‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 47 sur 92 · LE PRINCE , LE ROI , LF. DUC , THEODORE , CASSANDRE, LEONOR , GARDES · texte numérisé non relu

LE PRINCE , LE ROI , LF. DUC , THEODORE , CASSANDRE, LEONOR , GARDES

Le Prince, aux pieds du Roi.

ÎP A R quel heur ?...

Le Roi, le relevant.

Levez-vous. Une couronne , Prince , Sous qui j’ai quarante ans régi cette province ,

'Qui passera sans tache , en un règne futur.

Et dont tous les brillans ont un éclat si pur ,

En qui la voix des grands et' le commun suffrage M’ont d’un nombre d’aveux conservé l’héritage ,

Est l’unique moyen que j’ai pu concevoir .

Pour, en votre' faveur , désarmer mon pouvoir.

Je ne vous puis sauver, tant qu’elle sera mienne.

Il faut que votre tète , ou tombe , ou la soutienne î I l vous en faut pourvoir , s’il vous faut pardonner , Et punir votre crime , ou bien le couronner.

L’Etat vous la souhaite; et le peuple m’enseigne. Voulant que vous viviez , qu’il est las que je règne.

La justice est aux Rois , la Reine des vertus;.

Et inc vouloir injuste , est ne me vouloir plus.

n VENCESLA S,

( Lui mettant la couronne sur la tête. )

Régnez. Après l’Etat, j’ai droit devons élire. Et donner à mon fils un pere à mon Empire.

Que faites-vous , grand Roi ?

Le Rot,

M’appeller de ce nom ,

C’est hors de mon pouvoir mettre votre pardon :

Je neveux plus d’un rang où je vous suis contraire. Soyez Roi , Ladislas , et moi , je serai pere.

Roi , je n’ai pu des ioix souffrir les ennemis;

Pere , je ne pourrai faire périr mon fils.

Une perte est aisée ait l’amour nous convie.

Je ne perdrai qu’un nom pour sauver une vie Pour contenter Cassandrc , et le Duc , et l’Etat ,

Qui les premiers font grâce à votre assassinat.

Le Duc, pour récompense, a requis cette grâce ;

Le peuple mutiné veut que je vous la fasse ; Cassandrc le consent ; je ne m’en défends plus.

Ma seule dignité m’enjoignoit ce refus.

Sanspcine je descends de ce degré suprême :

J’aime mieux conserver un fils , qu’un diadème,

Si vous ne pouvez, être , et mon pere et mon Roi , Puis-je être votre fils , et vous donner la loi ?

Sans peine je renonce à ce degré suprême.

Abandonnez plutôt un fils, qu’un diadème.

TRAGÉDIE

Le R o r.

Je n’y prétends plus rien ; ne me le rendez pas.; Qui pardonne à son Roi , puniroit Ladislas ,

Et sans cct ornement , feroit tomber sa tete.

Le Prince.

A vos ordres, Seigneur, la voilà toute prête;

Je la conserverai , puisque je vous la dois ;

Mais elle régnera , pour dispenser vos loix ;

Et toujours , quoi qu’elle ose , ou quoi qu’elle projette. Le diadème au front, sera votre sujette.

( Il dit au Duc en l'embrassant. )

Par quel heureux destin , Duc , ai-je mérité.

Et de votre courage , et de votre bonté ,

Le soin si généraux qu’ils ont eu pour ma vie?

Le Duc.

Ils ont servi l’Etat , alors qu’ils l’ont servie ; Mais, et vers la couronne et vers vous acquitté , J’implore une faveur de votre Majesté. *

Quelle ?

le Duc.

Votre congé , Seigneur , et ma retraite.

Pour ne vous plus nourrir cette haine secrette ,

Qui m’expliquant si mal , vous rend toujours suspects Mes plus atdcns devoirs , et mes plus grands respects.

Le Prince.

Non , non ; vous devez , Duc, vos soins à ma Province. Roi, je n’héiite point des différens du Prince ;

9 o VENCESLAS

Et j’augurerois ma! de mon gouvernement, ' I

S’il m’en falloit d’abord ôter le fondement.

Qui trouve où dignement reposer sa couronne ,

Qui rencontre à son trône une ferme colonne ,

Qui possédé un sujet digne de cet emploi ,

Peut vanter son bonheur , et peut dire ctre Roi.

Le ciel nous l’a donné , cet Etat le possédé i

Par scs soins, tout nous rit, tout fleurit, tout succède*

Par son art , nos voisins , nos propres ennemis , l’aspirent qu’à nous être alliés , ou soumis ;

Il fait briller par-tout .notre pouvoir suprême ;

Par lui toute l’Europe , ou nous craint, ou nous aime Il est de tout l’Etat la force et l’ornement ;

Et vous me l’ôteriez par votre éloignement ?

L’heur le plus précieux que, régnant, je respire t Est que vous demeuriez l’amc de êct Empire ;

Et si vous répondez à mon élection ,

( Montrant Thtodcte. )

Ma soeur sera le noeud de votre affection.

Le Duc.

J’y prétendrons en vain , apres que sa défensê M’a de sa servitude interdit la licence.

Théodore.

Je vous avois prescrit de cacher vos liens ;

Mais les ordres du Roi sont au-dessus des mien* «

Et me donnant à vous , font cesser ma défense.

LeDuc. .

O de tous mes travaux , trop digne récompense !

, TRAGÉDIE. • yi

( An Prince» )

C'est i ce prix , Seigneur , qu’aspiroit mon crédit î Et vous me le rendex , me l’ayant interdit.

Le Prince, à Cassandre.

J’ai , pour vous , accepté la vie et la côuronne , Madame : ordonnex-en î je vous les abandonne :

Pour moi, sans vos faveurs , elles n’ont rien de doux î J e les rends, j’y renonce, et n’en veux point , sans vous. De vous seule dépend et mon sort et ma vie.

Cassandre.

Après qu’à mon amant votre main l’a ravie î

Le Roi.

Le Sceptre que j’y mets , a son crime effacé.

Dessous un nouveau regne oublions le passé ;

Qu’avec le nom de Prince il perde votre haine ;

Quand je vous donne un Roi , donnex-nous une Reine.

Cassandre.

Puis-je , sans un trop lâche et trop sensible effort , Epouser le meurtrier , étant veuve du mort i Puis-je ?. ..

Le Rot.

Le tems , ma fille...

Cassandre.

Ah ! quel tems lepeut faire î Le Princf.

Si je n’obtiens, au moins , permettex que j’espere.

fl V E N C E S L A S , &c.

Tant de soumissions lasseront vos mépris, Qu’cnfin de mon amour vos vœux seront le prix.

Le Roi, au Prince .

Allons rendre à l’Infant nos dernieres tendresses , Et dans sa sépulture enfermer nos tristesses.

Vous , faites-moi , vivant, louer mon successeur , Et voir de ma couronne un digne possesseur.

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