SCENE IL
h A DUCHESSE, ELISABETH, TILNE Y.
Eli ! bien , Duchesse , à quoi Ont pu servir les soins que vous prenez pour moi ? Avez-vous vu le Comte, et se rend-il traitable ?
La Duchesse.
Il fait voir un respect pour vous inviolable ,
Et si vos intérêts ont besoin de son bras ,
Commandez , le péril ne l’étonnera pas ;
Mais il ne peut souffrir , sans quelque impatience , Qu’on ose auprès de vous noircir son innocence :
Le crime , l’attentat sont des noms pleins d’horreur Qui mettent dans son amc une noble fureur.
ai LE COMTE D’ESSEX,
H se plaint qu’on l’aqcuse , et que sa Reine écoute Ce que des imposteurs. . .
Elisabeth.
Je lui fais tort, sans doute i Quand jusqu’en mon Palais il ose m’assiéger ,
Sa révolte n’est rien, je la dois négliger}
Et ce qu’avec l’Irlande il a d’intelligence Marque dans scs projets la plus haute innocence!
Ciel i faut-il que ce coeur qui se sent déchirer ,
Contre un sujet ingrat tremble à se déclarer ?
Que ma mort qu’il résout me demandant la sienne* Une indigne pitié, m’étonne , me retienne ,
Et que toujours trop foible , après sa lâcheté , le n’ose mettre enfin ma gloire en sûreté ?
Si l’amour une fois laisse place à la haine.
Il verra ce que c’est que d’outrager sa Reine}
Il verra ce que c’est que de s’être caché
Cet amour où pour lui mon cœur s’est relâché.
J’ai souffert jusqu’ici : malgré ses injustices ,
J’ai toujours contre moi fait patler ses services }
Mais puisque son orgueil va jusqu’aux attentats,
Il faut en l’abaissant étonner les ingrats :
Il faut à l’univers , qui me voit , me contemple, D’une juste rigueur donner un grand exemple.
Il cherche à m’y contraindre: il le veut i c’est assez» La Duchesse.
Quoi ! pour ses ennemis vous vous intéressez , Madame? ignorez vous que l’éclat de sa vie Contre le rang qu’il tient arme en secret l’envie?. Coupable en apparence. . ,
TRAGÉDIE. »j
Elisabeth.
Ah ! dites en effet .
Les témoins sont ouis , son procès est tout fait;
Et si je veux enfin cesser de le défendre ,
L’arrct ne dépend plus que de le faire entendre.
Qu’il y songe, autrement. . .
La Duchesse.
Eh ! quoi, ne peut-on pas L’avoir rendu suspect sur de faux attentats ?
Elisabeth.
Ah! plût au Cicll ... Mais non, les preuves sont trop fortes !
lî’a-t-il pas du Palais voulu forcer les portes ?
Si le peuple qu’en foule il avoit attiré ,
Eût appuyé sa rage , il s’en fût emparé.
Plus de trône pour moi , l’ingrat s’en rendoit maître,' La Duchesse.
On n’est pas criminel toujours pour le paroître.
Mais je veux qu’il le soit ; ce cœur de lui charmé Eésoujlr a-t-il sa mort ? Vous l’avez tant aimé J Elisabeth.
Ah! cachez moi l’amour qu’alluma trop d’estime ; M’en faire souvenir, c’est redoubler son crime,
A ma honte , il est vrai , je le dois confesser ,
Je sentis , j’eus pour lui... Mais que sert d’y penser ? Suffolc me l’a ravi > Suffolc , qu’il me préféré ,
Lui demande mon sang : le lâche veut lui plaire !
Ah ! pourquoi dans les maux où l’amour m’exposoit Eî’ai-je fait que bannir celle qui les causoit i Il falloir , il falloir à plus de violence
Contre ccttc rivale enhardir ma vengeance.
Ma douceur a nourft son criminel espoir.
La Duchesse.
Mais cet amour sur elle eut -il quelque pouvoir ? Vous a t-elle trahie , et d’une ame infidelle Excité contre vous. . . .
Elisabeth.
Je souffre tout par elle > Elle s’est fait aimer , elle m’a fait haïr ,
Et c’est avoir plus fait cent fois que me trahir. . La D u c.h e s s e.
Je n’ose m’opposer. . Mais Cécile s’avance.