‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 18 sur 92 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

THEODORE, seule,

O raison égarée!© raison suspendue !

Jamais trouble pareil t’avoit-il confondue ?

Sottes présomptions , grandeurs qui nous flattez ,

Est-il rien de menteur comme vos vanités l Le Duc aime Cassandre , et j’étois as^ez vaine ,

Pour réputer mes yeux , les auteurs de sa peine ;

Et bien plus , pour m’en plaindre et les en accuser , Estimant sa conquête un heur à mépriser !

Le Duc aime Cassandre Eh ! quoi ! tant d’apparences, Tant de sujétions , d’honneurs , de déférences , D’ardeurs , d’attachemcns , de craintes , de tributs , N’offroient-ils à mes loix qu’un coeur qu’il n’avoit plus? Ces soupirs, dont cent fois la douce violence ,

Sortant désavouée , a trahi son silence ,

Ces regards , par les miens tant de fois rencontrés »

VENCESLAS,

Les devoirs , les respects , les soins qu’il m’a montres » Provenoient-ilsd'un coeur qu’un autre objet engage ï Sais-je si mal d'amour expliquer le langage ?

Fais- je d’un simple hommage une inclination ?

Et forme-je un fantôme à ma présomption?

Mais insensiblement , renonçant à moi-naême , J’avouerai ma défaite , et je croirai que j’aime. Quand j’en serois capable , aimerois-je où je veux ? Aux raisons de l’Etat , ne dois-je pas mes vœux ?

Et ne sommes-nous pas d’innocentes victimes.

Que le gouvernement immole à ses maximes ?

Mes vœux en un vassal honteusement bornes, Laisseroient-ils pour lui des rivaux couronnés ?

Mais , ne me flatte point , orgueilleuse naissance : L’amour sait bien sans sceptre , établir sa puissance ; Et, soumettant nos cœurs par de secrets appas ,

Fait les égalités , et ne les cherche pas.

Si le Duc n’a le front chargé d’une couronne,

*C’est lui qui les protège, et c’est lui qui les donne.

Far quelles actions se peut-on signaler ,

Que....

TRAGÉDIE

L E O N O R , suivante , THEODORE.

^Hadame , le Duc demande à vousparler.

THEODORE

Qu’il entre... Mais après ce que je viens d’apprendre,» Souffrir un libre accès à l’amant de Cassandre,

Agréer se? devoirs , et le revoir encor !

Lâche, le dois-je faire ?.... Attendez , Léonor.

Une douleur légère , à l’instant survenue ,

Ne me peut aujourd’hui souffrir l’heur de sa vue. Faites-lui mon excuse..,. O ciel ! de quel poison Sens-je inopinément attaquer ma raison ?

Je vondrois à l’amour paroître inaccessible;

Et d’un Indifféjpit , la perte m’est sensible î Je ne puis être sienne ; et , sans dessein pour lui ,

Je ne puis consentir ses desseins pour autrui l

VENCESLA S,

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