Acte V. Scène I
Il a paru , au moins , sept à huit Tragédies sous le titre de Panthée. La première de Jean Gucrscns, jouée à Poitiers en 1*705 imprimée
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en 1571 , in- 4 0 ., chez les Bouchets , dans la même Ville , et produite sous le nom de Magdclaine Neveu et Catherine Neveu , sa fille (1).
(1) Quoique cette Pièce soit imprimée sous le nom d£ Magdelaine Neveu et Catherine Neveu sa fille , elle n’est certainement point d’elles, mais bien de Guersens , ( * ) comme on va le voir par l’extrait de la vie de ce Poète.
Cayc Jules de Guersens naquit à Gixors, ville de la haute Normandie , Diocèse de Rouen , l’an 154; , ou 1545. Il étoit d’une assex bonne famille , et dès ses plus tendres années il vint à Paris , où il fit scs études avec tant de succès , qu’il s’acquit un nom parmi les gens de Lettres. Il avoir une mémoire prodigieuse , ce qui lui facilita l’étude de plusieurs langues. Ces talcns lui obtinrent la bienveillance du Duc de Joyeuse, et d’Artus de Cossé , Evêque de Coutancc , qui le firent connoîtreau Roi. Mais la passion qu’il conçut dans la suite pour Catherine Fradonnet , Demoiselle des Roches , (**} lui fit quitter Paris pour aller faire un long
(*) Voici le vrai titre de cette Picce , Panthée , Tragédie prise du Grec de Xénophon , mise en ordre par Caye Jules de Guersens; à Poitiers cher les Bouchets , I57 T *
(**)Mademoiselle des Roches étoit fille de Magdelaine Neveu, et d’André Fradonnet , originaire de Montmoriilon, sieur des Rochesi La mcrc et la fille étoient con-
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Ta seconde , représentée à l’Hotel de Bourgogne en 1604 5 imprimée à Paris en 1614, in-S° chez Jacques Quencl.
séjour à l’oiticts , où , cntr’autrcs preuves d’amour qu’il donna à cette Demoiselle, sachant qu’elle avoit l’ambition de vouloir passer pour bcl-esprit , il lui sacrifia la gloire que pouvoit lui procurer sa Tragédie de Panthée , qu’il regardoit comme son chef-d’ocuvre, et il la fit imprimer sous le nom de la mere et de la fille. Il se chargea du soin de l’impression , et composa l’Epître dédi-
nues sous le nom des Dames des Roches de Poitiers » elles étoient , dit Pasquicr , l’honneur de leur patrie , et même de leur ficelé : leur maison droit une espece d’ Académie; on y parloir de poésie , de philosophie , d’histoire et quelquefois de choses badines. Pasquier semble donner à la fille l’avantage sur sa mcrc tiL’une, » dit il , sait beaucoup , parce qu’elle a beaucoup étu- »> dié; l’autre doit plus à son esprit qu’à l’étude , quoi- « qu’elle ait parfaitement répondu aux soins que sa » merc avoit pris de son éducatiofi : son moindre mé- » rite est d’être savante. « Elle eut plusieurs amans , et refusa de très-bons partis , ne voulant point se séparer de sa mere pour laquelle elle avoit une tendresse infinie. Elles moururent toutes deux , le même jour , de la peste, à Poitiers, lieu de leur naissance , en 1187. Voyez Bibliothèque des Théâtres , tome 1. pag. 201 ; Recherches sur les Théâtres, tome 1. pag. 445 j Histoire du Théâtre François, tomç ? , pag. 357.
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La troisième , de Billard de Courgenai , avec des chœurs, représentée en 1608 j imprimée en 16x0,
catoire à M. l’Evêque de Coutances, son protecteur, dans laquelle il assure qu’il n’a eu d’autre part à cette Piece , que celle de l’avoir mise en ordre « Je proteste , « dit-il, devant Dieu , que cette œuvre n’est jamais sory> tie de la boutique de mon esprit , mais d’un Jupiter , » du cerveau duquel la Pallas de notre France l’a fait » naître. » La Croix du Maine doute de la sincérité de cette protestation, attendu , dit-il , qu’on reconnoît aisément dans cette Tragédie le style-et la façon d’écrire .de Gucrsens. Duverdier n’hésite point à la donner entièrement à ce Poète. On ignore les raisons qui empêchèrent son mariage avec Mademoiselle des Roches ; tout ce qu’on sait, c’est que Guerscns, qui avoit été reçu Avocat au Parlement de Bretagne , vint s’établir à Rennes , dont il obtint la charge de Sénéchal , et où il mourut de la peste , le jeudi cinquième jour de Mai 1583, âgé de 38 ou 40 ans. Son esprit étoit frivole et superficiel ; scs vers ne plaisoicnt que par la chaleur et l’enthousiasme avec lesquels il les déclamoit. Il étoit caustique et rien moins que dévot : il étoit peu estimé de scs contemporains qui le regardoient comme un assez mauvais Poète. Il s’est rendu plus célébré par son amour pour la belle et spirituelle Catherine des Roches, que par scs ouvrages.
