ARIANE, NÉRINE
Ariane.
A. s-tu conçu mon infortune ?
Il n’en faut point douter , je suis trahie. Hélas * Nérine 1
- Je vous plains.
Ariane.
Qui ne me plaindroit pas!
Tu le sais , tu l’as vu ; j’ai tout fait pour Thésée ; Seule à son mauvais sort je me su : s opposée »
Et quand je me dois tout promettre de sa foi , Thésée a de l’amour pour une autre que moi !
Une autre passion dans son cœur a pu naître i J’ai mal ouï, Nérine , et cela ne peut être ï C e seroit trahit tout , raison , gloire , équité ï
54 ARIANE
Thésée a trop de coeur pour tant de lâchetc , 'X
Pour croire qu’à ma mort son injustice aspire,
N É R IN ï.
Pirithoüs ne dit que ce qu’il lui fait dire;
Et quand il a voulu l’attendre si long-tems ,
Ce n’étoit qu’un prétexte à ses feux inconstans ;
Il nourrissoit dès-lors l’ardeur qui le domine.
Ariane.
Ah ! que me fais-tu voir , trop cruelle Nérine !
Sur le gouffre des maux qui me vont abîmer ,
Pourquoi m’ouvrir les yeux , quand je les veux fermer f Hélas ! il est donc vrai que mon aine abusée N’adoroit qu’un ingrat en adorant Thésée ?
* Dieux ! contre un tel ennui soutenez ma raison ,
Elle cede à l’horreur de cette trahison ;
Je la sens qui déjà.... Mais quand elle s’égare Pourquoi la regretter , cette raison barbare ,
Qui ne peut plus servir qu’à me faire mieux voir l e sujet de ma rage et de mon désespoir ?
Quoi ! Nérine, pour prix de l’araour le plus tendre...»
TRAGÉDIE