I.a Duchesse
A H ! Comte , roulez-vous , en dépit de la Reine, De vos accusateurs servir l’injuste haine ,
Et ne voyez-vous pas que vous êtes perdu ,
Si vous souffrez l’arrct qui peut être rendu ?
Quels juges avez-vous pour y trouver asylc ?
Ce sont vos ennemis , c’est Raleg , c’est Cécile ,
Et pouvez-vous penser qu’en ce péril pressant Qui cherche votre mort vous déclare innocent ?
Le Comte.
Quoi ! sans m’intéresser pour ma gloire flétrie , ïe me verrai traiter de traître à ma patrie ?
S’il est dans ma conduite une ombre d’attentat.
Votre hymen fit mon crime , il touche peu l’Etat. Vous savez là-dessus quelle est mon innocence ,
Et ma gloire avec vous étant en assurance ,
Ce que mes ennemis en voudront présumer ,
Quoi qu’ose leur fureur , ne sauroit m’alarmer.
Leur imposture enfin se verra découverte;
Et tous méchans qu’ils sont , s’ils résolvent ma perte , Assemblés pour l’arrct qui doit me condamner ,
Ils rremblcront peut-être avant que le donner.
La Duchesse.
Si l’éclat qu’au Palais mon hymen vous fit faire
Me faisoit craindre seul un arrêt trop sévere ,
Je pourrais de ce crime affranchir voire foi ,
£n déclarant l’amour que vous eûtes pour moi î Mais des témoins ouis sur ce qu’avec l’Irlande
On veut que vous ayiez. . . .
Le Comte.
La faute n’est pas grande î Et pourvu que nos feux à la Reine cachés Laissent à mes jours seuls mes malheurs attachés...* La Duchesse.
Quoi I vous craignez l’éclat de nos flammes sécrétés ? Ce péril vous étonne , et c’est vous qui le faites î la Reine , qui se rend sans rien examiner ,
Si vous y consentez , vous veut tout pardonner i C’est vous qui réfusant. . . .
Le Comte.
N’en parlons plus , Madame î Qui reçoit un pardon , souffic un soupçon infâme ;
Et j’ai le cœur trop haut pour pouvoir m’abaisser A l’indigne prière où l’on me veut forcer.
La Duchesse.
Ah 1 si de quelque espoir je puis flatter ma peine ,
Je vois bien qu’il le faut mettre tout en la Reine.
Par de nouveaux efforts je veux encor pour vous Tâcher , malgré vous-même , à vaincre son courroux. Mais si je n’obtiens rien , songez que votre vie ,
Depuis long-tcms en butte aux fureurs de l’envie.
Me coûte assez déjà pour ne mériter pas
Que cherchant à mourir vous causiez mon trépas.,»»
C’est vous en dire trop. Adieu, Comte.
TRAGÉDIE. )5
Le Comte.
Ah! Madame ,
Après que vous avez désespéré ma flamme,
Par quels soins de mes jours.... Quoi ! me quitter ainsi ?
( La Duchesse sort. )