Cuersens est Auteur de deux autres Pièces , savoir :
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La quatrième , de Dérouviere. Outre le titre de Panthée , elle porte encore celui de l’Amour conjugal : elle fut donnée en 1608, et imprimée la même année.
La cinquième, de Durval , tirée de Xénophon, représentée en 1656, et imprimée l’année suivante , in- 4 0 .
La sixième , de Tristan.
La septième, sous le titre de Panthée, Princesse travestie, Tragi-Comédie , par Sainvilîe , représentée en 167 3 j non imprimée , ainsi que les autres Pièces du même Auteur.
Il y a aussi un Opéra sous le titre de Panthée , dont les paroles sont du Marquis de la Farre, et la musique du Duc d’Orléans , Régent.
La Folie duSage , Tragi-Comédie , dédiée à S. A. R. Madame, avec des Argumens, donnée
Tobie, Tragi-Comédie , imprimée à Paris en 1*79 » in 4°- et à Rouen en i6o4,tn-i2; une Bergerie à six personnages , ( imprimée à Poitiers en xyS 3 , in-4 0 . selon Jîauchamps et le Chevalier de Mouhy. ) Ces deux derniers ouvrages se trouvent dans un volume intitulé , Œuvres de Mesdames des Roches de Poitiers ; Paris , Abel Langclier , 1 > 79 , in-4’.
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à l’Hôtel de Bourgogne en 1644 ; imprimée à Paris en 164^ , in- 4 0 . et in- 11.
Le sujet de cette Tragi-Comédie est entièrement de l’invention de l’Auteur, aussi-bien que les personnages qu’il y introduit. Elle est médiocre , même pour le terns, d’ailleurs trop romanesque et point du tout thdatrale.
La mort de Séneque , Tragédie , dédiée au Comte de Saint Aignan , avec des Argumens ; représentée en 1644, et imprimée à Paris l’année suivante, chez Toussaint Quinet , in- 4®. et in- 11.
Quoique Séneque soit le Héros de la Tragédie , il n’y joue cependant qu’un rôle épisodique , puisque le sujet n’est autre chose que la conjuration conduite par les soins d’Epicaris contre Néron, et dans laquelle ic Philosophe ne se trouve enveloppé que par la malignité de Popéc , Sabine. Le caractère de Séneque est néanmoins très-beau et très-soutenu ; les autres sont assez bien peints d’après les Historiens, L’Auteur auroit dû mettre un peu plus de noblesse dans les discours de Néron cc dans ceux de sa Maîtresse. On trouve d’ailleurs , dans cette Tragédie, beaucoup de vers très-heureux, dans lesquels les sentimens sont exprimés avec assez de force et de véhémence,
La mort de Crispe , ou les malheurs domestiques du grand Constantin , Tragédie , dédiée
à la Duchesse de Chaulnes , et représentée en i 6 +\ ; imprimée à Paris la même année , in- 4 0 . , chez Cardin Besogne, avec fig. gravées par Boyer, d’après les dessins de Stella.
La même , imprimée à Troycs , chez Nicolas Oudot, en 1656, in- iz.
Réimprimée dans le second volume du Recueil des meilleures Pièces du Théâtre François. Paris , 16 J7 , irt-n i et dans le huitième volume d’un autre Recueil , imprimé à Lyon en 1780 , in- 8 °.
