‹ Chef-d'œuvres de T. CorneilleChapitre 15 sur 66 · ARIANE, NÉRINE · texte numérisé non relu

ARIANE, NÉRINE

Ariane.

A. s-tu conçu mon infortune ?

Il n’en faut point douter , je suis trahie. Hélas * Nérine 1

- Je vous plains.

Ariane.

Qui ne me plaindroit pas!

Tu le sais , tu l’as vu ; j’ai tout fait pour Thésée ; Seule à son mauvais sort je me su : s opposée »

Et quand je me dois tout promettre de sa foi , Thésée a de l’amour pour une autre que moi !

Une autre passion dans son cœur a pu naître i J’ai mal ouï, Nérine , et cela ne peut être ï C e seroit trahit tout , raison , gloire , équité ï

54 ARIANE

Thésée a trop de coeur pour tant de lâchetc , 'X

Pour croire qu’à ma mort son injustice aspire,

N É R IN ï.

Pirithoüs ne dit que ce qu’il lui fait dire;

Et quand il a voulu l’attendre si long-tems ,

Ce n’étoit qu’un prétexte à ses feux inconstans ;

Il nourrissoit dès-lors l’ardeur qui le domine.

Ariane.

Ah ! que me fais-tu voir , trop cruelle Nérine !

Sur le gouffre des maux qui me vont abîmer ,

Pourquoi m’ouvrir les yeux , quand je les veux fermer f Hélas ! il est donc vrai que mon aine abusée N’adoroit qu’un ingrat en adorant Thésée ?

* Dieux ! contre un tel ennui soutenez ma raison ,

Elle cede à l’horreur de cette trahison ;

Je la sens qui déjà.... Mais quand elle s’égare Pourquoi la regretter , cette raison barbare ,

Qui ne peut plus servir qu’à me faire mieux voir l e sujet de ma rage et de mon désespoir ?

Quoi ! Nérine, pour prix de l’araour le plus tendre...»

TRAGÉDIE

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