‹ Chef-d'œuvres de T. CorneilleChapitre 28 sur 66 · ARIANE, NÉ RI NE · texte numérisé non relu

ARIANE, NÉ RI NE

Nériks.

ÏJn peu plus de pouvoir , Madame , sur vous m8me 5 A quoi sert ce transport , ce désespoir extrême ?

Vous avez , dans un trouble à nul autre pareil , Prévenu ce matin le lever du soleil.

Dans le Palais errante , interdite , abattue ,

Vous avez laissé voir la douleur qui vous tue.

Ce ne sont que soupirs , que larmes , que sanglots...,

Ariane.

On me trahit , Nérine , où trouver du repos ?

Quoi ! ce parfait amour dont mon aine ravie Ne croyoit voit la fin qu’en celle de ma vie ,

Ces feux , ces tendres feux pour moi trop allumés. Dans le ccrur d’un ingrat sont déjà consumés?

Thésée avec plaisir a pu les voir éteindre?

Ma mort n’est qu’un malheur qui ne vaut pas fo craindre ?

Et ce parjure amant , qui sc rit de ma foi.

ARIANE

Quoiqu’il vive toujours, ne vivra plus pour moi ?... Que fait Pirithoüs ? viendra-t-il ?

Oui , Madame; .

Je l’ai fait avertir.

Ariane.

Quels combats dans mon ame î N É R I N E.

ririthoüs viendra ; mais ce transport jaloux Qu’attcnd-il de sa vue , et que lui direz-vous *

Ariane.

Dans l’excès étonnant de mon cruel martyre ,

Hélas ! demandes-tu ce que je pourrai dire !

Dut ma douleur sans cesse avoir le meme cours.

Se plaint-on trop souvent de ce qu’on sent toujours ?...• Tu dis donc qu’hier au soit chacun avec murmure Tarloit diversement de ma triste aventure ?

Que la jeune Cyane est celle que l’on croit Que Thésée....

NÉ R i N E.

On la nomme à cause qu’il la voit ; Mais qu’en pouvoir juger ? Il voit Phèdre de même ,

Et cependant , Madame , est-ce Phedre qu’il aime ?

• v Ariane.

Que n’a-t-il pu l’aimer! Phedre l’auroit connu.

Et par-là mon malheur eût été prévenu !

De sa flamme par elle aussi-tôt avertie.

Dans sa première ardeur je l’aurois amortie.

Par où vaincre d’ailleurs les rebuts de ma sœur ?

NÉRINIÎ.

TRAGEDIE

In vain il aurait cru pouvoir toucher son ccrur.

Je le sais ; mais enfin quand un amant sait plaire »

Qui consent à l'ouïr , peut aimer et se taire.

Ariane.

Je soupçonnerais Vhédre ! elle de qui les pleurs Sembloient en s’ctnbarqüant présager nos malheurs ? Avant que la résoudre à seconder ma fuite,

A quoi pour la gagner ne fus-je pas réduite?

Combien de résistance et d’obstinés refus

Vous n’avcl rien , Madame , à craindre là-dessus :

Je connois sa tendresse ; elle est pour vous si forte Qu’elle mourrait plutôt....

Ariane.

Je veux la voir , n’importe} Va , fais-lui promptement savoir que je l’attends ; Dis-lui que le sommeil l’arrête trop long-tems ,

Que je sens ma douleur croître par son absence.... Qu’elle est heureuse , hélas 1 dans son indifférence J Son repos n’est troublé d’aucun mortel souci.... Pirithous paraît , fais-la venir ici.

( N/rine sort, )

ARIANE

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