DES PIECES
JLes Engagcmcns du hasard. Comédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. * * * ; représentée à l’Hôtel de Bourgogne en 1647 , imprimée à Paris , en , in- 11.
ce Ce fut par cette Comédie dans le goût Espagnol que Thomas Corneille débuta dans le Genre Dramatique ; l’intrigue en est assez bien filée , quoiqu’elle ne porte que sur des combats , des incidcns et des méprises Du reste , nul caracteie à saisir, nuis ridicules attaqués. Cette Piece eut un succès qui devint pour l’Auteur un engagement réel de continuer cette carrière. »> Dictionnaire Dramatique , &c.
D. Padrique, après un long voyage, arrive à Madrid, où il loge chez D. César s son ami , qui a une soeur nommée Elvire, destinée à un certain D. Lope, absent ; mais laquelle se sent bientôt du penchant pour
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D. Padriquequi en éprouve autant pour el!e. Elvirc voulant s’assurer do la vérité des sentimens qu’elle inspire à D. Vadrique lui donne plusieurs rendez-vous où elle paroît voilée et si bien déguisée qu’il ne peut la reconnoître. Cette nouvelle intrigue pique sa curiosité , sans pourtant le rendre inconstant ; et clic sert au dénoûmcnt d’une autre intrigue » entre Isabelle, fille de Lconel et amante de D. téijx; mais que D. César poursuit et prétend épouser. D. Padriquc , rencontré chez Isabelle , où il va voir son inconnue , devient suspect au pere et aux deux amans d'Isabelle. Cependant tout s’éclaircit: Elvirc se fait connoître ; Lconel accorde sa fiile à D. Félix i D. César y renonce, voyant qu’il n’est point aimé ; et apprenant la more de D. Lopc , il donne Elvire à D. Padriquc.
Voici ce que pensoit Thomas Corneille de cette Pièce, ec
comment il s’en explique dans son Epitredédicatoire.
et Quoique je vous fasse un assez mauvais présent, je ne laisse pas de prétendre que vous m’en soyiez obligé, puisque, pour vous donner des preuves de la déférence que j’ai pour tous vos sentimens, je m’expose à me faire condamner du public, en lui abandonnant un Ouvrage que je n’en saurois croire digne. Vous savez que je penchois entièrement à le supprimer , et que n’étant qu’un premier essai de Poésie que je n’avois osé avouer quand il parut d’abord sur le Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne , je faisois dessein de n’en permettre jamais l’impression ; mais vous vous y opposâtes si fortement , pour l’intérôt du fameux
I>. Pedro Calderon , qui a traité cette Comédie avec tant d’esprit, sous le même titre de Los empeiuios de un a Caso , que tout ce que je pus obtenir ce fut la liberté d’y changer ce que j’y croirois de plusfoible; et, pour me faciliter les moyens ae le faire avec succès, vous me fîtes remarquer, que comme les Espagnols ne renoncent pas aisément à leurs premières idées quand elles ont été suivies de quelque bonheur, le même Calderon avoit fait une autre Comédie intitulée , Casa con dos puertas mala es de guardar ( La JMaison à deux portes, mal aisée à garder) qui avoit tant de rapport avec la mienne qu'il ne me seroit pas difficile d’en tirer de quoi fournir à ce que je retranchcrois de languissant. Ainsi de cet amas d’intrigues qui la soutiennent jusques à la fin, j’en choisis ce que j’y trouvai de plus agréables surprises , pour en faire un acte tout nouveau. Mais je ne prévoyois pas que ce suiet qui droit demeuré jusques là inconnu , malgré la Comédie des Fausses Vérités ( par d’Ouville ) cesscroit incontinent de l’être par l’adresse d’une des plus délicates plumes de notre siècle, et que paroissant au Théâtre avant ma correction , qu’une raison assez forte m’obiigeoit à garder encore quelque tems dans le cabinet , il pourroit me faire soupçonner d’avoir porté envie à sa gloire par la conformité qui sc trouve avec les Eagagemens du Hasard que je vous présente. J’avoue que ce soupçon me semble avoir je ne sais quoi d’odieux, dont je ne saurois souffrir la tache , et je ne vous offre pas tant ce Poème pour vous intéresser à
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sa protection qu’afin d’avoir droit de vous prier de rendre témoignage à la vérité. Il n’y a personne qui le puisse mieux que vous. Vous connoissez jusque* au fond de mon ame , et vous pouvez répondre pour moi que , quand je n’estimerois pas ceux qui écrivent aujourd’hui pour la Sccne au point que je les estime , je suis trop persuadé qu’il n’es't pas beau de marcher sur les pas d’autrui pour avoir jamais la pensée de m’engager à un dessein où j’aurois été prévenu. Ayez la bonté de détromper ceux que vous verrez dans l’erreur que j’aie emprunté de l 'Inconnue ce qu’il y a ici d’incidens semblables ; et les assurez que j’honore trop particuliérement son illustre Auteur (l’Abbé de Boisrobert) pour ne lui laisser pas toujours l’avantage entier de scs sujets. Ce n’est pas qu’il ne les choisisse d’ordinaire si brillans que , dans la Préface de la Folle Gageure , il s’étonne lui-même qu’ils ne me frappent point la vue. Maïs quand j’aurois assez de foiblesse pour m’en laisser éblouir , ec ne me souvenir plus qu’il y a quelque sorte d’injustice à ne laisser pas jouir chacun du fruit de son travail , je n’oublicrois pas qu’il y auroit trop à hasarder pour moi , à mesurer mes forces avec un si rédoutable .rival. En effet , il tourne les choses d’une maniéré si galante , il donne tant d’agrémens aux inventions les plus stériles et les plus déréglées des Originaux Espagnols, qu’il semble qu’il n’apparticnr qu’à lui seul d’en faire des copies qui les. effacent. Mais ce n’est pas ici le lieu de faire son éloge , et j’ai tort de vous entretenir de ce qui ne
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vous est pas moins connu que îa passion avec laquelle je suis , &c. 5 î
«< La dernière partie de cette F.pître a plus la forme d’une ironie sur la sottç vanité de l’Abbé de Boisrobert que celle de l’éloge de son talent pour le genre Dramatique ( observent les Freres Parfaict ). Fn effet cet Auteur n’a rien produit en Comédies qu’on puisse mettre de pair avec cette première de Corneille de Lislc. Le sujet de V'nconnue de l’Abbé de Boisrobert et celui des Faussa Yirï.ts de d’Ouville sont rassemblés dans la l'icce des F.ngagemens du Hasard. Cette double intrigue en forme une dans celle-ci qui est très-passable , et peut-être la meilleure de son tems. On y trouve de la conduite, des situations, de l’intérêt et un Comique, qui, sans être du burlesque de celui de Scarron , n’en n’est que plus agréable au goût des personnes qui savent mettre le prix aux Ouvrages Dramatiques. Cette Comédie eut un grand succès; aussi attira-t-elle à son Auteur la jalousie de ceux qui courroient la même carrière. »>
Le feint Astrologue , Comédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. * * * j représentée à l’Hôtel de Bourgogne en 1*4^ , et imprimée , à Paris, en itfp , chez Antoine de Somraaville , in- 4 0 . et i/j-i*.
D. Fernand après avoir long-tems aimé , sans espoir de retour, Lucrèce, fille de Léonard se voit contraint
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à y renoncer , parce qu’il apprend de Beatrix , sa suivante qu'elle rend amour pour amour à D. Juan. Mais voulant sauver Béatiix des suites de son indiscrétion, Philipin , valet de D. Fernand, imagine de faire passer son maître pour un grand Astrologue qui a déviné l’intelligence de Lucrèce et de D. Juan Ce bruit se répand dans Madrid, où se passe ta Scene , et plusieurs personnages viennent consulter D. Fernand sur ce qui les intéresse. Il se tire d’affaire , à l’aide de Béatrix qui le fait instruire par Philipin de tout ce qui concerne ces personnages, lesquels sont presque tous liés à la principale intrigue -, et il engage luimeme Léonard à donner Lucrèce à D. Juan. Léonor qui est aimée de D. Lope, quoiqu’elle aime D. Juan et en soit dédaignée , finit par épouser ce D. Lope ; et l’hilipin s’amuse i mistifierun vieux valet de Léonard, nommé Mendoce , qui veut aussi profiter des secours de l’Astrologie.
Cette Comédie esc encore imitée de celle de Caîderon , du même titre , El slstrologo firtgido. Thomas Corneille, dans son Epîtrc dédicatoire, renvoie à l’ori- * ginal Espagnol pour la comparaison des deux Pièces , et se disculpe de cette maniéré de l’incident de Mcndocc » qui, étant un Épisode superflu , semble n’6tre pas assex considérable pour occuper un moment l’attention de l’auditeur. Aussi comme je sais que notre Théâtre ne souffre rien d’inutile, je ne Paurois pas hasardé avec tant de confiance , si je n’avois eu pour moi l’exemple d’un de nos plus illustres Auteurs ( Msdc-
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fnoiselle de Scadéri ) , qui ayant accommodé le sujet de cette Comédie dans son Illustre Basset aux galanteries du Marquis François , n’a pas dédaigné d’y employer la fourbe d’un valet qui abuse de la simplicité de l’autre. 11 est vrai que la narration blesse moins qu’un spectacle de cette nature i mais aussi tout le monde n’a pas le discernement si juste que vous l’avez , et ce qui est effectivement un défaut , quoiqu’il ne manque jamais de l’être pour vous, l’est souvent pour peu de personnes. &c. «
* Ce sujet avoit déjà été traité deux ans auparavant , par d’Ouville d’apres l’Fspagno! , sous le titre de Jodelet Astrologue; l’intrigue est absolument conduite de la même manière , à la différence près des noms , des personnages et du lieu de la Scene, qui. Espagnols dans Thomas Corneille, sont François dans d’Ouville, et que celui-ci fait jouer le rôle d’ Astrologueau valet de l’amant dédaigné , au lieu de le faire jouer à cet amant même, comme dans la Pièce de Thomas Corneilles v. ce qui met plus de vraisemblance à tous les incidens de cette Piece ( observent les Frères Parfaict ). Au reste , quoiqu’elle ne soit pas sans mérite , on peut cependant dire que les Acteurs y sont peints un peu trop crédules aux discours du prétendu Astrologue.»
« 11 y a iieu de s’étonner que Corneille de I.isle *raitant cette Comédie après d’Ouville n’en n’ait point parlé dans son Epître dédicatoire. Sans doute que le succès de son Ouvrage dissipa le scrupule qu’il s’étoit fait à sa première Comédie , et qu’il crut ,
avec raison , pouvoir faire usage d’une source où un autre avoit deia puisé ( ajourent les frères l’arfaîct). »
o Cetre Comédie pouvoir avoir un but; c’étoit de ridiculiser l’Astrologie judiciaire , manie dont beaucoup de grands hommes n’étoient pas encore exempts, ** dit l’Auteur du Dictionnaire Dramatique.
D. Bertrand de Cigaral , Comédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. # * * , et représentée à l’Hôtel de Bourgogne , en 1650 j imprimée à Paris , l’année suivante , chez Guillaume de Luyj es , in- 11.
D. Bertrand , vieux fou , avantageux à tous égards , mais po'tron avare et grossier à l'excès, au moment d’épouser Isabelle , fille de 1). Ga^cic de Conrreras* envoyé son cousin , D. Alvar , la prendre à Madrid des mains de D. Garde pour la lui amener à l’hôtellerie d’Yllcscas où il est, et d'où i! veut la conduire à Tolède , lieu de sa demeure. Il charge D. Alvar d’une lettre aussi impertinente que ridicule pour Isabelle , et d’une quittance , non moins bizarre, de la personne d’Isabelle , pour son pere. Celui-ci n’en tient compte, et voulant lui-même mettre sa fille entre les mains-dé D Bertrand, il l’accumpagneà Yilescas. Isabelle et D. Alvar s’y reconnoisscnt pour s’êrre rencontrés ensemble à un combat de rameaux, où elle a couru danger de la vie, et où il l’a secourue. Us s’aiment depuis ce tems , sans s’etre revus , et ils mettent tous
«n usage pour rompre les engagemens qu’elle a pris , malgré elle, avec D. Bertrand. Un certain D. Félix qui aime aussi Isabelle les suit à YUcscas , afin d 'empêcher qu’elle n’épouse D. Bertrand. Ce dernier a ■ une soeur nommée Léonor , amoureuse de D. Alvar, et auquel D. Bertrand la destine; mais depuis qu’il a retrouvé Isabelle, D. Alvar ne veut plus de Léonor , qui , désirant pourtant être pourvue , fait des avances à D. Félix, sans pouvoir le déterminer en sa faveur. Onmistifie tellement D. Bertrand, qu’il renonce sans peine à Isabelle; et il est même forcé à donner la' moitié de son bien à D. Alvar pour faire consentir D. Garde au mariage des deux amans.
