‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 31 sur 92 · Î* V E N C E S LAS · texte numérisé non relu

Î* V E N C E S LAS

Théodore, faisant signe à Léonor • Soigncz-y , Léonor.

Le Prince.

Vous avez vu , ma soeur ,

Mes plus secrets penser*, jusqu’au fond de mon cœur ; Vous savez les efforts que j’ai faits sur moi-même , Pour secouer le joug de cette amour extrême,

Et retirer d'un cœur, indignement blessé «

Le trait empoisonné que ses yeux m’ont lancé :

Mais , quoi que j’entreprenne , à moi-meme infidèle. Contre mon jugement mon esprit se rdbelle.

Mon cœur de son service à peine est diverti ,

Qu’au premier souvenir, il reprend son parti:

Tant a de droit sur nous , malheureux que nous sommes, Cette amour , non amour , mais ennemi des hommes. J’ai , pour aucunement couvrir ma lâcheté ,

Quand je souffrois le, plus, feint le plus de santé. Rebuté des mépris qu’elle a faits d’un esclave ,

J’ai fait du Souverain , et j’ai tranché du brave i Bien plus , j’ai , furieux , inégal , interdit ,

Voulu , pour mon Rival , employer mon crédit.

Mais , au moindre penser , mon ame transportée , Contre mon propre effort , s’est toujours révoltée ;

Et l’irtgrate beauté , dont le charme m’a pris ,

Peut plus que ma colère , et plus que ses mépris.

Sur ce qu’Octave enfin , hier , me fit entendre L’hymen qui se traitoit , du Duc et de Cassandre,

Et que ce couple heureux consommoit cette nuit.,..

Octave.

Pernicieux avis, hélas ! qu’as-tu produit?

TRAGÉDIE

Le Prince.

Succombant tout entier à ce coup qui m’accable.

De tout raisonnement je deviens incapable ,

Fais retirer mes gens , m’enferme tout le soir ,

£t ne prends plus is que de mon désespoir.

Par une fausse porte , enfin , la nuit venue ,

Je me dérobe aux miens , et je gagne la rue ,

D’où , tout soin , tout respect , tout jugement perdu , Au palais de Cassandre en même-tems rendu , J’escalade les murs, gagne une galerie ,

Et , cherchant un endroit commode à ma furie. Descends sous l'escalier, et dans l’obscurité ,

Prépare à tout succès , mon courage irrité.

Au nom du Duc , enfin , j’entends ouvrir la porte ;

Et , suivant à ce nom , la fureur qui m’emporte , Cours , éteins la lumière , et d’un aveugle effort ,

De trois coups de poignard blesse le Duc à mort.

Théodore, s'appuyant sur Léonor •

Le Duc ? qu’entends-je , hélas î

Le Prince.

A cette rude atteinte.

Pendant qu’en l’escalier tout le monde est en plainte. Lui , m’entendant tomber le poignard sous ses pas , S’en saisit, me poursuit, et m’en atteint au bras.

Son ame, à cet effort , Je son corps se sépare :

Il tombe mort.

THEODORE

O rage inhumaine et barbare !

Et moi , par cent détours que je ne connois pas,

<o VENCESLAS,

DAns l’horrenr de la nuit ayant traîné mes pas f Par le sang que je perds , mon coeur enfin se glace »

Je tombe , et, hors de moi , demeure sur la place ; Tant qu’Octavc passant, s’est donné le souci De bander ma blessure , et de me rendre ici ,

Où ( non sans peine encor ) je reviens en moi-meme.

Je succombe , mon frere , à ma douleur extreme. Ma foiblessc me chasse , et peut rendre évident L’intérêt que je prends dedans votre accident.

( Sas , en s’en allant. )

Soutiens-moi , Léonor.... Mon cœur , es-tu si tendre » Que de donner des pleurs à l’époux de Cassandre ,

Et vouloir mal au bras qui t’en a dégagé ?

Cet hymen t’oflfcnsoifc, et sa mort t’a vengé.

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