoures ces affaires ?

C’est Monsieur votre Pcrc , au moins à ce qu’il ditj Vous savez que sa bile assez souvent s’aigrit.

Qu’il peste contre vous d’une belle maniéré, .

Quand vos déportemens lui blessent la visiere l Il est avec Anselme en parole pour vous Que de son Hippolite on vous fera l’cpoiix.

S’imaginant que c’est dans le seul mariage.

Qu’il pourra rencontrer de quoi vous faire sage?.

Et s’il vient à savoir que, rebutant son choix.,.

D’un objet inconnu vous recevez les loix.

Que de ce fol amour la fatale puissance Vou» soustrait au devolt de votre obéissance »

A iij^

Dieu sait quelle tempête alors éclatera,

St de quels beaux sermons on vous régalera !

Ah ! treve , je vous prie, à votre rhétorique! Mascarille.

Mais, vous, treve plutôt à votre politique;

111e n’est pas fort bonne, et vous devriez tâcher....

L É L I E , l’interrompant.

Sais-tu qu’on n’acquiert rien de bon àmcfâcheil Que chez moi les avis ont de tristes salaires?.

Qu’un valet conseiller y fait mal scs affaires?

AIascarille, à part,

( o4 Lelie. )

11 se met en courroux ... Tout ce que j’en ai die lï’étoit rien que pour rire , et vous sonder l’esprit. D’un censeur de plaisirs ai-jc fort l’encolure?

Et MascariUe est-il ennemi de nature ?

Vous savez le contraire, et qu’il est très certain Qu’on ne peut me taxer que d’être tiop humain. Moquez-vous des sermons d’un vieux barbon de perei Poussez votre bidet , vous dis-je , et laissez faire.

Ma foi ! j’en suis d’avis , que ces penards chagrins Nous viennent étourdir de leurs contes badinst ït, vertueux par force , esperent, par envie >

Oter aux jeunes gens les plaisirs de la vie .

Vous savez riion talent ; je m’offre à vous servir.

Ah ! c’est par ces discours que tu peux me ravir!

Au reste, mon amour , quand je l’ai fait paroître»

N’a point été mal vu des yeux qui l’ont fait naître.

COMÉDIE

Wais Lcandre , à l’instant, vient de me ddclarct Qu’à me ravir Céiic il se va préparer:

C’est pourquoi dépêchons , et cherche dans ta tête Les moyens les plus prompts d’en faire ma conquête. Trouve ruses, détours fourbes, inventions,

Peur frustrer mon rival de scs prétentions.

Mascarille.

Laisse7-moi quelque tems rêver à cette affaire....

( A pan. )

Que pourrois-jc inventer pour ce coup nécessaire?

Hé bien, le stratagème?

Mascarille.

Ah î comme vous courez!

Ma cervelle toujours marche à pas mesurés....

( Il rêve. )

J'ai trouvé votre fait : il faut.... Non , je m’abuse» Mais si vous alliez....

L £ L I E , l'interrompant.

Où?

Mascarille.

C’est une foible ruse.

l’en songeois une....

L à L I s , l'interrompant.

Et quelle?

Mascarille.

Elle n’iroit pas bien...,'

Mais ne pourriez-vous pas ?...

^ L £ L 1 s * l'interrompant.

Quoi?

Mascxrillc.

Vous ne pourriez rie*#’

Parlez avec Anselme.

Eh ! que lui puiS'je dire?

Mascarillb.

Il est vrai ; c’est tomber d’un mal dedans un pire,

11 faut pourtant le voir.... Allez chez Trufaldin,

Que faire ?

Mascarille.

Je ne sais.

L li 1 1 E.

C’en est trop à la fin*

Et tu me mets à bout par ces contes frivoles!

Monsieur, si vous aviez en main force pistoles,

Kous n’aurions pas besoin maintenant de rêver A chercher les biais que nous devons trouver.

Et pourrions , par un prompt achat de cette esclave» Empêcher qu’un rival vous prévienne et vous brave. De CCS Egyptiens qui la mirent ici Trufaldin, qui la garde , est en quelque souci î Et trouvant son argent , qu’ils lui font trop attendre » Je sais bien qu’il seioit très ravi de !a vendre;

Car enfin , en vrai ladre il a toujours vécu :

11 se feioit fesser pour moins d’un quart d’écu».

Et l’argent est le Dieu que sur-tout il révère i Mais I« mal, c’cstw„

COMÉDIE

L é L I £ , l'inierrowpantm Quoi ! c’est?

Mascarilli.

Que Monsieur votre pere Ist un autre vilain , qui ne vous laisse pas,

Comme vous voudiiez. manier scs ducats ;

Qu’il n’csf point de ressort, qui pour votre ressource» pût faire maintenant o-n tir la moindre bourse.,,. Mais tâchons de parler à CiMic un moment.

Pour savoir l.i dessus quel est son sentiment.

Sa fenêtre est ici.

Mais Trufaldin. pour elle.

Paît de jour et de nuit exacte sentinelle.

Prends garde.

Dans ce coin demeurex en repos...»

O bonheur!... La voilà qui sort , tout-à-propos.

Page 1