Voici ce que dans son Epître dédicatoire Thomas Corneille dit du principal personnage de cette Pièce :
«< Vous trouverez ses civilités fort peu à l’usage de la Cour, sa façon de traitet l’amour assez particulière, et scs raisonnemens fort proverbiaux , quoiqu’à cause de ses six mille et tant de ducats de rente , il prétende passer pour honnête homme» son caprice est toute sa raison ; et il s’éloigne si fort en toutes choses de la. pratique ordinaire , qu’au lieu que les autres donnent quittance de l’argent de leur mariage , il la donne de sa femme. Ce point seul d’extravagance m’a semblé, si plaisamment imaginé, qu’il m’a fait résoudre A traiter un sujet , qui d’ailleurs est si foibie , qu’i peine m’a-t-il pu fournir de quoi remplir les trois premiers actes. Vous rcconnoîtrez cette vérité , si jamais vous lisez cette Comédie dans son véritable Autçur D«
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Pranciso de Roxas , sous le titre de , Entre bobos anâet el juego. Peut-être que vous me blâmerez de ne m’être pas assez étroitement attaché à ces loix séveres du Théâtre qui demandent un lieu fixe pour la Sceney et que vous trouverez étrange que mon premier Acte se passe à Madrid , et les autres dans l’hôtellerie d’Yllescas , suc le chemin de Tolede; mais souvenez-vqus que je marche sur les pas d’un Espagnol, et que comme l’unité de lieu et l’observation des vingt-quatre heures sont des réglés que le fameujè Lope de Véga a toujours négligées, jusqu’à faire exprès un Arte nuevo de liage r Corne dias , tous ceux qui ont écrit après lui ne s’en sont pas mis davantage en peine > de sorte qu’au milieu d’une de leurs journées , ils font quelque fois peu dc scrupule dépasser d’un plein saut d’Angleterre en Allemagne » et de faire qu’en moins d’un quart d’heure leurs Acteurs vieillissent de plus de dix années , &c. s>
Cette Comédie eut beaucoup plus de succès que les deux autres de Thomas Corneille. Devisé rapporte dans son Mercure galant , de Janvier 171 o , que « D. Bertrand, de Cigaral a été si estimé et si suivi que l’on a remarqué que, pendant un certain nombre d’années, il a été joué plus de vingt fois à la Cour pendant la minorité de Louis XIV * sans les représentations qui en ont été données au Public. «
*> Malgré le défaut essentiel que nous avons remarqué dans cette Pièce, lé ridicule outré du principal per» sonnage, on peut dire qu’elle est très-divertissante au Théâtre. Elle s’y est conservée très-iong-tems , et il
•n’y a pas trente années qu’elle étoit sur le répertoire des Comédies qu’on jouoit de tems en tems. »
11 y a quarante ans que les fireres Parfaict s’exprimoient ainsi sur D. Bertrand de Cigaral, que le Chevalier de Mouhy , en 1780, « trouvoit singulier de ne plus voir au Théâtre. »>
L’Amour à la Mode , Comédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. *** j représentée à l’Hôtel de Bourgogne , en i , et impiimée à Paris en idfj , in-n.
« Cette Comédie a dû avoir un succès marqué en son tems , disent les freres Parfaict. On y trouve du bon Comique, le caractère des personnages asseï dans le vrai , sur-tout celui d’Oronte , qui est l’amant à la mode, l'intrigue conduite avec art; cependant le dénoûmcnt un peu brusqué , quoique tiré du fonds du sujet. »
Ce sujet est entièrement françois, ainsi que tous les personnages, et la Scene est à Paris, Ce n’est autre chose qu’un fat qui feint de ressentir de l’amourpour trois femmes , parmi lesquelles même est une Soubrette ; et une Coquette qui donne des espérances d trois hommes , du nombre desquels est le fat. Celui-ci Inquiète trois amans , y compris son propre Valet , qui est l’amoureux dq la Soubrette de la Coquette , laquelle est forcée par son pere à épouser le fat.
Cette Pièce est imitée de la Comédie Espagnole de
D. Antonio de Solis , du meme titre, El amor al uso. C’est la première Pièce où Thomas Corneille ait fait parler des personnages François.
ce Son Orontc peut être regardé comme l’original , ou du moins l’esquisse des petits Maîtres et des hommes i bonnes fortunes qu’on a depuis mis sur notre Théâtre , ainsi que sa Dorothée comme un parfait modèle de nos Coquettes. Ces deux genres de personnages seront longtems à la mode parmi nous, » observent les frères Parfaite et l’Auteur du Dictionnaire Dramatique.
Au reste , Thomas Corneille dit, dans son Epître dédicatoire , en parlant de l’Auteur Ispagno! qui lui a fourni le sujet de cette Pièce. c« Comme je ne refuse pas de lui en laisser toute la gloire, il ne scroit pas juste que vous m’attribuassiez tout ce qui vous y peut paroître défectueux. *> ce II y a toute apparence, selon les Historiens du Théâtre François , que le rôle d’Orontc fut joué d’original par le célébré Floridor ; et qu’à l’égard de celui de Ciiton , son valet, ce fut, sans aucun doute, Jodelet qui le représenta. Us en rapportent pour preuve ces deux vers de la soubrette Lisette à Ciiton , dans la septième Scène du quatrième Acte , au moment où , la croyant imidclle, il veut renoncer à elle:
» Tu m’abandonnerois , toi , que met hors de mise j» Ton poil déjà grisou , et ta nazillardisse ? »
On sait que Jodelet parloit beaucoup du nez. Nous avons fait connoîtrc cet Acteur, à l’occasion de la
Cbmédie de Scarron , intitulée, Jodelet , ou Le Maître Valet , dans le cinquième Volume de notre seconde année.
Le Berger extravagant , Pastorale burlesque , en vers et en cinq actes , dédiée à M. * * * ; représentée à l’Hôtel de Bourgogne en i£f ? , et imprimée l’année suivante , à Paris , chez Guillaume de Luynes , in- 11.
Cette Piece est tirée du Roman du meme titre, Le Berger extravagant , par Charles Sorcl, sous le nom de Jean de la Lande , espece de critique contre le goût de l’ancienne Bergerie. Lisis ( c’est le nom du Berger extravagant ) , dont l’esprit s’est dérangé par la lecture des Romans de Bergeries , fait mille folies pastorales, dans la Brie, aux bords de la Marne, comme on nous raconte qu’il s’en faisoit autrefois aux bords du Ligncn. Quelques amans du meme lieu que Lisis se plaisent le mistifier, de plusieurs maniérés, sans parvenir à le guérir de sa ridicule manie.
Thomas Corneille dit à M. * * * , en lui dédiant cette Picce. « Je suis obligé d’avouer que ça été vous qui avez formé mon caractère , puisque ça été vous qui m’avez fait remarquer les plus aimables extravagances de Lisis ; mais avec une exagération si charmante qu’il ne m’étoit plus gucrcs difficile de réduire en vers, avec quelque grâce, ce que je vous en oyois dire si agréablement en prose. Après cela *
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il me semble que vous devez prendre assez d’intérêt en sa bonne ou mauvaise fortune , pour vous engager à le défendre contre ceux qui prétendront tirer avantage de sa foiblcssc , et le traiter de ridicule à cause qu’il est extravagant. Ce n’est pas qu’il n'y ait déjà long-tems qu’il fait vanité de sa folie, et que ce qu’un autre tiendroit à honte ne lui ait été assez glorieux pour l’avoir obligé depuis plusieurs années à paroîtic sans confusion devant ceux meme qui , par délicatesse d’esprit, font profession ouverte de n’approuver que fort peu de choses. 11 est vrai qu’il tient scs avantages d’une des meilleures plumes de notre tems , à qui notre langue ne pouvoir être redevable d’une plus ingénieuse satyre. Mais comme il n’y a rien qui ne devienne hors de mode avec le tems, peut-être que ce qui fut alors si agréable en Roman , ne le sera point aujourd’hui en Comédie , et qu’étant nécessaire que I-isis soit ici un peu different de ce qu’il étoit la pre" micre fois qu’il parut , on s’imaginera que son extravagance en doit être moins supportable. Je ne. crois pas néanmoins l’avoir si fort déguisé qu’il ne soit aisé de le rcconnoîtrc; et comme je suis persuadé que ce n’est qu’en imitant fort exactement le merveilleux original dont je l’ai tiré que l’on en peut faire une copie qui soit capable de plaire , je n’ai point honte d’avouer que je m’y suis attaché autant que je l’ai pu , et que si les loix du Théâtre me l avoicnt permis , je n’aurois rien ajouté du mien aux caprices spirituels dont j’ai trouvé son imagination déjà toute
remplie ; mais dans l’abondance des belles choses il est quelquefois bien difficile d’en faire le choix , et ce qui a grâce dans un genre d’écrire ne l’a pas toujours dans l’autre , &c. «
Il y a dans cette Pastorale beaucoup de spectacle et des morceaux de chant , un écho fort plaisant à la cinquième scene du premier acte , et une scene entière , la troisième du second acte , dont tous les couplets ne sont que de deux vers.
« Cette Pièce eut le sort de tout ce qui tient à ce genre} c’est-à-dire qu’elle amusa d’abord et fatigua ensuite , » remarque l’Auteur du Dictionnaire Dramatique.
Le Charme de la voix , Comédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. *** , et représentée à l’Hôtel de Bourgogne en 1653 3 imprimée à Paris , en , in- 11 .
Voici à peu-près l’extrait que les frères Parfaict donnent de cette Piece.
Le Duc de Milan au moment d’épouser la Duchesse de Parme entend chanter une jeune personne dont la voix lui patoît si charmante qu’il forme la résolution de rompre son mariage avec la Duchesse et de s’unir à la belle voix. Il apprend qu’elle se nomme Fénïse , qu’elle est la fille de Fédcric , son Gouverneur, et il la rencontre par le moyen de Fabrice, son J3ouffon. Mais voulant savoir si sa beauté produira
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autant d’impression que sa voix sur le Duc, elle ne se fait pas connoître pour Fénise ; et le Duc , qui n'est sensible qu’au charme de la voix , remarque à peine la personne qui lui parle. Cependant la Duchesse, impatiente des délais du Duc , arrive incognito à Milan. Elle apprend de Carlos, fils de Fédère et Ambassadeur du Duc auprès d’elle , que le Duc est épris de la voix de Fénise. Cerne inconstance du Duc n’offense la Duchesse qu’à cause de la fierté de son rang , car elle aime Carlos , et voudroit pouvoir disposer d’elle pour l’épouser. Mais tant que Fénise paroît être aux yeux du Duc toute autre que la personne à la belle voix , la Duchesse passe auprès de lui pour Fénise. Cela s’éclaircit à la fin. On s’explique et l’on s’accorde. Fénise est unie au Duc , et Carlos à la Duchesse.
s* L’F.pître dédicaroire qui précédé cette Picce devroit servir de modèle aux Auteurs qui n’ont pas le bonheur de réussir , observent les frères Parfaict. Corneille de Lislc avoue, avec franchise, le foiblc de sa Comédie , le peu de succès qu’elle a eu , sans s’en prendre mal à propos au public. »
y> Je n’appellerai point , dit-il , du jugement du public sur cette Comédie pour tâcher à vous faire estimer davantage le présent que je vous fais. Il peut se laisser surpendre dans les approbations qu’il donne, et ces tumultueux applaudisscmens, qu’une première émotion lui fait quelquefois accorder d’abord à ce qu’il n’a pas bien examiné , ne sont pas toujours d’infaillibles
garans de la véritable beauté de nos Poèmes; mais il arrive rarement qu'il condamne ce qui mérite d’être approuvé - , et puisqu’il s’est déclaré contre celui-ci » je dois être persuadé qu’il a eu raison de le faire. On in’acccusera, sans doute, d’une franchise peu judicieuse d’en demeurer d’accord avec vous, lorsque je prends la liberté de vous l’offrir, et j’aurois tort d’appréhender que vous n’entrassiez dans ce sentiment , si je n’étois pas assuré que vous ne m’imputerez pas ce qu’il y a de plus défectueux , et que séparant ce que vous y connoîtrez de moi d’avec ce qui n’en est pas , vous serez assez équitable pour trouver de l’injustice à me vouloir faire répondre des fautes d’autrui. J’ai rendu si réligicuscment jusqu’ici ce que j’ai cru devoir aux Auteurs Espagnols qui m’ont servi de guides dans les sujets Comique* qui ont paru de moi sur la Scene , avec quelque succès, qu’on ne doit pas trouver étrange si , leur en ayant fait partager la gloire, je refuse de me charger de toute la honte qui a suivi le malheur de ce dernier, puisqu’en effet j’eusse peut-être moins failli si je ne me fusse pas attaché si étroitement à la conduite de D. Augustin Morcto , qui l’a traité dans sa langue , sous le titre de Lo que puedt la appréhension. Si vous voulez vous souvenir de la lecture que nous fîmes ensemble de cet original , avant que j’en commençasse la copie , vous vous souviendrez en même-tems que j’en combattis opiniâtrement tous les caractères , et soutint que quelque soin que l’on apportât à les justifier pour le faire
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paroître avec quelque grâce sur notre Théâtre , il scroit impossible d’en venir à bout , sans faire voir toujours ceux qui sont intéressés dans cctté intrigue plus capticieux que raisonnable. Néanmoins cet excellent ami qui me portoit à ce dessein appuya si fortement devant vous le conseil qu’il m’avoit déjà donné d’y travailler , que vous vous en laissâtes vous-même persuader, et crûtes que puisque la bizarrerie des motifs qui font agir tous les personnages de cette Comédie avoit été reçue en Espagne avec acclamation , il y avoit lieu d’espérer que pour peu que j’employasse d’adresse k les rendre plus justes , il ne déplairoicnt pas en France. Il n’en fallut pas davantage pour me forcer à me rendre. Je ne voulus plus opposer que le goût des deux nations est fort différent , que les entretiens de valets et de bouffons avec des Princes et des Souverains , que l’une souffre toujours avec plaisir dans les actions les plus sérieuses, ne sont jamais supportables à l’autre dans les moins importantes , et que les plus ingénieuses nouveautés deviennent rarement
capables de nous divertir, quand elles semblent, en quelque sorte, opposées à la raison. L’événement a fait voir que je n’en avois pas mal jugé , &c.
Les illustres Ennemis, Comédie en cinq actes, en vers , dédiée à la Comtesse de Fiesque , et représentée a l'Hotel de Bourgogne en 1674 ; imprimée à Paris , en , in-11.
L’intrigue de cette Pièce est Espagnole , comme celles
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des précédentes ; mais Thomas Corneille la tira de son propre fonds, et elle eut quelque succès au Théâtre, à ce qu’il nous apprend lui-meme, dans l’Epître dddicatoire qui la précédé.
