‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 25 sur 92 · LE DUC · texte numérisé non relu

LE DUC

Le Prince.

Madami , il ne se peut que mes voeux ne succèdent: J’aurois tort d’en douter , et de. redouter rien ,

Avec deux confidens qui me servent si bien ,

Et dont Paffccticn part du fond de leur ame.

Ilsjvous parloient (sans doute) en faveur de ma flamme î

Cassandre.

Vous les désavoûriez de m’en entretenir,

Puisque je suis si mal en votre souvenir ,

Qu’il veut même effacer du cours de votre vie,

La mémoire du tems que vous m’avez servie ;

Et , qu’avec lui , vos yeux et votre cœur d’accord , Détestent ma présence , à l’égal de la mort.

Le Prince.

Vous en faites la vaine , et tenez ces paroles ,

Pour des propos en l’air et des contes frivoles. L’amour me les dictoit , et j’étois transporté ,

S’il s’en faut rapporter à votre vanité.

Mais si j’en suis bon juge, et si je m’en dois croire f Je vois peu de matière à tant de vaine gloire.

Je ne vois point en vous d’appas si surprenans. Qu’ils vous doivent donner des titres éminens.

Rien ne releve tant l'éclat de ce visage ,

48 VEMCESLAS,

Ou vous n'en mettez pas tous les traits en usage.

Vos yeux, ces beaux charmeurs, avec tous leurs appas, Ne sont point accusés de tant d’assassinats.

Le joug que vous croyez tomber sur tant de têtes ,

Ne porte point si loin , le bruit de vos conquêtes.

Hors un seul , dont le coeur se donne à trop bon prix. Votre empire s’étend sur peu d’autres esprits.

Pour moi , qui suis facile, et qui bientôt me blesse. Votre beauté m’a plu , j’avouerai ma foiblesse ,

Et m’a coûté des soins*, des devoirs et des pas *,

Mais du dessein , je crois que vous n’en doutez pas.

Vous avez eu raison de ne vous pas promettre Un hymen , que mon rang ne me pouvoit permettre. L’imérct de l’Etat, qui doit régler mon sort ,

Avccque mon amour n’en écoit pas d’accord.

Avec tous mes efforts , j’ai manqué de fortune.

Vous m’avez résisté $ la gloire en est commune.

Si , contre vos refus , j’eusse cru mon pouvoir.

Un facile succès eût suivi mon espoir :

Dérobant ma conquête , elle m’étoit certaine ;

Mais je n’ai pas trouvé qu’elle en valût la peine.

Et bien moins , de vous mettre au rang où je prétends , Et de vous partager le sceptre que j’attends.

Voilà toute l’amour que vous m’avez causée.

Si vous en croyez plus , soyez désabusée.

Votre mépris , enfin , m’en produit un commun.

Je n’ai plus résolu de vous être importun.

J’ai perdu le désir avccque l’espérance ;

Et, pour vous témoigner de quelle indifférence J’abandonne un plaisir que j’ai tant poursuivi.

Je*

TRAGÉDIE

Je veux rendre un service à qui m’a desservi.

Je ne vous retiens plus. .. Conduisez-la , mon frcre..,. Et vous, Duc, demeurez.

Cassandre, donnant la main h Alexandre,

O la noble colère !

Conservcz-moi long-tems ce généteux mépris.

Et que bientôt , Seigneur , un trône en soit le prix !

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