SCENE VIII et derniere
SA LSBURY , ELISABEHT, TILNEY.
Elisabeth, à Salsbury.
Eh 1 bien , c’en est donc fait ; vous n’avez plus d’ami ? Salsbury.
Madame , vous venez de petdre dans le Comte Le plus grand. . .
Elisabeth.
Je le sais , et le sais à ma honte !
Mais si vous avez cru que je voulois sa mort ,
Vous avez de mon cœur mal connu le transport.
Contre moi , contre tous , pour lui sauver la vie ,
Il falloit tout oser , vous m’auriez bien servie }
Et ne jugiez-vous pas que ma triste fierté Mcndioit pour ma gloire un peu de sûreté?
Votre foible amitié ne l’a pas entendue...
Vous l’avez laissé faire , et vous m’avez perdue.
Me faisant avertir de ce qui s’est passé ,
Vous nous sauviez tous deux.
Salsbury.
Hélas 1 qui l’eût pensé 1 Jamais effet si prompt ne suivit la menace.
N’ayant pu le résoudre à vous demander grâce , J’asscmblois scs anus pour venir à vos pieds Vous montrer par sa mort dans quels maux vous tombiez, Quand mille cris confus nous sont un sûr indice
TRAGÉDIE
Du dessein qu’on a pris de hâter son supplice..
Je dépêche aulfi-tôt vers vous de tous côtés. . , , Elisabeth, l'interro'npant.
Ah î le lâche Coban les a tous arrêtés !
Je vois la trahison.
Salsbvry.
Pour moi , sans me cor.noître , Tout plein de ma douleur, n’en étant plus le maître , J’avance, et cours vers lui d’un pas précipité.
Aux pieds de l’échafaud je le trouve arrêté, lime voit, il m’embrasse, et sans que rien l’étonnes « Quoiqu’à tort , me dit-il , la Reine me soupçonne, aï Voyet-la , de ma part , et îui faite, savoir si Que rien n’ayant jamais ébranlé mon devoir, s? Si contre ses bontés j’ai fait voir quelque audace»
33 Ce n’est pas par fierté que j’ai refusé grâce.
33 Las de vivre , accablé des plus mortels ennuis,
33 En courant à la mort ce sont eux que je fuis ;
33 Et s’il m’en peut rester quand je l’aurai soufferte ,
33 C’est de voir que déjà, triomphant de ma perte »
33 Mes lâches ennemis lui feront éprouver 33. . , .
On ne lui donne pas le loisir d’achever.
On veut sur l’échafaud qu’il paroisse -, il y montes Comme il se dit sans crime , il y paroît sans honte »
Et saluant le Peuple, il le voit tout en pleurs Plus vivement que lui ressentir ses malheurs.
Je tâche cependant d’obtenir qu’on différé Tant que vous ayiexsu ce que l’on ose faire.
Je pousse mille cris pour me faire écouter i
Mes cris hâtent le coup que je pense atrêter.
Il sc met à genoux ; déjà le fer s’apprête :
D’un visage intrépide il présente sa tète ,
Qui du tronc, sépar^g. . .
Elisabeth, l’interrompant.
Ah ! ne dites plus rien !
Je le sens, son trépas sera suivi du mien.
Ticrede tant d’honneurs, c’est par lui que je régné. C’est par lui qu’il n’est rien où ma grandeur n’atteigne î Par lui , par sa valeur , ou tremblans ou défaits ,
Les p.us grands Potentats m’ont demandé la paix i
( A part. )
Et j’ai pu me résoudre... Ah! remords inutile !
Il meurt, et par toi seule.... O Reine trop facile !
Après que tu dois tout à ses fameux exploits.
De spn sang pour l’Etat répand u tant de fois ,
Qui jamais eût pensé qu’un arrêt si funeste Dût sur un échafaud faire verser le reste 1 . . . .
Sur un échafaud!... Ciel! quelle horreur ! quel revers!..; ( A Salsbury. )
Allons , Comte, et du moins , aux yeux de l’univers , Faisons que d’un infâme et rigoureux supplice Les honneurs du tombeau réparent l’injustice...,
St le Ciel à mes voeux peut se laisser toucher ,
Vous n’aurez pas long-tems à me la reprocher !
De l’Imprimerie de