Enrique de Guzman , sur un faux rapport , a fait maltraiter le vieux Gentilhomme D. Sanche. D . Alonse de Boxas, lié avec les deux ennemis , propose à D. Sanche , pour réparation , de faire épouser sa fille Jacime à Enrique, qu’il ne connoît pas. D. Sanche accepte, en demandant à voir son ennemi; fct c’cst un. stratagème de D. Alonse , afin de favoriser l’amour de D. Lope , frere d’Enriquc , pourjacinte. Cependant,' D. Alvar , fils de D. Sanche , et qui étoit absent depuis long-tcms , revient subitemenr à Madrid , sans savoir ce qui s’y passe, son premier soin est de voler auprès de Cassandre , qu’il aime , et cette Cassandre est sœur de D. Lope et d’Enriquc. Ce dernier surprend Cassandre avec D. Alvar , «t le trouve mauvais, Us se battent ; Enrique est blessé. D. Alvar esc ensuite assailli par trois braves du parti d’Enrique. D. Lope, qui survient , le seconde et le soustrait à leurs coups- D. Alvar apprend l’offense que l’on a fiite à son perc, et se prépare à le venger; maison lui dit que l’offenseur est ce même D. Lope à qui il vient de devoir la vie. ïl est forcé de se montrer ingrat envers lui, et de lui demander raison de l’insulte dont se plaint D. Sanche. D. I ope nie la lâcheté dont on l’accuse. On découvre que c’cst Enrique qui est coupable , et que, par hasard, D. Alvar a déjà puni. D. Alvar se réconcilie avec D. I.opc>
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et leurs querelles sont pour jamais éteintes , par le double mariage de D. Alvar avec Cassandre , et de Jacintc avec D. Lope.
Le Geôlier de sor-même , ou Jodelet Prince , Comédie en cinq actes , en vers , dédiée à S. A. R, Mademoiselle , et représentée à l‘Hôtel de Bourgogne en i*çy ; imprimée à Paris en I£f7 , chez Augustin Couibé , in-n.
. Le sujet de cette Comédie est celui du Gardien de soimême de Scarron , et que nous avons fait connoître dans le Catalogue de scs Œuvres , Tome cinquième de notre seconde année.
« A l’exception des noms des personnages , qui sont diffé rens dans les deux Pièces , et de quelques détails, rendus avec plus de bienséance par Corneille dcLisle, elles sont précisément la meme chose. Jodelet remplit dans celle-ci le Bôlc que joue Philipin dans l’autre; mais c’est d’une façon bien supérieure. Le Comique de ce personnage est fondé et conduit avec toute la vraisemblance possible , observent les freres Parfaict. «
Le Geôlier de soi-meme eut du succès au Théâtre , dit Thomas Corneille , dans l’Epîtrc dédicatoire de cette Pièce.
Titnocrate , Tragédie en cinq actes , en vers , dédiée au Duc de Guise , et précédée d’un Avis au Lecteur $ représentée au Théâtre du
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Marais au mois de Novembre 16^6 , et imprimée à Paris l’année suivante , chez Augustin Courbé, z’/i-it.
» Comme j’ai toujours rendu justice aux Espagnol* de qui j’ai emprunté presque tous les sujets Comiques que j’ai traités avant celui-ci , dit Thomas Corneille, dans l’Avis au l ecteur de cette Tragédie . je n’en dois pas moins à l’incomparable Auteur delà Ct/opai’re ( là Calprenédc ), et je croirois mal répondre à la profession que je fais de l’honorer si je n’avouois hautement que l’histoire d’Alcam/ne et de Me'nalippe m’a fourni lés premières idées de cet Ouvrage. Il l’a tiaitée avec tant d’art dans la huitième partie de son Rorriàh , et i’a enrichie d’incidcns si bien imaginés que si le Théâtre-, dont l’action est plus resserrée, lesavoit pu souffrir, il auroit été impossible d’y faire jamais rien paroître de plus beau, ni de plus surprenant. »
Timocrate, devenu Roi de Crcte par la mort de son pere Dcmochare , a passé sous le nom de Cliiomene, quelque tems à la Cour de la Heine d’Argos , à laquelle il a rendu des services essentiels. Il s’en est fait estimer, et il a pris de l’amour pour sa fille, la Princesse E&phile, qui le paye de retour. Mais Démochare a falcla guerre aux Argiens , et Timocrate est obligé de j>outsuivre cette guerre. La Reine d’Argos promet la main de sa fille à celui des Rois ses voisins, Crcsphonte et Léontidas , ou à Nicandre, Prince Argien, qui vaincra * Timocrate. Celui-ci , toujours sous le nom de Cléo-
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jtnçnc , revient a la Coût d’Argos, tandis que sous le jnotn de Tirnocrate il fait proposer la paix , et demande la Princesse par un Ambassadeur. L’un et l’autre sont refusés ; mais Tirnocrate , se faisant connoître luimême à la Reine et à la Princesse pour le Roi de Crète , «btienc tout. Les hostilités cessent , les deux amans *ont heureux et les deux Royaumes réunis en un seul.
» Corneille de Lisîe n’étoit encore que dans un âge peu avancé , lorsqu’il fit jouet sur le Théâtre du Matais Tirnocrate, (il n’avoitque trente et un an ) , dit de Visé, dans son Mercure Galant, Janvier 1710. Nous n’avons point vu de nos jours d’Ouvragc qui ait été représenté si long-tctns de suite , puisque les représentations en furent continuées pendant un hiver entier; *t cette Piece fit tant de bruit, que le Roi l’alla voit sur le Théâtre du Marais. Le sujet de cette Piece fut si Jieureux, et cette Tragédie fut si intéressante , qu’on vit paroître aussi-tôt plusieurs Pièces dont les héros étoient haïs sous un nom et aimés sous un autre. Comme la troupe des Comédiens du Marais ne passoit pas pour être la meilleure de Paris , et que celle de l’HÔtcl de Bourgogne la surpassoit infiniment , et qu’elle avoit toutes les voix, cette troupe entreprit 4 e jouer cette Piece , à cause de la réputation extraordinaire qu’elle avoit eue ; mais , comme tout Paris la savoit par coeur, cette troupe n’eut pas tous les applaudisscmcns qu’elle attendoit, et le grand nombre des représentations qu’en avoient donné les Comédiens du Marais , avoit fait qu’ils possédoient si bien cette
Piccc ,
Pièce qu’il fut impossible aux copies d’atteindre jus- (a qucs à la perfection des originaux ; de maniéré que lorsqu’il étoit question de la voir représenter , on préféroit les Comédiens du Marais à ceux de l’Hôtel de Bourgogne. v>
»> Timocrate eut un si grand succès , que le zelc de quelques amis de Corneille de Lisîc alla jusqu’à lui vouloir persuader d’en rester là , comme s’il n’y avoic eu rien à ajouter à la gloire qu’il avoit acquise , et qu’on eût beaucoup risqué à la vouloir soutenir par de nouvelles productions. » De Bozc , éloge de Corneille de Lisle , dans l’histoire de l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres.
» Cette Pièce eut quatre-vingt représentations desuite, avec une affluence de spectateurs qui nccessoîcnt poine de la redemander. Les Comédiens s’en ennuyèrent , et un d’entr’eux s’avança un jour sur le bord du Théâtre, et dit » Messieurs , vous ne vous lasse^ point d'entendre Timocrate. Pour nous , nous sommes las de le jouer : nous courons risque d'oublier nos autres Pièces ; trouve* bon que nour ne le représentions plus. Les représentations cessèrent en effet , et on ne l’a point redonné depuis. »
Paradoxes Littéraires de l’Abbé des Fontaines , &c.
Bérénice , Tragédie en cinq actes , en vers , dédiée à la Comtesse de Noailles , et représentée au Théâtre du Marais en i6<jy ; imprimée à Paris en itff p , in-i z.
Cette Tragédie ressemble beaucoup, pour le fonds du
3 ff CATALOGUE DES PIECES
sujet , à celle que donna en Prose , douze ans auparavant , Pierre du Rycr, sous le meme titre ; mais Tho- , mas Corneille , dans son Epître dédicaroire , indique ùnc autre source où il a puisé sa Bérénice : « Si ce peu d’ornemens que je lui ai prêtés ne souffre pas que vous la considériez par elle meme, dit-il, regardez-la comme la copie d’un excellent original. Je ne l’ai peut-être pas tellement déguisée que vous n’y reconnoissiez encore quelqu’imagc des avantures de Sésosiris et de Timarette , traitées avec tant d'art dans Cyrus. (C’est au sixième Volume de ce Roman de Mademoiselle de Scudéry ) Ce grand Ouvrage csr parti cl’unc plume sidéiicate, qu’il peut inspirer les plus hautes idées ; et si j’avois eu assez d’adresse pour conserver dans celui que je Vous présente toutes les beautés qu’il m’a offertes à imiter , je n’aurois point à vous demander grâce pour ce que vous y verrez de languissant et de défectueux... &c »
« Corneille de Lisle a raison de demander de l’indulgence pour le languissant qui regne dans cette Tragédie, observent les freres Pat faict. Philoxcnc qui passe pour le fils du Roi de Lydie , et qui est reconnu pour Atyr, véritable Roi de Phrygic , est le héros de la Pièce ; mais son héroïsme ne déparcroit pas celui des Bergers de Durfé. Rirénicc,crue fille d’un simple particulier nommé Araxe , et reconnue pour celle de Ldarque , Roi de Phrygie , est peinte sur le même modèle. Enfin tous les pcvsonages , à l’exception d’un Courtisan ambitieux , appelle Anaxaris , sont les meilleurs gens du monde, « et la Tragédie finit par le mariage de Bérénice avec Philoxcnc.
La mort de l’Empereur Commode , Tragédie ï, en cinq actes , en vers , dédiée au Sur-Intendant Fouquetj représentée au Théâtre du Marais en isy# , et imprimée à Paris , l’année suivante , in- il.
a A la vérité, disent les frères Parfaict, on trouve dans cette Tragédie des morceaux dignes de l’Auteur de Srilicotx , de Camma , d "Ariane , et du Comte d’Etsex t mais on n’y remarque pas moins que les personnages sont mal choisis et peu inréressans. Celui de Commode, qui doit faire tout l’intérêt de la l'icce , esc manqué totalement. »
Commode veut épouser Hclvie , fille de Pcrtinax ï mais clic aime Loetus , de qui elle est aimée. Marcia, sœur d’Helvic , a inspiré de l’amour à Elcctus ; mais elle croit que c’est elle que l’Empereur veut couronner , et clic le croit , parce qu’elle le souhaite. Cependant l’Empereur sc déclare ; les désirs de Marcia tromjpes sc changent en fureur contre lui. Hclvie veut rester fidcllc à Lcctus. Commode proscrit Pcrtinax, ses deux filles et leurs amans , si Hclvie persiste à lui résister. Elle se détermine donc à céder , pour sauver la vie à tant de personnes qui lui sont si chères. Mais Marcia a préparé une coupe empoisonnée , qu’Electut fait prendre au batbare Commode , qui n’attend pas l’effet du poison ; car dès qu’il s’en voit atteint , il se poignarde et meurt. On proclame Pcrtinax Empereur , et scs deux filles sont unies à leurs amans, .
Di)
et Quelques morceaux détachés forment tout le même de cette Tragédie, dans laquelle il y a duplicité d’action , dit l’Auteur du Dictionnaire dramatique. Les caractères de Marcia et d’Hclvie sont assez theatrals ; nais celui de Commode n’est gueres que ridicule. Cette Pièce réussit dans le tems , et est ignorée aujourd'hui. »
« Le Roi et toute la Cour, sur le bruit qui se répandit des grands applaudisscmens qu’elle reccroit, allèrent la voir , et quelque tenu apres clic fut jouée sur le Théattc du Louvre , où l’on en donna encore plusieurs représentations. « De Visé , Mercure Galant , Janvier
Darius, Tragédie en cinq actes , envers , dédiée au Président de Ris ; représentée h l’Hôtel de Bourgogne en i6\<j , et imprimée à Paris la même année , chez Augustin Courbé et Guillaume de Luynes , in- ix;
«L’Auteur dit dans son fpître dédicatoire que cet Ouvrage a reçu quelques applaudissement Cependant il n’en meritoit aucun , observent les frères Paifaict. C’est le plus foible de Corneille de Lisîe. Le plan, les caractères , la conduite et la versification n’ont rien qui marque le talent de l’Auteur. Le sujet est la reronnoissance de Darius , Roi de Perse , déguisé sous le nom de Codoman , et fils de Darius , détrôné par son frere Ochus. o
Le faux Ccdoman aime Statira , fille d’Ochus , ce
en est aimé ; mais Ochus- s’oppose à cct amour , et destine Statira au Roi des Cadusiers , pour faire cesser, par cette alliance , la guerre , que depuis long-tems , il fait à la Perse. Cependant un ambitieux favori d’Ochus , le fourbe Mégabise , veut se faire passer pour Darius » mais Amestris , soeur d’Ochus , possède Je secret de la naissance du prétendu Ccdomans c’est un billet du pere de Mégabise , nommé Tiribase, qui, lors de l’usurpation d’Ochus, a sauvé le jeune Darius. Tout étant éclairci , Ochus reconnoît Darius , l’unit à Statira , fait punir le traître Mégabise , et donne Amestris au Roi des Cadusiens.
« On voit dans cette Tragédie deux personnages se disputer le nom de Darius ; et celui à qui ce nom appartient est hors d’état de se faire connoîtrc durant quatre actes , die l’Auteur du Dictionnaire Dramatique. Le caractère de ces deux concurrcns est bien soutenu , et sur-tout bien contrasté. Il y a quelques scènes coupées et qui n’auroient pas dû l’ctrc î mais alors , comme aujourd’hui, une Tragédie exigeoiteinq actes. »
Stilicon , Tragédie en cinq actes , en vers , dédiée au Cardinal Mazarin j représentée à l’Hotel de Bourgogne le 17 Janvier 1660, et imprimée la même année à Paris , chez Augustin Courbé , irt- iz.
Thomas Corneille dit , dans son £pître dédicatoire, en parlant de Stilicon ; » L’Histoire le marque pour un
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des plus grands hommes de son siècle. Dans les divers honneurs que ses longs services lui firent obtenir , il mérita que l’Empereur Théodose le laissât pour tuteur à Honorius , qui daigna depuis le faire son gendre ; et il n’y auroit peut Être rien eu jusques à lui de plus éclatant que sa vie , s’il n’eût pas laissé surprendre son devoir aux tendresses inconsidérées de la nature , ce oublié ce qu’i 1 . devoit à son maître pour rendre ce qu’il ne devoit pas à son fils.... & c. «
Stilicon veut faire son fils Euchérius Empereur , et conspire sourdement contre Honorius. Euchérius ignore ce complot. Il aime Placidie , soeur d’Honorius , et quoiqu’elle partage en secret son amour , elle ne peut nbaisser sa fierté jusqu’à consentira l’épouser. L’Empereur et l’Impératrice Thermantic font de vains efforts en faveur d’Euchérius. Placidie demeure inflexible , et ce mépris, blessant la vanité de Stilicon , accélère l’éxécuiion de son coupable projet. 11 éclate, et Euchérius est soupçonné , quoique sans savoir quel est le chef et l’objet de la conspiration ; il s’y oppose de tout son pouvoir. Il meurt en défendant Honorius. Placidie fait enfin , mais trop tard , connoître son amour pour lui , et Stilicon , au désespoir de n’avoir pu jouir du fruit de son crime, s’en punit en se poignardant.
