‹ Chef-d'œuvres de T. CorneilleChapitre 14 sur 66 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ÎIRITHOUS, ARIANE, NERIN5.

Ariane.

uel est cc grand secret , Prince ; & par quel mystère Vouloir me l’expliquer et tout-à -coup se taire î

Ne me demandez rien : il sort tout interdit >

Madame ; et par son trouble il vous en a trop dit. Ariane.

Je vous comprends tous deux : vous arrivez d’Athcnesî Pu sang dont je suis née on n’y veut point de Reines » Et le peuple indigné refuse à ce héros P’admettre dans son lit la fiUc de Minos ?

Qu’après la mort d’Ægée il soit toujours le m?me, Qu’il m’ôte , s’il se peut , l'honneur du rang suprême » Trône , Sceptre , grandeur sont des biens superflus i Thésée étant à moi , je ne veux rien de plus :

Son amour paye assez ce que le mien me coûte ;

Le reste est peu de chose.

PlRITHOUS.

Il vous aime , sans doute ; Eh ! comment pourroit-il avoir le cœur si bas Que tenir tout de vous et ne vous aimer pas ?

Mais, Madame, cc n’est que des âmes communes Que l’amour s’autorise à régler les fortunes.

Qu’ Athènes se déclare ou pour ou contre vous ,

TRAGÉDIE;

Vous avez de Minosà craindre le courroux»

It l’hymen seul du Roi peut sans incertitude Vous ôter là-dessus tout lieu d’inquiétude.

Il vous aime, et de vous Naxe prenant la loi Calmera . . .

Ariane.

Vous voulez que j’épouse le Roi ?

Certes l’avis est rare 1 Et si j’ose vous croire.

Un noble changement me va combler de gloire»

Me connoisscz-vous bien ?

Pirithous.

Les moindres lâchetés Sont pour votre grand coeur des crimes détestés :

Vous avez pour la gloire une ardeur sans pareille i Mais, Madame, je sais ce que je vous conseille.

Et si vous me croyez, quels que soient mes avis. Vous vous trouverez bien de les avoir suivis.

Ariane»

Qui , moi ! les suivre ? moi qui voudrais pour Thésée A cent ét cent périls voir ma vie exposée !

Dieux! quel étonnement serait au sien égal ,

S’il savoit qu’un ami parlât pour son rival ?

S’il savoit qu’il voulût lui ravir ce qu’il aime i Pirithous.

Vous le consulterez ; n’en croyez que lui-meme. Ariane.

Quoi ! si l’offre d’un trône avoir pu m’éblouir ,

Je lui demanderais si je dois le trahir ,

Si je dois l’exposer au plus cruel martyre Qu’un aman* , . ,

1 % ARIANE,'

P I R I TH O V Si

Je n’ai dit que ce que j’ai dû dite* Vous y penserez mieux ; et peut-être qu’un jour Vous prendrez un peu moins le parti de l’amour. Adieu , Madame. ( Il veut sortir. )

Ariane, à pan.

II dit ce qu’il faut qu’il me dise ?.. « [A Pi rithoüs , le retenant. ) •

Demeurez avec moi. C’est en vain qu’on déguise î Vous en avez trop dit pour ne me pas tirer D’un doute dont mon cœur commence à soupirer; J’en tremble, et c’est pour moi la plus seusiblc atteinte* Eclaircissez ce doute et dissipez ma crainte;

Autrement je croirai qu’une nouvelle ardeur Rend Thésée infidèle et me vole son cœur.

Que pour un autre objet , sans souci de sa gloire. . *

PlRITHOVS.

Je me tais ; c’est à vous à voir ce qu’il faut croire.

Ariane.

Ce qu’il faut croire ! Ah 1 Dieux! vous me désespérez * Je verrojs à mes vœux d’autres vœux préférés ; Thésée à me quitter.,.. Mais quel soupçon j’écoute ! Non , non , Ptrirhoüs , on vous trompe , sans doute $ Il m’aime ; et s’il m’en faut séparer quelque jour ,

Je pleurerai sa mort , et non pas son amour.

Souvent ce qui nous plait, par une erreur fatale.»*

Ariane.

Parlez plus clairement ; ai-je quelque rivale ?

Thésée a-t-il changé ? viole- i-ii sa foi i ' .

tragédie: - ,

PlKITHODS.

Mon silence déjà s’est expliqué pour moi î P ar-là je vous dis tout. Vos ennuis me font peine ; Mais quand leur seul remede est de vous faire Reine ( N’oubliez point qu’à Naxe on veut vous couronner:

■ G’est le meilleur conseil qu’on puisse vous donner.

Ma présence commence à vous être importune ,

Je me retire.

( Tl sort. )

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