‹ Chef-d'œuvres de T. CorneilleChapitre 47 sur 66 · I.a Duchesse · texte numérisé non relu

I.a Duchesse

A H ! Comte , roulez-vous , en dépit de la Reine, De vos accusateurs servir l’injuste haine ,

Et ne voyez-vous pas que vous êtes perdu ,

Si vous souffrez l’arrct qui peut être rendu ?

Quels juges avez-vous pour y trouver asylc ?

Ce sont vos ennemis , c’est Raleg , c’est Cécile ,

Et pouvez-vous penser qu’en ce péril pressant Qui cherche votre mort vous déclare innocent ?

Le Comte.

Quoi ! sans m’intéresser pour ma gloire flétrie , ïe me verrai traiter de traître à ma patrie ?

S’il est dans ma conduite une ombre d’attentat.

Votre hymen fit mon crime , il touche peu l’Etat. Vous savez là-dessus quelle est mon innocence ,

Et ma gloire avec vous étant en assurance ,

Ce que mes ennemis en voudront présumer ,

Quoi qu’ose leur fureur , ne sauroit m’alarmer.

Leur imposture enfin se verra découverte;

Et tous méchans qu’ils sont , s’ils résolvent ma perte , Assemblés pour l’arrct qui doit me condamner ,

Ils rremblcront peut-être avant que le donner.

La Duchesse.

Si l’éclat qu’au Palais mon hymen vous fit faire

Me faisoit craindre seul un arrêt trop sévere ,

Je pourrais de ce crime affranchir voire foi ,

£n déclarant l’amour que vous eûtes pour moi î Mais des témoins ouis sur ce qu’avec l’Irlande

On veut que vous ayiez. . . .

Le Comte.

La faute n’est pas grande î Et pourvu que nos feux à la Reine cachés Laissent à mes jours seuls mes malheurs attachés...* La Duchesse.

Quoi I vous craignez l’éclat de nos flammes sécrétés ? Ce péril vous étonne , et c’est vous qui le faites î la Reine , qui se rend sans rien examiner ,

Si vous y consentez , vous veut tout pardonner i C’est vous qui réfusant. . . .

Le Comte.

N’en parlons plus , Madame î Qui reçoit un pardon , souffic un soupçon infâme ;

Et j’ai le cœur trop haut pour pouvoir m’abaisser A l’indigne prière où l’on me veut forcer.

La Duchesse.

Ah 1 si de quelque espoir je puis flatter ma peine ,

Je vois bien qu’il le faut mettre tout en la Reine.

Par de nouveaux efforts je veux encor pour vous Tâcher , malgré vous-même , à vaincre son courroux. Mais si je n’obtiens rien , songez que votre vie ,

Depuis long-tcms en butte aux fureurs de l’envie.

Me coûte assez déjà pour ne mériter pas

Que cherchant à mourir vous causiez mon trépas.,»»

C’est vous en dire trop. Adieu, Comte.

TRAGÉDIE. )5

Le Comte.

Ah! Madame ,

Après que vous avez désespéré ma flamme,

Par quels soins de mes jours.... Quoi ! me quitter ainsi ?

( La Duchesse sort. )

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