<* I a Tragédie de Stilicon est régulière dans son plan, et parfaitement bien conduite, au jugement des frères Parfaict. Le personnage de Stilicon est rendu d’aptès l’histoire, et admirablement soutenu. On peut mettre ccue Tragédie au nombre des bonnes, à la versification
près , qui est foible , entortillée et remplie de choses inutiles; defauts marqués dans presque tous les poemes dramatiques de Corneille de I.islc. »>
y> Cette Tragédie est une de celle que Pierre Corneille desiroit avoir faites, » dit l’Auteur du Dictionnaire Dramatique.
«c Un des grands secrets pour piquer la cutiosité, c’est de rendre l’événement incertain, obsetve Fontcnclle, dans ses Réflexions sur la Poétique. Il faut pour cela que le nœud soit tel qu’on ait de la peine à en prévoir le dénouement , et que le dénouement soit douteux jusqu’à la fin , et , s’il se peut , jusqu’à la dernière scene. Lorsque dans Stiiicon Zenon est tué au moment qu’il va en secret donner avis de la conjuration à l’Empereur, Honorius voit clairement que Stiiicon ou E uchérius , scs deux favoris , sont les chefs de la conjuration , parce qu’ils étoient les seuls qui sussent que l’Empereur devoit donner une audience sccrete à Zénon. ( Fontcnclle a mis en cct endroit deux fois le nom de Félix, au lieu de celui de Zénon. C’est Félix qui , par l’ordre de Stiiicon, tue Zénon, allant avertir l’Empereur de la conspiration, et Fontenclle dit , ou son Imprimeur lui fait dire que c’est Zénon qui tue Félix. ) Voilà un nœud qui met Honorius , Stiiicon et Euchérius dans une situation trèsembarrassante -, et il est très difficile d’imaginer comment ils en sortiront. Quiseroit-ce qui poutroit laisser la Picce à cct endroit-là ? Tout ce qui resserre le nœud davantage , tout ce qui le rend plus mal-aisé à dénouer ne peut manquer de faire un bel effet. Il faudroit
meme, s’il se pouvoit , faire craindre au spectateur que le noeud ne se pût pas dénouer heureusement. »
De Visé , dans son Mercure Galant , de Janvier 1710 , dit que « les Comédiens de l’Hôtel de Bourgogne , chagrins des avantages que reccvoient les Comédiens du Marais , mirent tout en usage pour s’acquérir Corneille de Uslc. Il se trouva obligé de travailler pour eux , parce qu’ils avoient fait entrer dans leur troupe quelques Comédiens du Marais , sans lesquels ses Pièces auroient été mal jouées. Il fit donc repiésenter Stilicon sur le Théâtre de Bourgogne. Je ne vous dis rien de cette Pièce , ajoute de Visé ; personne n’ignore qu’elle fut le charme de tout Paris. «
Beauchamps nous apprend qu’elle fut jouée lors de sa nouveauté, et dans une maison particulière au mariage du Comte d’Avaux avec Mademoiselle de la Bazinierc.»
Le Galant doublé , Comédie en cinq actes , en vers j représentée à l’Hôtel de Bourgogne en 1660 , et imprimée la même année, à Paris, chez Augustin Courbé et Guillaume de Luyne*.
tt Cette Comédie est sans doute tirée d’une autre en Langue Espagnole , disent les freres Parfaict. L’idée en est assez heureuse. D. Fernand de Solis arrive à Madrid pour y épouser I.éonor, fille de D. Diégue; mais avant de se rendre chez son futur bcau-pere , il se trouve engagé d’amour pour deux jeunes personnes fort aimables: il cache son véritable nom à la première, quise nomme
Isabelle, et prend auprès d’elle celui de D. Dionis. La seconde , qui lui est inconnue, apprend de lui qu’il s’appelle D, Fcinand. Isabelle et l’inconnue sont amies, de sorte qu'il est très-embarrassé lorsqu’il se trouve avec elles deux. Il soutient assei-bien son stratagème jusqu'à la fin, qu’il est reconnu par D. Diéguc. Il se trouve que l’inconnue , pour laquelle il se sent le plus de penchant est I.éonor , qui lui est destinée en mariage. Erï général cette Pièce , qui eut quelque succès , est trèsamusante , et elle pourroit passer avec d’autres du même genre; c’est-à-dire dans le goût Espagnol , en retranchant de certaines longueurs, qui aujourd’hui ne sont plus de mise. »
Camma , Reine de Galatie , Tragédie en cinq actes , en vers , dédiée à S. A. S. Mgr. le Duc , et représentée à l'Hotel de Bourgogne le il! Janvier 1661 , imprimée , la même année > à Paris , chez Augustin Courbé , in- n.
Sinorix , près d’être uni à Hésione, fille de Sînatus Roi de Galatie, a fait périr ce Roi par le poison , s’ esc emparé de son trône , et il veut épouser Camma , sa veuve, qui aime le Prince Sostrate. Camma, Hésione et Sostrate ont donc intérêt à se défaire de Sinorix. Les citations suivantes vont faire connoîtrc comment ils y parviennent.
« Un dénouement suspendu jusqu’au bout, et imprévu , est d’un grand prix , observe Fontcnclle dans
ses Réflexions sur la Poétique. Camma, pour sauver la vie à Sostrate qu’elle aime , se résout enfin à épouser Sinorix qu’elle hait , et qu’elle doit haïr. On voit dans le cinquième acte Camma et Sinorix revenus du Temple où ils ont été mariés. On sait bien que ce ne peut pas là être une fins on n’imagine point où tout cela aboutira, et d’autant moins que Camma apprend à Sinorix qu’elle sait son plus grand crime , dont il ne lacroyoit pas ins* truite ; et que quoiqu’elle l’ait épousé, elle n’a tien relâché de sa haine pour lui. Il est obligé de sortir , et elle écoute tranquillement les plaintes de son amant , qui lui reproche ce qu’elle vient de faire, pour lui prouver à quel point elle l’aime. Tout est suspendu avec beaucoup d’art, jusqu’à ce qu’on apprenne que Sinorix vient de mourir d’un mal dont il a été attaqué subitement, et que Camma déclare à Sostrate qu’elle a empoisonné la coupe nuptiale où elle a bu avec Sinorix, et qu’elle va mourir aussi. Il est rare de trouver un dénouement aussi peu attendu , et en même tems aussi naturel. «
» On peut ajouter à l’éloge que Fontenelle fait du dénouement de Camma, disent les frères l’nrfaict, que Corneille de Lisle n’a pas montré moins d’art dans le nœud de cette Tragédie. Camma fait dire, par Sostrate, à Sinorix qu'elle consent à l’épouser. Malgré ce bonheur, si peu attendu , Sinorix tombe dans une profonde rêverie; il est seuil Camma arrive un poignard à la main dans le dessein de l’en frapper. Dans le tems qu’elle levé la main , survient Sostrate , qui la lui saisit. Sinorix
sc détourne, et le poignard tombe, sans qu’il puisse connoîtrc de quelle main. On peut juger de sa perpléxitéj mais enfin son soupçon tombe sur Sostrate. Celui-ci, par amour pour Camma, ne se défend que foiblement, c’est ce qui force cette Reine à épousée Sinorix , pour sauver la vie à Sostrate. »>
« Malgré itout le mérite de cette Pièce le défaut de la versification en rend la lecture rebutante. Un autre défaut, aussi marqué, est le personnage d’Hésione. Cette Princesse ne paroît que pour tenir des discours qui conviendroient mieux dans la bouche d’une mégère que dans celle d’une personne de son rang, » disent encore les frères Parfaict.
L’Auteur fut redevable au Sur-Intendant Fouquet du sujet de cette Tragédie. Il l’accepta sur le refus de Pierre Corneille , qui avoit préféré Œdipe , autre sujet proposé par le Sur-Intendant , ce qui prouve que ce Ministre savoit très-bien choisir. La Tragédie de Camma est supérieurement conduite , et l’on applaudit sur-tout au dénouement. C’est un des plus ingénieux qui aient encore paru sur U Scène. Il n’a pas moins réussi dans Denis le Tyran , dcM. Marmontcl, que dans Camma. » Dictionnaire Dramatique , &c.
Te coup de Théâtre du troisième acte , où Sostrate enfeve le poignard de la main de Camma , prête à frapper Sinorix, a été imité par de Bctloy , dans sa Tragédie de Zelmire *
« Léris nous apprend que « la Cour et la Ville sc trouvèrent en si grand nombre à la représentation de Camma
qu’il ne restoit plus de place pour la jouer. C’est pourquoi les Comédiens François, qui jusqu’alors n’avoient joué sur ce Théâtre que les Dimanches , Mardis et Vendredis, commencèrent , à cause de la foule que leur attiroit cette Picce, à jouer les Jeudis; ce qu’ils continuèrent dans la suite , lorsque leurs Pièces étoient suivies , et cela augmenta fort leur recette, o A l’égard de Cmt-mct , le Chevalier de Mouhy trouve » bien étonnant qu’elle ne soit plus au Théâtre. «
Pyrrhus , Roi d’Épire , Tragédie en cinq actes , en vers j représentée à l’Hôtel de Bourgogne en \66i , et imprimée à Paris en i ^<^ 5 - , chez Gabriel Quinet, in- u.
« Cette Picce qui fut d’abord jugée médiocre, le parut encore davantage , lorsque Crébillon eut traité le meme sujet, » dit 1* Auteur du Dictionnaire Dramatique, qui en donne, à-peu-près, l’extrait suivant.
ce Pyrrhus, fils d’Æacidcs , Roi d’Epire, et de Phtia , est élevé à la Cour de Néoptolémus , sous le nom d’JIippias , fils d’Androclide , favori de Néoptolémus. Le vrai Hippias passe pour Pyrrhus. Cet Androclide ne veut plus découvrir lesecret de la naissance de ce Prince pour conserver à son fils Hippias la Couronne d’Epire. Voilà ce qui fait l’intrigue de cette Tragédie, qui n’est pas la meilleure de Thomas Corneille. Enfin , malgré la perfidie d’Androclide, le véritable Pyrrhus est reconnu par le moyen de Gélon , confident de Néoptolémus ,
à qui la Reine Phtia , en mourant , a remis un pareil billet qu’à Androclide , lorsque Pyrrhus a été confié aux soins deGlaucias , Roi d’illyric; et, selon l’intention de Phtia , Pyrrhus épouse Antigone , fille de Néoptolémus, et Déïdamic , soeur de Pyrrhus est donnée à Hippias. »
Maximian , Tragédie en cinq actes , en vers, dédiée à S. A. R. Monsieur , frere unique du Roi , et représentée à l’Hôtel de Bourgogne en Février 1 c,6i ; imprimée la même année à Paris , chez Augustin Courbé et Guillaume de Luynes , in- iz.
Maximian, après avoir acquis , par scs exploits, le titre d’Empercur, l’avoir quitté, repris et quitté de nouveau, s’est retiré à la Cour de Constantin , à qui il a fait épouser sa fille Fauste. Mais , apprenant que Constantin veut donner sa sœur Constance à Sévcre , Général de ses armées, avec le titre de César, l’ambition de Maximian se réveille , et il conspire contre Constantin.il prétend même engager Sévere dans son parti, patcc qu’avant d’unir Fauste à Constantin, il savoir qu’elle étoit aimée de Sévcre, qui l’aime encore, et il lui propose de l’acquérir par le meurtre de Constantin. Sévere découvre le complot à Fauste , qui en fait instruire Constantin , en lui en cachant le chef, et l’on soupçonne Licinc , amant de Constance, d’avoir voulu pat-là se venger de sa perte. Maximian voyant
que Sévère ne veut pas le seconder , cherche à faire tomber le soupçon sur lui , en le fondant sur son amour pour Faustei il le fait arrêter et poignarder dans sa prison, et il se dispose à assassiner l’Empereur dans son lit. Sévere , en mourant , accuse MaximLm , qui ne peut plus nier son crime, et qui se tue pour l’expier. L’Empereur accorde sa sœur à Licine , avec les honneurs qu’il réservoit à Sévere.
' «Cette Tragédie est mieux conduite que celle de Pyrrhus , la versification est aussi plus passable , et les caractères des personnages plus soutenus , w disent les freres Parfaict. I.a Muse historique de Lorct nous apprend que Maximian reçut de grands applaudissemens, lors de sa nouveauté.
Persée et Démétrius , Tragédie en cinq actes, en vers j représentée à l’Hôtel de Bourgogne en Décembre 1661 , et imprimée à Paris en 1 66 y , chez Gabriel Quinet , in-n.
« L’action de cette Pièce roule sur la jalousie de ccs deux freres ( Persée et Démétrius , enfans de Philippe, Hoi de Macédoine, dit Lcris.
» On peut prononcer hardiment sur le peu de mérite de cet Ouvrage , au jugement des freres Parfaict , le sujet n’a lien d’intéressant. Le personnage de Persée est bas et odieux. Celui de Démétrius est d’un amant transi , qui se tue pour une maîtresse , ( nommée Erixcne , Princesse de Thrace ) , dont il est aimé > mais
qui, sur un soupçon de jalousie, J^a banni de sa présence, et ne veut point écouter sa justification. Philippe n’agit point par lui-même dans cette Pièce ; mais il est livré à un favori , qui ne marque ni esprit , ni conduite dans scs dessein^ «
Cependant , si l’on en croit Loret , cette Tragédie eut un si grand succès qu’il se trouva obligé d’en parler dans sa Muse tiisionquc , quoiqu’il eût résolu de garder le silence sur tous les Ouvrages Dramatiques nouveaux.
