LE PRINCE , LE ROI , LF. DUC , THEODORE , CASSANDRE, LEONOR , GARDES
Le Prince, aux pieds du Roi.
ÎP A R quel heur ?...
Le Roi, le relevant.
Levez-vous. Une couronne , Prince , Sous qui j’ai quarante ans régi cette province ,
'Qui passera sans tache , en un règne futur.
Et dont tous les brillans ont un éclat si pur ,
En qui la voix des grands et' le commun suffrage M’ont d’un nombre d’aveux conservé l’héritage ,
Est l’unique moyen que j’ai pu concevoir .
Pour, en votre' faveur , désarmer mon pouvoir.
Je ne vous puis sauver, tant qu’elle sera mienne.
Il faut que votre tète , ou tombe , ou la soutienne î I l vous en faut pourvoir , s’il vous faut pardonner , Et punir votre crime , ou bien le couronner.
L’Etat vous la souhaite; et le peuple m’enseigne. Voulant que vous viviez , qu’il est las que je règne.
La justice est aux Rois , la Reine des vertus;.
Et inc vouloir injuste , est ne me vouloir plus.
n VENCESLA S,
( Lui mettant la couronne sur la tête. )
Régnez. Après l’Etat, j’ai droit devons élire. Et donner à mon fils un pere à mon Empire.
Que faites-vous , grand Roi ?
Le Rot,
M’appeller de ce nom ,
C’est hors de mon pouvoir mettre votre pardon :
Je neveux plus d’un rang où je vous suis contraire. Soyez Roi , Ladislas , et moi , je serai pere.
Roi , je n’ai pu des ioix souffrir les ennemis;
Pere , je ne pourrai faire périr mon fils.
Une perte est aisée ait l’amour nous convie.
Je ne perdrai qu’un nom pour sauver une vie Pour contenter Cassandrc , et le Duc , et l’Etat ,
Qui les premiers font grâce à votre assassinat.
Le Duc, pour récompense, a requis cette grâce ;
Le peuple mutiné veut que je vous la fasse ; Cassandrc le consent ; je ne m’en défends plus.
Ma seule dignité m’enjoignoit ce refus.
Sanspcine je descends de ce degré suprême :
J’aime mieux conserver un fils , qu’un diadème,
Si vous ne pouvez, être , et mon pere et mon Roi , Puis-je être votre fils , et vous donner la loi ?
Sans peine je renonce à ce degré suprême.
Abandonnez plutôt un fils, qu’un diadème.
TRAGÉDIE
Le R o r.
Je n’y prétends plus rien ; ne me le rendez pas.; Qui pardonne à son Roi , puniroit Ladislas ,
Et sans cct ornement , feroit tomber sa tete.
Le Prince.
A vos ordres, Seigneur, la voilà toute prête;
Je la conserverai , puisque je vous la dois ;
Mais elle régnera , pour dispenser vos loix ;
Et toujours , quoi qu’elle ose , ou quoi qu’elle projette. Le diadème au front, sera votre sujette.
( Il dit au Duc en l'embrassant. )
Par quel heureux destin , Duc , ai-je mérité.
Et de votre courage , et de votre bonté ,
Le soin si généraux qu’ils ont eu pour ma vie?
Le Duc.
Ils ont servi l’Etat , alors qu’ils l’ont servie ; Mais, et vers la couronne et vers vous acquitté , J’implore une faveur de votre Majesté. *
Quelle ?
le Duc.
Votre congé , Seigneur , et ma retraite.
Pour ne vous plus nourrir cette haine secrette ,
Qui m’expliquant si mal , vous rend toujours suspects Mes plus atdcns devoirs , et mes plus grands respects.
Le Prince.
Non , non ; vous devez , Duc, vos soins à ma Province. Roi, je n’héiite point des différens du Prince ;
9 o VENCESLAS
Et j’augurerois ma! de mon gouvernement, ' I
S’il m’en falloit d’abord ôter le fondement.
Qui trouve où dignement reposer sa couronne ,
Qui rencontre à son trône une ferme colonne ,
Qui possédé un sujet digne de cet emploi ,
Peut vanter son bonheur , et peut dire ctre Roi.
Le ciel nous l’a donné , cet Etat le possédé i
Par scs soins, tout nous rit, tout fleurit, tout succède*
Par son art , nos voisins , nos propres ennemis , l’aspirent qu’à nous être alliés , ou soumis ;
Il fait briller par-tout .notre pouvoir suprême ;
Par lui toute l’Europe , ou nous craint, ou nous aime Il est de tout l’Etat la force et l’ornement ;
Et vous me l’ôteriez par votre éloignement ?
L’heur le plus précieux que, régnant, je respire t Est que vous demeuriez l’amc de êct Empire ;
Et si vous répondez à mon élection ,
( Montrant Thtodcte. )
Ma soeur sera le noeud de votre affection.
Le Duc.
J’y prétendrons en vain , apres que sa défensê M’a de sa servitude interdit la licence.
Théodore.
Je vous avois prescrit de cacher vos liens ;
Mais les ordres du Roi sont au-dessus des mien* «
Et me donnant à vous , font cesser ma défense.
LeDuc. .
O de tous mes travaux , trop digne récompense !
, TRAGÉDIE. • yi
( An Prince» )
C'est i ce prix , Seigneur , qu’aspiroit mon crédit î Et vous me le rendex , me l’ayant interdit.
Le Prince, à Cassandre.
J’ai , pour vous , accepté la vie et la côuronne , Madame : ordonnex-en î je vous les abandonne :
Pour moi, sans vos faveurs , elles n’ont rien de doux î J e les rends, j’y renonce, et n’en veux point , sans vous. De vous seule dépend et mon sort et ma vie.
Cassandre.
Après qu’à mon amant votre main l’a ravie î
Le Roi.
Le Sceptre que j’y mets , a son crime effacé.
Dessous un nouveau regne oublions le passé ;
Qu’avec le nom de Prince il perde votre haine ;
Quand je vous donne un Roi , donnex-nous une Reine.
Cassandre.
Puis-je , sans un trop lâche et trop sensible effort , Epouser le meurtrier , étant veuve du mort i Puis-je ?. ..
Le Rot.
Le tems , ma fille...
Cassandre.
Ah ! quel tems lepeut faire î Le Princf.
Si je n’obtiens, au moins , permettex que j’espere.
fl V E N C E S L A S , &c.
Tant de soumissions lasseront vos mépris, Qu’cnfin de mon amour vos vœux seront le prix.
Le Roi, au Prince .
Allons rendre à l’Infant nos dernieres tendresses , Et dans sa sépulture enfermer nos tristesses.
Vous , faites-moi , vivant, louer mon successeur , Et voir de ma couronne un digne possesseur.