‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 26 sur 92 · LE PRINCE, LE DUC · texte numérisé non relu

LE PRINCE, LE DUC

Le Prince, bas .

]0 ie u x ! avec quel effort et quelle peine extrême ,

J e consens ce départ qui m’arrache à moi-même ;

Et qu’un rude combat m’affranchit de sa loi !...

Duc, j’allois pour vous voir , et de la part du Roi,

L * Doc.

Quelque loi qu’il m’impose , elle me sera chere.

Le Prince.

Vous savez s’il vous aime , et s’il vous considéré ;

U vous fait droit aussi , quand il vous aggrandit, .

Et sur votre vertu fonde votre crédit ;

Cette même vertu , condamnant mon caprice ,

Veut, qu’en votre faveur, je souffre sa justice ,

Et le laisse acquitter à vos derniers exploits ,

Du prix que sa parole a mis à votre choix.

Usez donc , pour ce choix, du pouvoir qu'il vous donne } Venez choisir vos fers , qui sont votre couronne s

ço v E N c E S L A S,

Déctarci-lui l'objet que vous considérez, je ne vous défends plus l’heur où vous aspirez ï Et de votre valeur , verrai la récompense ,

Comme sans intérêt , aussi sans répugnance.

Le Duc'

Mon espoir , avoué par ma téinéiitc,

Du succès de mes vœux , autrefois m’a flatté.

Mais depuis mon malheur , d’etre en votre disgrâce. Un sensible mépris a détruit cette audace ;

Et qui se voit des yeux , le commerce interdit ,

Est bien vain , s’il esperc et vante son crédit.

Le Prince.

Loin de vous dcsseryir et vous être contraire ,

Je vais de votre hymen solliciter mon pere :

J’ai déjà sa parole ; et, s’il en est besoin ,

Près de cette beauté , vous offre encor mon soin.

Le Duc.

En vain je l’obtiendrai de son pouvoir suprême ,

Si je ne puis encor l’obtenir d’elic-mcme.

Le prince.

Je crois que les moyens vous en seront aisés.

Vos soins en ma faveur les ont mal disposés.

Le Prince.

Avec votre vertu , ma faveur étoit vaine.

Le Duc.

Mes efforts étoient vains avecque votre haine.

Le Prince.

Mes intérêts cessés relèvent votre espoir.

TRAGÉDIE. 51

Le Duc.

Mes vœux humilias révèrent mon devoir;

Et l’ame qu’une fois on a persuadée ,

A trop d’attachement à sa première idée ,

Pour reprendte sitôt l’estime ou le mépris ,

Et guérit aisément d’un dégoût qu’elle a pris.

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