Antiochus , Tragédie en cinq actes , en vers , précédée d’un Avis au Lecteur j représentée à THôtel de Bourgogne le 15 Mai 1 666 , ‘et imprimée la même année à Paris , chez Guillaume de Luynes , Gabriel Quiner , Thomas Joly et Louis Billaine , in n.
v> Il n’y a rien , dit Thomas Corneille, ( dans son Avis au Lecteur ) , de plus connu que le sujet de cette Tragédie. Valerc - Maxime le propose comme un rare exemple de la tendresse dont un pere est capable pour son fils , et Appian et Plutarque , qui l’étendent un peu davantage , portent plus haut cette dernière action de Sclcucus , ( Roi de Syrie) , que tout ce qu’il avoir fait auparavant de plus illustre. L’usage de nos mœurs n’a point souffert que j’aie suivi l’exacte vérité de l’histoire, dans le mariage effectif qui étoit déjà entre lui et Stratonicc ( fille de Démétrius , Roi de Macédoine ) avant
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qu’il la cédât à son fils ( Antiochus ) ; mais si je semble avoir affoibli par-là ce qu’un si extraordinaire effort lui a fait acquérir de gloire , du moins ceux qui n ont qu’une médiocre ferveur pour le sacrement , n’auront point à m’opposer que la résolution de se défaire de sa femme n’est pas la matière d’un grand triomphe. Je me suis particuliérement attaché à donner à Antiochus le caractère de ce profond respect qui l’empccha de recevoir personne dans sa confidence* et le fit résoudre à mourir plutôt de la fièvre lente qui le consumoit qu’à chercher quelques secours, en déclarant une passion qu’il voyoit trop condamnable pour ne la détester pas lui-même. S’il s’échappe à la découvrir à Stratonice, .c’est parce qu’il la sait entièrement intéressée à lui garder le secret , et plutôt pour lui faire vo;r la nécessité de sa retraite que par aucune espérance de -ce qui arrive en sa fortune. J’en ai tiré cet avantage que l’échange du portrait , ayant fait connoître à Arsinoé tout ce que le Prince s’obstinoit à taire , m’a donné lieu de lui faire jouer le personnage du Médec ; n. Erasistrate , que me fournissoit l’histoire , et d’en conserver ainsi les plus considérables circonstances * &c. » «Le Médecin Erasistrate, petit fils d’Aristote , découvrit , par l’agitation du pouls d’Antiochus-Sotcr , la passion que ce jeune Prince avoit pour sa bcllc-mcre Stratonicc. Seleucus - Nicanor * son pcrc , la lui fit épouser , et donna cent talcns à Erasistrate pour cette guérison. v> Dictionnaire Historique , &c.
Dans la Tragédie de Thomas Corneille, Arsinod ,
niecc de Seleucus , et qu’il destinoit à Antiochus, s’aperçoit que ce Prince possédé le portrait de Stratonice : elle le lui dérobe , en substituant le sien à la place , et découvre ainsi au Roi la passion secrete de son fils. Le Roi ccde Stratonïceà Antiochus , et donne à Tigrane , son favori , la Princesse Arsinoé.
» Cette Pièce , quoique très-bien composée pour le plan et la marche du Théâtre , est une des plus froides de cet Auteur, qui, au lieu de sentiment , y a mis du galimathias, « selon l’Auteur du Dictionnaire Dramatique.
Des Lettres en vers par Robinet , et publiées dans ce tems , prétendent pourtant que cette Tragédie eut du succès , et que tous les rôles furent parfaitement bien joués : Antiochus par Floridor , Seleucus par Montflcury, Tigrane par Hauteroche , Stratonice par Mademoiselle d’Enncbaut, Arsinoé par Mademoiselle des Œillets, et les Confidentes, Phénicetit Barsine , par Mesdemoiselles Poisson et Brécourt.
Laodice , Reine de Cappadoce, Tragédie en cinq actes , en vers , précédée d’un Avis au Lecteur j représentée à l’Hôtel de Bourgogne en Février 1 6611 , et imprimée , la même année , à Paris , chez Claude Barbin , in- n.
« Le succès de la Tragédie de Laodice fut assez complet , disent les freres Parfaict; niais il fut passager, et depuis son avènement au Théâtre , elle n’y a pas reparu. Le rôle de cette Reine , quoique passablement
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S x CATALOGUE DES PIECES
soutenu , n’est cependant qu’une foihle copie de celui de Cléopâtre , dans Rodoguwe, »
Voici, à-peu-près , l’extrait que les freres Parfatcc donnent de Laodice.
« Laodice, pour s’assurer la Couronne, apres la mort du Roi de C.appadoce , a sacrifié cinq de scs fils, ctdonnd ordre qu’on enlevât le sixième , qu’on élevoit à Rome. Ce dernier dessein a été trompé. Ariarate , qui est ce fils proscrit, paroît à sa Cour sous le nom d’Oronte , et, par son mérite et scs exploits, il a trouvé le secret de plaire à cette Reine ambitieuse , et de la conduire au point de lui offrir sa main et sa couronne. L’arrivée d’Aquilius, Ambassadeur de Rome, qui amené avec lui un faux Ariarate . engage Laodice à faire assassiner ce prétendu fils , croyant par ce crime satisfaire la passion qu’elle ressent pour Oronte. Ce dernier se jette à ses pieds , et se fait connoître pour Ariarate. Laodice feint de sc rendre à la voix de la nature, et elle ccdc Ariarate à Axianc, l’tincesse de Cilicie, qu’il aime , et dont il est aimé. »
» Le sujet de cette Tragédie est tiré du trente-septieme Livre de Justin , dit Thomas Corneille dans son Avis au Lecteur. Ceux qui auront la curiosité dcl’y chercher, connoîtront ce que j’ai ajouté à l’histoire pour l’accommoder à notre Théâtre. L’action principale y est si forte qu’elle m’a contraint d’affoiblir les épisodes , et de négliger beaucoup d’ornemens , pour laisser à Laodice toute l’étendue de son caractère. La matière étoit belle pour l’ambition , et je ne doute pas qu’un autre n’en n’ait fait voir des peintures plus achevées. Pour moi , j’avoue que mes forces n’onf pu aller plus loifi , et que
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je ne demande l’indulgence dont j’ai besoin pour ccc Ouvrage, qu’après avoir employé tous mes soins pour adoucir les défauts dont je n’ai pu entièrement le purger, si
» Ce sujet auroit pu produire une excellente Tragédie dans les mains de l’aîné des Corneille , observe l’Auteur du Dictionnaire Dramatique. Une Reine amoureuse de son fils, sans le connoître, et qui se tue après l’avoir connu , est sans doute un tableau frappant ; mais il falloir un pinceau plus vigoureux pour le rendre. »
* Le Baron d’Albikrac , Comédie en cinq actes, en vers j représentée à l’Hotel de Bourgogne en Décembre 1 66H , et imprimée la même année à Paris , chez Claude Barbin , in-n.
La Mort d’Annibal , Tragédie en cinq actes, en vers , dédiée au Marquis de Seignelay ; représentée à rHôrel de Bourgogne en Novembre 1 66} , et imprimée l’année suivante à Paris, chez Claude Barbin , in- iz.
Après la ruine de Carthage, Annibal s’est allé réfugier avec sa fille Élise , à la Cour de Prusias , Roi de Bithinie , qui devient amoureux d’Élise, et veut lui faire partager son trône; mais c’est en vain qu’il l’cn presse , parce que son fils Nicomede a su lui plaire. Attale , se croyant Roi de Pergame , parce qu’il doit
succéder au Roi Eumene , qui passe pour être mort , aime aussi Élise , et propose à Anniba! de la lui faire épouser, et de choisir auprès d’elle un asyleà sa Cour. Les Romains voulant s’assurer d’Annibal, font proposer , par leur Ambassadeur , Flaminius , leur faveur à celui des deux Rois qui le leur livrera. Prusias accepte ce parti; mais Nicomcde s’y oppose de tout son pouvoir. Cependant les Romains de la suite de Flaminius , se saisissent d’Annibal, qui , pour leur échapper , prend du poison qu’enfermoit sa bague. Prusias est tué dans le tumulte ; Attale se trouve sans Royaume , parce qu’il apprend qu’Eumcnc n’est point mort, et Nicomede s’empare du trône de son pere , en y plaçant Élise avec lui.
c« Le nom d’Annibal porte avec lui une si haute idée du mérite de ce grand Capitaine, qu’entreprendre de le faire paroîtresur la Scene , c’est risquer une réussite supérieure , ou une chûtc bien subite , disent les freres Parfaict. Corneille de Lislc éprouva ce dernier événement, par les épisodes inutiles qu’il joignit à l’action principale de son Poème. Annibal , qui seul doit en faire tout l’intérêt , est si froid , et agit si peu , que sa. mort ne cause ni pitié , ni admiration. Ce sujet auroit dû être traité par Pierre Corneille. Ce grand Pocte , quoique sur son penchant , auroit fait paroître avec dignité le héros des Carthaginois , et auroit peint cette haine implacable qu’il conserva contre les Romains jusqu’à sa mort. »
La Comtesse d’Orguçil , Comédie en cinq
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ictes , en vers j représentée à l’Hôtel de Bourgogne ea 1670, et imprimée à Paris l’année suivante , chez Guillaume de Luynes , in- n.
» Le ridicule et les fatuités d’un Marquis de Lorgnac , mis en contraste avec les bonnes qualités de son frere,le Chevalier , et lasupposition d’une fausse Comtesse d’Orgucil , pour empêcher le mariage du Marquis ( avec une certaine Olimpe , fille d'Anselme ) , pour faciliter celui du Chevalier ( qui aime cette Oümpc et en est aimé ) , font tout le comique de cette Piece, et son action principale , » dit Lcris.
Anselme a une niece , nommée Lucrèce , qu’on unit à son amant Oronte , et , Virginie , suivante d’Olimpe, joue la Comtesse supposée, sœur d’Oronte, laquelle est attendue d’Orléans , et doit arriver de jour en jour à Paris. On marie ensuite Virginie à Carlin , valet du Marquis pour la récompenser du service qu'elle a rendu au Chevalier et à Olimpe.
« Cette Piece est encore plus comique que le Baron d’Albikrac i mais il s’en faut beaucoup qu’elle ait le même mérite, observent les freres Parfaict. Le Marquis est trop dans le genre burlesque , et le personnage de la prétendue Comtesse d’Orgucil n’est qu’une copie de la Montagne travestie en Baron. Ajoutons que des mots et des phrases peu mesurés sur la pudeur y sont employés. Cependant, malgré ces défauts , cette Comédie est restée au Théâtre, et clic y*paroît de terns en tems ; mais avec peu de succès , car ce genre de comique est absolument tombé depuis dix à douze ans.»
Il y en a près de vingt que les freres Parfaict dcrivoient ceci; et depuis ce tcms-là on ne redonne plus la Comtesse d'Orgueil.
* Ariane , Tragédie en cinq actes , en vers ; représentée à l’Hôtel de Bourgogne le 4 Mars 1671 , et imprimée dans les Œuvres de l'Auteur , à Paris, en chez Guillaume de
Luynes , l'n-tt.
Théodat , Tragédie en cinq actes , en vers ; représentée à l’Hôtel de Bourgogne en Novembre 1671 , et imprimée dans les Œuvres de l’Auteur , à Paris , en i6>i , chez Guillaume de Luynes, in- iz.
Amalasonte, Reine des Gots , aime le l’rince Théodat, et est fort disposée à l’épouser; mais il lui préféré la Princesse Ildégonde , de laquelle il est aussi aime -, quoiqu’elle soit prête à être unie au Prince Honoric. Amalasonte veut presser cet hymen. Théodat en montre son mécontentement. Elle le fait arrêter ; mais le peuple le retire de la prison. La Reine, furieuse, ordonne qu’on assassine Théodat, la nuit, dans son lit. Mais Honoric, que le peuple a cru l’instrument des fureurs de la Reine, et qui le poursuit , s’est réfugié chez Théodat , où il s’est cru en sûreté , cry est assassiné au lieu de Théodat. La Reine Voyant tous ses projets et son espoir dé truits, veut s’en venger sur Theudis , l’un des chefs du
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peuple , et l’un des plus zélés partisans de Théodat. Elle se saisit d’une épée , et fond sur Theudis avec l’épée duquel elle s’enferre elle-même et se tue. Théodat est proclamé Roi par le peuple, et il fait monter lldégonde avec lui sur le trône.
» Les caractères des personnages de cette Tragédiene plaisent point du tout , disent les frères Parfaict. Amalasonte est une mégère, lldégonde une précieuse et Théodat un amant transi; et tout cela rendu par une pitoyable versification. *>
Cependant de Visé prétend (Mercure Galant, Tome ÏV.) que cet ouvrage auroit eu un très-grand succès , si la fortune avoir été un effet du mérite ; mais comme ce ne sont plus les Ouvrages qui cabalent, ajoute-t-il, il ne faut pas s’étonner si cette Pièce , qui a eu l’approbation des meilleurs connoisscurs , n’a pas été aussi suivie que les autres du même Auteur. »
. La Mort d’Achille , Tragédie en cinq actes , en vers j représentée au Théâtre de Guénégaud le i'j Décembre 167} , et imprimée l’année suivante à Paris, chez Thomas Guillain , in- 11.
Achille, après avoir rendu à Piiam le corps d’Hector , consent à la paix > mais il veut que Paris rende Hélene, et il demande pour lui la main de Polyxene. Cette Princesse est aimée de Pyrrhus, qu’elle aime; mais la tendresse d’Achille pour son fils , ni l’amour et les larmes de Briséis ne peuvent faire changer de résolution le
jlî CATALOGUE DES PIECES
vainqueur d’Hector. Les Troyenssont forcés! acheter la paix à ce prix. Polyxene marche au Temple, quand Pâris , furieux de perdre Hélene, lance un trait qui atteint Achille au seul endroit où il ne soit pas invulnérable. Pyrrhus oublie son amour, et ne songe plus qu’à déplorer la mort de son pere , que Briséis jure de venger sur PSris.
» Cette Tragédie n’eut que neuf représentations dans sa nouveauté. Elle est si foible,pour ne rien dire de plus, du côté des personnages et de la versification, que# pour l’honneur de Corneille de Lislc , nous ne relevons point les défauts qui y sont en nombre , » disent les freres Parfaict.
>3 L’Acteur qui jouoit le rôle d’Achille dans cette Pièce avoit été garçon ménuisier. Voulant avoir son portrait, il fit marché avec un peintre pour quarante écus , à condition qu’il seroit représenté en Achille , personnage dans lequel il croyoit avoir meilleur air. On avoit prévenu le peintre que le Comédien étoit mauvais payeur; et, pour avoir une vengeance toute prête, en cas de quelque difficulté , il fit son Achille en huile, excepté le bouclier qu’il peignit en détrempe. On trouva le portrait très-ressemblant; mais comme l’Acteur en vouloitdiminuer le prix, il prétexta quelques défauts dans la peinture, et n’offrit plus que vingt écus. I.c peintre parut satisfait, et dit au Comédien que pour rendre le tableau plus éclatant, il falloit y passer plusieurs fois du vinaigre. L’Acteur usa de la recette; mais le vinaigre détacha toute la couleur en détrempe
qui
qui représentoit le bouclier , et alors ce ne fut plus Achille, niais un ménuisier , qui , au lieu d’un bouclier, tenoit un rabot. » Anecdotes dramatiques , Sec.
D. César d’Avalos , Comédie en cinq actes , en vers 5 représentée au Théâtre de la rue Mazarine , le z 1 Décembre 1674 > et imprimée à Paris en \ 6-6 , chez Jean Ribou , in-n.
a Le fonds de cette Comédie , qui eut quinze représentations, disent les freres Parfaict , paroît tiré d’nne autre en langue Espagnole : ainsi il ne faut chercher dans cette Picce ni instruction , ni caractères. »
« D. César d’Avalos , parti de Séville pour sc rendre à Madtid, où il doitépouser Isabelle, fille de D. Fernand de Vargas, couche dansunehôrclleric,où ilsc trompede valise , et prend celle d’un particulier qui a couché dans la même chambre. Ce particulier nommé D. Pascal Giron, bouffon en titre , ouvre la valise , y trouve une lettre du pere de D. César, à l’adresse de D. Fernand. Il profite de ce hasard , et se présente au pere d’ Isabelle sous le nom de D. César. Celui-ci est rencontré par Beatrix , suivante d’Isabelle, et elle le prend pour D. Lopc, fils de D. Fernand. Ce D. Lopc a quitté la maison paternelle depuis douze ans, pour aller à Goa, et D. Fernand, averti par Béatrix de ce prétendu retour de son fils , donne dans la même erreur qu’elle. D. César en profite pour se trouver auprès d’Isabelle , dont il est devenu amoureux sans l’avoir jamais vue. Par cette exposition un juge aisément du dénouement de l’intrigue. L*. César
sc fait rcconnoîtrc , et D. Pascal est chassé comme un aventurier. »
Tel est , à-peu près , l’extrait que donnent les frères Parfaict de D. Ctsar d'Avalos.
Circé , Tragédie , ornée de Machines , de changemens de Théâtre et de Musique, en cinq actes et eu vers libres , avec un Prologue , et précédée d‘un Argument représentée auThéatre de Guénégaud , le 1 7 Mars 1 <57 y , et imprimée la même année à Paris , chez Pierre Proiné , in-ii.
Voici l’argument de cette Tragédie.
» Le sujet de cette Picce est tiré du quatorxieme Livre des Métamorphoses d’Ovide. »
» Glaucus.de simple pêcheur qu’il étoit, ayant été changé en Dieu marin , devint éperduement amoureux de Scylla , fille de Phorcus ; et ne pouvant toucher son cœur , il alla implorer le secours de Circé , qui prit le parti pour elle , et employa tout le pouvoir de scs charmes pour s’en faire aimer. Le dépit de n’avoir pu en venir à bout, porta si loin son ressentiment que, pour sc venger, elle empoisonna une fontaine où Scylla avoit coutume' de s’aller baigner. Cette malheureuse Nymphe ne s’y fut pas si-tôt plongée qu’elle vit des chiens, qui , s’attachant à son corps , l’effrayerent par leurs aboieinens ; et l’horreur qu’elle eut d’elle-mcme dans ce déplorable état fut si forte qu’elle s’alla précipiter dans la mer , où elle fut changée en un rocher qui a conservé son nom , et contre qui les flots se
brisant imitent par le bruit qu’ils font les aboicmcns des chiens qui avoient fait son supplice. Le succès eu a été grand , et il ne s’en faut pas étonner , puisqu’on n’a rien vu jusqu’ici de si beau , ni de si surprenant que les machines qui en ont fait le principal ornement.^ Le Prologue est formé par Mars, la Fortune , la Renommée, l’Amour , la Gloire , la Musique, la Comédie , les Arts , les Plaisirs et les Jeux , qui tous se réunissent pour célébrer les louanges de louis XIV.
De Visé eut part à cette Tragédie. Il le dit ainsi lui même dans l’éloge qu’il fait de Thomas Corneille , ( Mercuie Galant , Janvier 1710).
« Nous avons fait ensemble la superbe Piece de Machines de Cire/ > de laquelle je n’ai fait que les divertissemens. Les Comédiens avoient traité du Théâtre des Opéra du Marquis de Sourdéac , et comme lotis les mouvemens des Opéra y étoient restés , je je crus qu’en sc servant des premiers mouvci^cns qui avoient servi aux machines de ces Opéra , on pouvoit faire une Picce qui scroit récitée et non chantée , et nous cherchâmes un sujet favorable à mettre ces machines dans leur jour ; de maniéré que , lorsque la Piece parut, elle ne ressemblolt en rien aux Opéra qui avoient été chantés sur le même Théâtre. Le succès de cette Piece fut si prodigieux , qu’elle fut jouée depuis le commencement du carcme jusqu’au mois de Septembre ( avec quelques interruptions , et en tout quarante deux fois), et les représentations en auroïent encore duré plus long-tcms , si les intérêts d’un particu-
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lier n’cn eussent point fait retrancher les voix. ( Ce fut Lully, qui, en vertu de son privilège de l’ Académie Royale de Musique , empêcha les Comédiens d’avoir des chanteurs et des danseurs. ) Il est à remarquer que pendant les six premières semaines la salle de la Comédie se trouva toute remplie dès midi , et que , comme l’on n’y pouvoit trouver de place, on donnoit un demi-Louis d’or .1 la porte pour y avoir entrée ( le Louis valoit alors treize livres } , et que l’on étôit content quand pour la même somme que l’on donnoit aux premières loges on écoit placé au troisième rang. « m Les dépenses que les Comédiens furent obligés de faire pour les Machines, les Décorations et les Habits de la Tragédie de Cire/ parurent si fortes , pendant qu’on préparoit la représentation de cette Piece , que d’Auviliers, Dupin et leurs femmes refusèrent d’y entrer pour leurs parts, disent les frères Parfaict. Cette dispute fut poussée si avant , que ces Acteurs furent renvoyés de la troupe. Sans doute que quelqu’un sc mêla de racotumodcr cela , car ils furent réintégrés un mois avant la représentation. Il fut fait dix-sepr parts du produit, et ce qui revenoit à Thomas Corneille montoit à environ sept cents livres. Les Comédiens voulant le satisfaire , et désirant de le conserver comme un Auteur de mérite , délibérèrent de lui donner soixante louis ( à treize francs , qui faisoiene sept cents quatre-vingt livres ).«,
« Les Amours de Giaucus et de Scylla , et la fin malheureuse de cette dernière , causée par la jalousie de
Circé , méritoient d’être mis sur la Scene Françoise» ajoutent les frères Parfaict. Corneille de Lisle a traité ce sujet avec art du côté de la conduite et des spectacles dont il l’a orné ; mais les caractères des personnages ne sont pas egalement soutenus. Glaucus perd trop de terns avec Circé, après avoir appris que cette Magicienne l’aime. Méliccrtc présente un Acteur inutile à l’intrigue de la Picce. Scylla change trop subitement d’amour pour Glaucus. A l’égard de Circé son rôle est assez bien rendu. En général , la versification de cette Tragédie est plus coulante que celles des précédentes Pièces de l’Auteur; mais on y trouve beaucoup de longueurs et d’inutilités. Elle est pourtant mêlée de sccnes d’un ton noblement comique , qui sont légèrement écrites. Au reste , cette Tragédie auroit dû être intitulée, Glaucus et Scylla , plutôt que Cire/, attendu que les aventures de cette Magicienne sont presque toutes d’un genre à pouvoir être mises au Théâtre. Ainsi au simple titre de Cire/ il n’est pas aisé de juger laquelle des aventures de cette fameuse enchanteresse l'Auteur a voulu traiter. Ce fut Charpentier qui fit la Musique des intermèdes. »
« Le succès et la réputation de cette Piece engageront les Comédiens à la remettre au Théâtre. Dancourt sc chargea d’y faire un Prologue et des Divertissemens nouveaux pour le Roi. Il y fit entrer , 4 peu près , les mêmes Divinités , avec des peuples des différentes contrées de la terre , et il lui dédia le tout par une longue Epître en vers. Ces changemens , dont
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Giliers composa la Musique, se trouvent dans le sixième volume des Œuvres de Dancourt. I.cs Décorations moins chargées que les précédentes n’en n’étoient pas d’un moindre goût , et cette remise se fit le 6 Août i 7 ?o; mais il y a apparence que la Pièce ne causa pas autant de plaisir au Public qu’elle lui en avoit fait dans sa nouveauté, car elle ne fut représentée que sept fois et ne la pas été depuis. » Ibidem.
L’Inconnu , Comédie en cinq actes , en vers, mêlée d’ornemens de Musique , avec un Pro.ogue , et précédée d’un Avis au Lecteur ; représentée, au Théâtre de la rue Mazarine.Ie ^Novembre 1675, et imprimée a Paris en 1 677, in-i t»
Voici ce que dit Thomas Corneille dans son Avis au Lecteur.
■>■> Après avoir fait paroître dans Cire/ une partie de ce que le Théâtre a de plus pompeux pour la beauté des machines , j’ai cru que le public ne scroit pas fâché d’etre diverti par les agrémens qu’une matière riante est capable de recevoir. C’est ce qui m’a fait choisir le sujet de V Inconnu, où vous ne trouverez, point ces grandes intrigues qui ont accoutumé de faire le nom des Comédies de cette nature, parce que les ornemens qu’on m’a prêtés , demandant beaucoup de * tems, n’ont pu souffrir que j’aie poussé ce sujet dans toute son étendue. Si ce retranchement d’incidcns esc un défaut , il est réparé par quantité de choses agréables, qui forment les divettissemens que Y Inconnu donne
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à sa maîtresse. Je me suis servi des noms de la Comtesse, du Marquis , du Chevalier et du Vicomte , comme s’accommodant mieux à l'oreille , et étant plus de notre usage que les noms de Roman dont on se sert quelquefois pour les Ptinces d’invention. Vous trouverez ici le cinquième acte pins rempli qu’il ne l’est dans la représentation , où le Marquis sc contente de promettre la Comédie à la Comtesse. J’en fais un divertissement effectif qu’il lni fait donner sur le petit Théâtre , sons le titre de V Inconnu. Il consiste en trois scènes-, fort courtes , qui regardent l’embarras de Psyché enlcvécpar l’Amour dans un Palais magnifique, où rien ne manque à scs plaisirs q-uc la satisfaction de connoître l’amant qui prend soin de les lui procurer; et comme cet incident n’éloigne point l’idée des fêtes galantes du Marquis, je m’en sers pour dénouer plus agréablement l’aventure de la Comtesse. »
I.e Prologue est formé par Thalie et le Génie de la France , qui annoncent le sujet de la Pièce.
Un Marquis amoureux d’une jeune Comtesse veuve, ne veut point se déclarer tout-â-fait avant de savoir s’il a produit quelqu’impressionsur son cœur. U est dans ua château de la Comtesse avec Olimpc , son amie, et un Chevalier qui aime Olimpc. Le Marquis donne chaque jour des fêtes charmantes à la Comtesse, sans qu’elle sache à qui elle les doit , parce qu’il ne parott que lui rendre simplement des soins. Cependant les soupçons ne peuvent gueres tomber que sut lui et sur. un Vicomte , qui est aussi chez elle , et qui s’est déclaré son
amant. Olimpc qui ne connoît pas les vrais sentiment du Marquis pour la Comtesse, voudrait se l’attacher, par préférence au Chevalier. Elle engage ce dernier à. solliciter la Comtesse en faveur de l’inconnu. Le Chevalier est trop l’ami du Marquis , pour vouloir se prêter à ce qu’il croit devoir lui ôter l’espérance d’ttrc un jour à la Comtesse; mais le Marquis l’en prie, et sollicite aussi lui-même la Comtesse à se déclarer pour l’inconnu. Celle-ci croit découvrir par-là qu’Olimpc et le Marquis s’aiment: elle en montre de la jalousie, et accéléré ainsi le dénouement, qui est amené par une petite Comédie particulière des amours de Gupidon et de Psyché, intitulée aussi l’ Inconnu. Les personnages en sont , Cupidon , Zéphyre, Aglaure et Céphise , confidentes de Psyché. Céphise veut absolument savoir de Zéphyre le nom de l'inconnu qui aime Psyché ; mais , comme certe Psyché n’est autre que la Comtesse , l’Amour paraît et montre le portrait du Marquis. La Comtesse touchée de sa délicatesse , consent avec plaisir à lui donner la main ; le Vicomte se retire , et Oümpe , perdant l’espoir d’être au Marquis , sc donne enfin au Chevalier.
w Le sujet de l 'Inconnu est extrêmement théâtral , •disent les frères Parfaict , et C orncille de Lislc l’a traité avec beaucoup de goût. Cependant il aurait rendu cette Comédie bien plus intéressante si le Marquis droit aussi galant dans ses discours qu’il le paraît dans ses -fêtes , et qu’il eût eu une scene ou deux avec la Comtesse qui marquât sa tendresse délicate. On peut aussi
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reprocher à l’Auteur le caractère du vrcomte qui est trop dans le bas-Comiquc. Malgré ces défauts l’ Jnconnru s’est conservé au Théâtre , et toutes les fois qu’tl y a reparu , le public lui a donné des applaudissemens. » Ce fut Charpentier qui en fit la Musique. De Visé y eut aussi part. Voici comme il s’en explique dans son Mercure Galant de Janvier I710.
>■> Corneille de I.islc avoit des raisons pour donnée promptement cette Comédie au Public, de maniéré que, pour avancer , je fis toute là- Pièce en prose: pendant que je faisois la prose du second acte, il mettoit celle du premier en vers ; et , comme la prose est plus facile que les vers , j’eus le tems de faire ceux des divertissemens , et sur-tout ceux du Dialogue de l’Amouc et de la Jeunesse , qui n’a pas déplu au public. »> '
Léris prétend que et les fêtes galantes qu’un grand Prince donnoit à une Comtesse fournirent l’idée de cette Pièce à Thomas Corneille , qui les trouva si ingénieusement imaginées qu’en y mêlant une intrigue il en composa cette Comédie avec de Vise' ; qu’elle eut un grand’ nombre de représentations , dont trente trois consécutives furent au double. »
Cette Pièce fut reprise en 1678 , avec quelque changement qu’indique ainsi deVisé. ( Mercure Galant , Janvier :67s ).
»> Cette galante Pièce a des agrémens si particuliers qu’on commence à y courir en foule , comme on faîsoit il y a trois ans. le Divertissement du cinquième acte l les amours de Cupidon et de Psyché ) a été sup-
primé , et on y a substitué celui du troisième acte du Triomphe det Dames ( une noce de village ) , autre Pièce du même Auteur , qui, n’ayant aucune part à ce changement , ne doit pas répondre du manque de justesse qui s’y peut trouver. «
L’année suivante on reprit encore cette Picce , en ajoutant à la noce de village au cinquième acte, une chanson d’une Paysanne, et qui a été long-tems connue sous !c nom du Bavolet.
Bcauchamos nous apprend qu’en Septembre iéSo , les troupes réunies donnèrent cette Pièce avec tous scs agrémens. .
w Mais la plus célébré des reprises de l 'Inconnu , observent les freres Parfaict, fut celle du 21 Août 1705 , où Mademoiselle des Mares joua le rôle de la Comtesse, et Baron le fils, celui du Marquis. Dancourt y fit un nouveau Prologue , formé par Thalie , et les jeunes sujets de la troupe des Comédiens , tels que Sali /, Ponteuil , Poisson , Mesdemoiselles des Mares , Mimi Dancourt , &c. qui , se félicitant du succès de la reprise qu’ils venoient de donner de la Psyché’ de Molière, P. Corneille, Quinault et Lully, von lurent «éprendre Y Inconnu de T. Corneille et de Visé. Dancourt fit aussi quelques changemens aux Divcrtissemens , dont la Musique fut refaite par Giliers , qui se surpassa dans une Sarabande , au troisième acte. Cette reprise eut seitc représentations. »
c< En Février 1724, on donna une représentation de l’Inconnu au Palais des Tuileries , avec un Ballet pour
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àntermedc dans lequel le Roi et les jeunes Seigneurs de la Cour dansèrent. Cette Piece fut encore jouée à la Cour avec tous ses agrcmens en 1728. » Anecdotes Dramatiques, &c.
Le triomphe des Dames, Comédie en cinq actes , en prose , ornée de Divertissemens , avec l'explication du combat à la barrière , et de toutes les devises , précéde'e d’un Avertissement , et représentée au Théâtre de Guénégaud , le 7 Août 1 676 , canevas imprimé à Paris, la même année , chez Jean Ribou, «*- 4 0 .
Un Baron engoué des anciens usages de Chevalerie, et qui marie deux de ses nicccs, veut , pour donner plus de solemnité à leurs noces, faire exécuter dans son château un combat à la barrière. C’est-là le principal sujet de cette Piece, qui, à la maniéré Espagnole, esc d’ailleurs remplie d’intrigues, de rivalités , de mascaiades , d enlcvcmcns , enfin qui offre une grands pompe et une grande variété de spectacle j aussi réussitelle beaucoup. Elle eut vingt-quatre représentations dans sa nouveauté ; mais n’a pas été reprise depuis.
o Je ne doute point , dit Thomas Corneille Jans son Avertissement, qu’on ne soit surpris d’abord du titre que porte cette Comédie. On n’en connoîtra la raison qu’en voyant dans le cinquième acte ce combat à la barrière qui s’y fait à l’avantage des Dames,.,. Le ca-
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ractcre que j’ai donné au Baron d’un homme entêté des Spectacles de l’antiquité, m’a fait naître le dessein de faire vdir un combat dans toutes les réglés, et d’y ramasser tout ce que j’ai trouvé do galant dans plusieurs autres, Les machines en étoient toujours; c’est pour cela que j’en ai mis ici... Je sais qu’on y faisoit entrer la Musique , et je souhaiterois fort de n’avoir pas été obligé de pécher oontre cette réglé. Je me suis particuliérement attaché à les observer toutes , afin de pouvoir donner au Public quelque chose qu’il n’eût point encore vu, parce qu’en France on passe ordinairement par dessus les règles en faveur de la magnificence et des grandes dépenses qu’on fait pour les Spectacles. . . . &c. »
Le Ballet du jeu de Piquet étoit un des intermèdes de cette Comédie (au quatrième acte). Les quatre Valets parurent d’abord, avec leurs hallebardes, pour faire faire place; ensuite les Rois arrivèrent successivement , donnant la main aux Dames , dont la queue étoit portée par quatre Esclaves, le premier représentoit la Paume . le second le Billard , le troisième les Dcz , et le quatrième le Trictrac. Les Rois , les Dames et les Valets après avoir formé par leurs danses des tierces et des quatorzes , après s’etre rangés, tous les rouges d’un côté et les noirs de l’autre , finirent par une contre-danse, où toutes les cpuleurs étoient mêlées confusément et sans suite. «
« Je crois que cette intermède r.’étolt pas nouveau , et qu’il n’offroit que l’esquisse d’un gtand Ballet, exécuté
cutc à la Cour de Charles VII , et sur lequel on eut l’idée du jeu de Piquet, qui ne fut imaginé que vers la fin du régne de ce Prince , » observe l'Auteur dit Dictionnaire Dramatique, &c.
* Le Festin de Pierre, Comédie en cinq actes , en vers , sur la prose de Moliere , précédée d’un Avis au Lecteur , et représentée ail Théâtre de Guénégaud , le ri Février 16775 imprimée à Paris en 1678 , chez Thomas Guillain , in- il.
* Le Comte d’Essex , Tragédie en cinq actes, en vers , précédée d’un Avis au Lecteur j représentée à l'Hôtel de Bourgogne en Janvier 1678, et imprimée à Paris , la même année , in - 1 x.
Psyché, Tragédie Lyrique, en cinq actes, 1 en vers , avec un Prologue , mise en Musique par Lully , précédée d’une Épître dédicatoire adressée au Roi , au nom de l’Académie Royale de Musique , et représentée par cette Académie le i*> Avril 1678 i imprimée la même année à Paris , chez René Baudry , ifc-4 0 .
Cet Opéra * été revendiqué par Fontenclle , qu apparemment y avoit eu quelque part, cat il n’est
pas nature! de penser qu’il eût voulu, sans droit, le ravir a son oncle. Cependant on le trouve sous le nom Thomas Corneille dans le recueil des Opéra, et î’Autcur du Dictionnaire Dramatique nous dit que “ Io«q»c Quinault cessa de travailler pour l’Opéra , on fut obligé de chercher un Poète qui pût fournie des paroles à Lully. La réputation de Quinault étoic si bien établie que ses plus fiers rivaux n’osoient pas entrer en lice. D’ailleurs Lully , accoutumé au Lyrique incomparable de ce premier Poète , ne pouvoit écouter sans chagrin les vers des autres. Enfin l’extrême envie «le contribuer aux plaisirs du Roi , jointe aux vives instances des ennemis de Quinault, déterminèrent Thomas Corneille à donner un Poème lyrique qui fut celui de Psyché. Lully eut aussi beaucoup de pçine à so résoudre à le mettre en musique ; mais devant sa fortune au Roi il n’osa pas le désobliger , et fit son possible pour en tirer parti. La Cour néanmoins ne se soucia pas d’avoir les prémices de cette Piece , que Lully fit d’abord exécuter à Paris. »
Le Prologue de cer Opéra est formé par Vénus ,
1 Amour, Flore, Vertumne, Palémon, des Nymphes. ' de Flore * et un choeur de Divinités de la terre et des eaux. 11 annonce le sujet de la Tragédie qui est trop connu pour que nous ne nous dispensions pas de l'expliquer ici. '
Psyché eut deux reprises , la première le 8 Juin 170$, et la dernicre.le 22 du meme mois 1 7x3.
Bellérophon , Tragédie Lyrique > en cinq
actes , en vers , avec un Prologue , mise en Musique par Lully , et précédée d’un Avertissement j représentée par l’Académie Royale de Musique , le * 1 Janvier 1679 , et imprimée la’ même année à Paris , chez Christophe Ballard , in- a?.
Voici l’Avertissement qui fait à-peu-près connoîtrele sujet du Protoguc et celui de la Tragédie.
« Le Roi ayant donné la paix à l’Europe , l’Académie Royale de Musique a cru devoir marquer la part qu’elle prend à la joie publique, pat un Spectacle où elle pût faire entrer les témoignages de son zelc "pour la gloire de cct auguste Monarque. Elle s’y est crue d’autant plus obligée , que la protection qu’il donne aux beaux arts les a toujours fait jouir pendant le cours même de la guerre de l’heureuse tranquiüté qui leur est si nécessaire. C’est ce qui a donné occasion à ccttc Tragédie en musique. ■»
« Le Théâtre représente d’abord le Parnasse François. Apollon y vient avec les Muscs célébrer le retour d’une paix si glorieuse à là France. Pan et Bacchus y arrivent en môme-tems , et signalent leur joie par des danses et par des chants d’allégresse. Mais Apollon , pour mieux divertir le plus grand Prince de la Terre, imagine sur le champ un Spectacle, où lui-memt avec les Muses veut représenter l’histoire de Bellcrophon. Chacun sait que cc bétos combattit autrefois la chimère,
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monté sur Je Pégase, et que ce fut d’un coup de pied de ce cheval que naquit la fameuse Fontaine qui inspire les vers et qui a fait naître la Poésie. On ne saie pas trop bien qui étoit le perc de Bellérophon. Les uns tiennent que c’étoit Glaucus et les autres le font fils de Neptune.; et c’est sur cette diversité d’opinions qu’on a formé l’intrigue de cette Pièce , et l’Oracle qui en fait le noeud. Amisodar est un personnage épisodique , fondé sur cette fable qu’il y a eu une femme nommée Chimère, qui épousa un Roi de Lycie appellé Amisodat. »
Bellérophon est à la Cour d’Iobate, Roi de I.ycie; mais il a été avant à Argos, où Stenobée , veuve du Roi ' Pretus , s’est vue dédaignée par lui. Elle le poursuit jusqu’en Lycie, où le Piince Amisodar devient amoureux d’elle. Pour la venger de Bellérophon il met en usage le pouvoir magique qu’il a , et produit plusieurs monstres qui désolent la Lycie, entr’autres la Chimère, qu’un Oracle annonce devoir être vaincue par Bellérophon , à qui l’on doit donner, pour récompense, la main de la Princesse Philonoé , fille d’Iobate.
tt Thomas Corneille rebuté par le peu de succès de Psyché , dit l’Auteur du Dictionnaire Dramatique , avoit renoncé au Théâtre Lyrique , pour s’attacher uniquement au Dramatique. Mais le Roi lui ayant 'témoigné qu’il eût souhaité qu’il travaillât pour l’Opéra, on prétendit qu’il composa cette Pièce. On a dit aussi que Despréaux avoit une grande part à ce Poème ; mais Fomcnellc , dans une Lettre adressée
DE T. CORNEILLE. 1 7 f
aux Auteurs du Journal des Savans , a aisuré bien positivement qu’à l’exception du Prologue , du morceau qui ouvre le quatrième acte et du canevas , il nè pouvoit y avoir rien de Despréaux dans Bellérophon , et que Thomas Corneille qui ne se soucioit pas trop de cette sorte de travail , lui avoir envoyé à lui-même le plan de cet Opéra pour l’exécuter. »
cc Cet Opéra fut joué quinze mois durant. M. dé Seignelay , qui aimoit Quinault , ayant su que Despréaux avoit quelque parti la conduite de la riece , voulut l’entreprendre sur un endroit où il prétendoit que la vraisemblance étoic choquée. C’étoit à un dînet chez M. de Seignelay , où se trouvoient les Ducs de Chcvrcuse et de Bcauviliers , Racine, &c. Après avoir harcelé Despréaux par plusieurs raisons qui n’étoient pas trébuchantes, croyant l’avoir convaincu, M. de Seignelay lui dit, avec un souris dédaigneux: Réponde réponde { à ceta. Comme Despréaux vit que la chose dtoit poussée avec une hauteur qui ne convenoit pas à un Poète de sa réputation , il eut le courage de lui dire: Monsieur , j'ai toujours fait ma principale étude de la Poétique ? tout le monde convient même que j’en ai e’erit avec asse ç de succès ; si vous voulez que je vous réponde , il faut que vous consentie i que je vous instruise , au maint trois jours de suite, Après cela , il lui décocha six préceptes des plus importans d’Aristote. M. de Seignelay se sentit battu. Toute la compagnie rioit dans l’ame i et Kacinc, en sortant, dit à Despréaux: Le brave homme que vous êtes ! Achille en personne n'auroit pas mieux combattu que y pu;, » Anecdotes Dramatiques , &c,
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« Tous ces faiseurs d’Opéra font le voeu de Quinault, disoit Boileau. Quinault est leur modèle. C’est le plu* grand parleur d’amour qu’il y ait eu ; mais il n’est point amoureux. ... Je n’ai vu que dans Bellérophox quelques traits qui marquent un peu de passion : encore Thomas Corneille ne se soutient-il pas long-tems sur ce ton-là. Ilscroit trop honteux de tourner casaque 1 Quinault. Tout ce qui s’est trouvé de passable dans Btllerophon , c’est à moi qu’on le doit. » Jbiclem ,
« Beauchamps nous apprend que cet Opéra plut tant au Foi qu’il fit faire des décorations et des Ballets nouveaux , pour qu’il fût représenté devant lui à Saint Germain , et qu’il en fît répéter, deux fois dans chaque représentation, des endroits qu’il avoit trouvé beaux.»
Bellérophon fut repris quatre fois ; le $ Janvier 1680 , le ro Décembre 1705, le 11 Janvier 1718, et le 6 Avril 1728. Il a été parodié au Théâtre Italien , par Dominique et Romagncsi , à cette dcrnicre reprise le 7 Mai suivant , sous le titre d 'Arlequin Bellerophon , en un acte et en Vaudevilles.
La Devineresse, Madame Jobin , ou les Faux Enchanremens , Comédie en cinq acres , cil prose, précédée d’un Avis au Lecteur j représentée au Théâtre de Guénégaud , le 19 Novembre 1679 , et imprimée l’année suivante, à Paris , chez Claude Blageart , in- 11.
« Il arriva en France cette année (1679) , dit de f.itniers , dans son Histoire du régné de Louis XIV , une
chose d’autant plus extraordinaire qu’on n’avoit jamais rien vu de semblable. Ce fut rétablissement de la Chambre ardente , contre les Sorciers et les Empoisonneurs : chose inouïe jusqu’alors ; mais depuis l’invention diabolique de la Marquise de Brinviliers ( Marie- Marguerite d’Aubrai , fille du Lieutenant-Civil de Paris, femme de N. Gobclin , Marquis de Brinviliers , Mestre de Camp du Régiment de Normandie, décapitée et brûlée par Arrêt du Parlement , en 1676 , pour avoir empoisonné son pere , ses freres et sa sœur } , le poison étoit devenu si commun , que les femmes s’en servoient ordinairement ponr se défaire de leurs maris , les maris de leurs femmes, et les enfans pour avoir la succession de leurs pères et mères , tellement qu’on l’appelloit la Poudre de succession. Plusieurs personnes en furent soupçonnées ; mais rien n’éclata comme l’aven-» turc d’une Sage-femme , nommée la Voisin , qui fut arretée. Outre la poudre de succession qu’elle avoit donnée à plusieurs personnes , elle étoit accusée d’avoir non seulement suffoqué , mais réduit en cendres un grand nombre d’enfans , nés hors du mariage , pour empêcher que le crime de leurs meres ne fût connu. Cette femme , voyant qu’il n’y avoir point d’espérance de sauver sa vie, accusa, pour gagner du tems, plusieurs Dames et plusieurs Seigneurs de la Cour. La Chambre ardente en ayant rendu compte au Roi ,■ Sa Majesté eut la bonté d’en faire avertir quelques-uns, afin qu’ils s’éloignassent, s’ils étoient coupables. La Sage-femme fut condamnée à avoir la main coupée >
après l’avoir eu peiccc d'un fer chaud» cc qui fut exécuté le zz Février 16S0. »
De visé nous apprend dans son Mercure Galant , de Janvier 1710, que et les Comédiens Payant pressé avec de fortes instances de mettre au Théâtre tout ce qui s’étoit passé chez, la Voisin, à l’occasion du métier dont elle s’étoit mêlée , il fit un grand nombre de scènes, qui auroient pu fournir de la matière pour trois ou quatre Pièces, mais qui ne pou voient former un sujet, parce qu’elles étoient trop uniformes , et qu’il ne s’agissoit que de gens qui alloient demander leur bonne aventure i que toutes ces personnes se fuyant et évitant de se parler il étoit impossible d’en faire une liaison de sccnes, et que la Pièce eût un noeud , et qu’il donna toutes ces scènes à Corneille de Lisle qui en choisit un nombre , avec lesquelles il composa un sujet dont le noeud parut des plus agréables , et qui a été regardé comme un chef d’cruvtc. Le succès de cette Pièce , qui a été un des plus prodigieux du siècle, en fait foi , ajoute devisé.
»> Qu’on ne s’étonne pas si cet Auteur parle avec tant d’emphase d’un Ouvrage auquel il n’avoit cependant que. la moindre part , observent les frères Parfaict. Les Comédiens lui en ont fourni l’idée , et Corneille de Lisle s’est chargé du plan , de la conduite et du dialogue. Que reste-t-il donc à de Visé ? Peu de chose ; mais ce peu est resté au Théâtre , et c’est un honneur qu’aucune de scs Pièces n’a pu mériter. Ce Poète , qui n’avoit que des talcns médiocres , saisissoit
ordinairement un Vaudeville du tcms , le présentent sans aucun art. et n’en retiroit qu’un succès passager. La Pièce dont nous parlons esc encore un de ces vaudevilles ; mais le fonds du suict est propre à tons les tetns , qui nous fournissent de pareils exemples. On y attaque une foiblessc qui fera toujours naître des fourbes qui s’appliqueront à en profiter. Il est nécessaire de faire connoîtrc les impostures de ces derniers et la sottise des personnes qui s’v laissent tromper, i»
I.érisdit que » cette Comédie fut jouée pendant cinq mois', ce qui n’étoit pas encore arrivé à une Pièce sans machines ; qu’elle fut représentée quarante sept fois de suite, sans intermission d’aucune autre Pièce , et que les dix-huit premières représentations furent au double. Il ajoute que toutes les scènes développent les tours d’adresse dont les prétendues devineresses s’étoient servies depuis quelques années pour tromper et épouvanter bien des gens à Paris, v»
La Pierre Philosophale , Comédie en cinq actes , en prose , mêlée de Spectacle , avec un Avis au Lecteur j représentée au Théâtre de Guénégaud , le i) Février 1681 , canevas imprimé la même année à Paris , chez Claude Blageart , in- 4 0 .
« Les Livres de sujet ne se font ordinairement que pour des Pièces remplies de chansons , ou d’un grand spectacle , dit Thomas Corneille, dans son avis au
go CATALOGUE DES PIECES
Lecteur. II y a peu de chant dans celle-ci, et quoique les ornemens en soient singuliers , les chansons et les machines demandent moins qu’on donne ce Livre au public, que la nouveauté de la matière II s’agit de la Pierrt Philosophale , et de l’Histoire des Chevaliers de la Ro^e-Croix , et de ce qu’on appelle cabale ou science secret te. Je ne dis rien de la Pierre Philosophale, rien n’est si connu... Les Ro^e-Croix ont grande relation avec ceux qui la cherchent , et avec la secte des Cabalistes. Il y a seulement cette différence entr’eux qu’on veut nous persuader que les Cabalistes et les Ro^e-Croix ont le secret d’avoir de l’or , au lieu que les soujleurs ne sont que des novices, et le sont souvent toute leur vie. Quoiqu’il en soit on ne doit point s’étonner de voir toutes ccs choses iouées dans une meme Piece ,
puisqu’elles ont grande affinité ensemble Comme H
y a beaucoup de folie parmi ceux qui veulent trouver quelque vérité dans les extravagantes imaginations des Cabalistes , on a cru qu’une satyre publique étoic l’unique moyen de les faire revenir dans leur bon sens. C’est par-là qu’on corrige plus aisément les foiblcsses et les vices, et c’est par-là que la Comédie devient d’une grande utilité. On pourroit dire que M. Maugis ( l’un des principaux personnages de la Piece ) est de facile croyance; mais le Théâtre nous représente tous les jours des gens qui s’entêtent de visions avec beaucoup moins de fondement , quoiqu’il n’y en ait point de plus ridicule que celle des Ro^e-Croix. Il est certain <yi’on trouve des fous qui soutiennent leur histoire.
DE T. CORNEILLE. Si
Elle est imprimée , et M. Maugis l’ayant lue , et étant d’un caractère à donner à tout, il étoit impossible qu’il se dc'fcndît de croire ce qu’il voyoit traité sérieusement par plusieurs Auteurs. Si cette Pièce finit sans que Madame Raimond l autre principal personnage ) et lui soient détrompés de la Pierre Philosophale , il suffit qu’on vienne à bout de leur faire donner leurs filles à des gens qui , n’y croyant point , Trouveront moyen de leur en faire connoître l'abus ( au lieu de les laisser s’allier à des gens qui l’entrctiendroient dans leur esprit). Ces deux mariages étant le but qu’on s’est proposé , tout est fini quand ils sont conclus. Quant aux chercheurs de trésors , qu’on tâche à désabuser par l’exemple de M. Maugis, il s’en trouve en France aussi-bien qu’ailleurs , et on a fait remuer beaucoup de terres à des gens qui sccroyoient fort habiles... On a tâché de rendre toutes ces matières plaisantes et intelligibles à ccux-mcmes qui n’en n’ont pas la moindre teinture, Il est assez difficile de les accommoder au Théâtre, et de traiter d’une maniéré comique ce qui paroît être sérieux, o
Les Etres cabalistiques , les prétendus habitans des quatre élémens , et qui sont désignés sous les noms à’Ondins , de Gnomes de Silphes , et de Salamandres , des deux sexes , jouent de grands rôles dans cette Pièce, qui ne réussit point du tout ; car il ne se trouva presque personnes la seconde représentation, et ce fut la derrière.
Le Ba*on des Fondrières , Comédie en cin<i
Sx CATALOGUE DES PIECES
actes , en prose ; représentée au Théâtre de Guénégaud , le 14 Janvier 1 6 X 6 ; non imprimée.
Cette Pièce n’eut que cette seule représentation. » M. de Tralagc ( disent les freres Parfaict ) dans ses notes manuscrites qui sont à la Bibliothèque de Saine Victor , après avoir annoncé la chute précipitée de la Comédie du Baron, des Fondrières , ajoute: c’est la première Pieceoh l'on ait entendu des sifflets dans le Parterre. Avant ce tems on s’ennuyoit , et l'on bailloit aux Tragédies et aux Comédies des Auteurs à la glace. »>
Voilà tout ce que l’on sait du Baron des Fondrières , dont on ne connoît pas même le sujet.
Médée , Tragédie Lyrique , en cinq actes , en vers, avec un Prologue , mise en Musique par Charpentier j représentée par l’Académie Royale de Musique , le 4 Décembre 1 69 5 , et imprimée la même année à Paris , chez Christophe Ballard , in a, 9 .
Le Prologue est formé par Bcllonne , la Victoire , la Gloire , un Choeur d’habitans des environs de la Seine , et un Chœur de Bergers héroïques i et il est tout à la louange de Louis XIV.
Tout le monde connoît le sujet de Médée. Il no réussit point, traité par Thomas Corneille, et sa Tra* gédie lyrique n’a jamais été reprise.
Bradamante , Tragédie en cinq actes , en
vers ,
vers , précédée d’un Avis au Lecteur 3 représentée au Théâtre de Guénégaud , le iS Novembre , et imprimée l’année suivante à Paris, chez Michel Brunet , in- 8°.
Le sujet de cette Tragédie est le même qne celui de la Bradamame de Robert Garnier, dont nous avons donné l’extrait à la fin de notre second volume àé Essais hittoriques sur la Tragédie.
« La Bradamame de Thomas Corneille est le dernier effort de sa Musc dramatique , disent les freres Parfaict, Musc épuisée par i’âgc et les travaux : aussi tout en marque la décadence , choix du sujet , intrigue , personnages et versification. La principale action de cette Tragédie est fondée sur une générosité romanesque qui ne peut intéresser ni le cœur, ni l’esprit des gens sensés. Ce défaut dominant n’est point réparé par une fable séduisante, ni par une Poésie qui, pour ainsi dire, enlève le consentement Ainsi on peut mettre cet Ouvrage au nombre des plusfoibles de son Auteur. »
Il en convient lui-même , et il s’en excuse de cette manière, dans son Avis au Lecteur.
«c II y a plus de quinze ans, dit-il , que cette Pièce autoit paru au Théâtre , si je n’eusse pas appréhendé que la réputation de l’Arioste, tout fameux qu’il est , n’eût pas été d’un assez grand poids pour autoriser l’incident sur lequel toute l’économie est fondée. Voir un amant combattre pour son rival contre sa propre maîtresse, est une chose si éloignée de -nos mœurs
g 4 CATALOGUE DES PIECES , fcc.
qu’on a demandé pourquoi Roger n’a pas combattu Léon . en lui disant qui il étoit , plutôt que d’etre si religieux observateur de sa parole. Cependant il ne falloit pas traiter le sujet de Bradamante , ou il falloit le traiter dans toutes les circonstances que mon Auteur m’a fournies. C’est ce que ce sujet a d’extraordinaire qui m’a obligé à le choisir par les situations heureuses qu'il m’a fait trouver pour beaucoup de scènes. Si j’ai pu chercher à me satisfaire en composant cet Ouvrage , j’ai peut-être eu tort de l’exposer au Public , puisqu’il pouvoit n’être pas du goût de tout le monde.... Mais c’est une faute que mes amis m’ont fait faire, dans laquelle je me garderai bien de tomber à l’avenir , quelques idées favorables que me pût prêter l’Histoire. S’il est un âge qui semble permettre ces sortes d’amusemens , il en est un autre qui demande que l’on songe à la retraite. «
Plusieurs des Ecrivains qui se sont occupes de l’Histoire du Théâtre François , prétendent que Thomas Corneille a travaillé avec Hauteroche à la Comédie du Deuil et à celle de La Dame invisible , ou Y Esprit folet , avec Mont-fleury à celle du Comédien Poète , et avec de Visé à celle des Dames vengées , ou La Dupe de soi-même. Comme cette opinion n’est gueres qu’une conjecture , nous ne ferons connoître ces quatre Pièces que lorsque nous nous occuperons des Auteurs auxquels elles sont le plus généralement attribuées.
ARIANE
TRAGÉDIE
À PARIS
Au Bureau delaPetiteBibliothequedesThéarres, me des Moulins, butte S. Roch, n°. 1 1 ,
M. DCC. LXXXYI.