Cette Tragédie est très-foible , et sans liaison de Scenes. Tristan voulant, en traitant ce sujet, éviter d'y échouer comme Grenailles , ( Auteur d’une Tragédie de la mort de Crispe , ou l’Innocent malheureux , tirée du latin de Stephonius; jouée en 1659, imprimée la même année in-4 0 . , à Paris, cher Jean Paslé j ) et ne se sentant pas assez de talens , pour présenter avec décence l’amour d’une belle-mcre, pour le fils de son mari , le cacha de façon , que , quoique Crispe soit assez instruit de la passion qui fait agir Fausta , l’on peut cependant s’y tromper, et prendre la jalousie de l’Impératrice , pour un effet de la politique , qui la porte à empêcher l’union de ce Prince avec Constance , fille de Lucinius. Tristan lui sauve encore l’odieuse accusation d’inceste; et à Constantin , l’inhumanité de condamner
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à la mort un fils innocent; ce fils succombe sous l’effort du poison préparé pour Constance. L’Impératrice , apprenant que sa vengeance est plus complcttc qu’elle ne le souhaitoit , et qu’elle a enveloppé son Amant avec sa Rivale, cède à ses remords, et avoue ses crimes. Constantin , peu maître de ses premiers mouvemens , lui ordonne d’aller les expier. Avant qu’il ait eu le teins de faire scs réflexions , on vient lui annoncer que cette Princesse a perdu la vie au bain. L’Empereur ne peut s’empêcher de la plaindre ; et regardant cette suite de malheurs comme un effet de la colere divine , il prend la résolution de ne plus différer sa conversion , et de faire adorer le Dieu des Chrétiens dans toute l’étendue de son empire.
Il est facile de s’appercevoir combien Tristan a altéré un événement si connu , et qu’il ne pouvoit rendre selon la vérité de l’hisroire.
Cette Pièce est absolument médiocre : les rôles de Crispe et de Constance sont passables ; mais ceux de Constantin et de Fausta sont manqués, et n’ont aucune dignité. Il y a cependant quelques vers heureux dans cette Pièce : en voici qui nous ont paru assez beaux* C’est Constance qui parle , et veut émouvoir la pitié de Constantin , en faveur de Licinc.
Constance.
« Il est juste , Seigneur , que vous goûtiez la joie a> De rétablir des jours filés d’or et de soie ,
» Et qu’oubliant enfin tout ce qui s’est passé,
» Vous redressiez vous-même un trône renversé.
« Changez, par vos bontés, un destin si funeste ; m Le plaisir de bien faire , est un plaisir céleste:
» Et celui d’excuser , lorsque l’on peut punir j 53 De rendre des états qu’on pouvoit retenir ,
Et libéralement remettre une couronne ,
>3 C’est de ces grands effets, dont l’univers s’étonne ;
33 Et la félicité d’un spectacle si doux,
>3 Ne peut jamais venir que des Dieux , et de vous, n
Amarillis , Pastorale , ou la Célimene de Rotrou , accommodée au Théâtre, et augmentée de l’Episode des Satyres , en cinq actes , en vers , représentée sur le Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne , vers la fin de 1651 , et en i 6 <;i ; imprimée à Paris en , in-4 0 . , chez Antoine de Sommaville et Augustin Courbé.
Sous des habits d’hommes, et sous le nom de Cloridan, une Amante, dans le dessein de retenir un Volage , se propose de se faire aimer de sa Rivale , et de la rendre infidclle. A peine elle paroît en cavalier , qu’elle fait la conquête de toutes les femmes , et rend tous leurs Amans jaloux. Elle se fait connoître ensuite aux Belles qu’elle a trompées , les unit à des Amans plus fidèles que le sien , rallume les feux de son volage » et se réserve le droit de l’éprouver.
F.n comparant Célimene avec Amarillis, on trouve meme sujet et memes scenes. Tristan ( comme nous l’avons déjà dit à l’article de Célimene ) en a scule-
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ment supprimé environ deux cents vers , mis en stances les monologues , et ajouté trois scenes de Satyres, qui ne tiennent en aucune façon à l’intrigue de la Pastorale. Ces scenes de Satyres furent en partie la cause du succès de cette Pièce , et le jeu des Acteurs ne contribua pas peu à son entière réussite ; il paroît aussi que l’on comptoit beaucoup sur son succès , puisqu’avant la première représentation , de Villiers , Comédien de l’Hôtel de Bourgogne, fit les vers suivans, en forme d’affiche.
» C’est à ce coup qu’Amarillis ,
» Avec les roses et les lis y> Que la nature a mis sut son charmant visage ,
» Dans notre hôtel va faire rage.
« Enfin , Messieurs , c’est à ce coup , » Que vous allez rire beaucoup.
» Car nos Satyres amoureux ,
» Dans l’espérance d’etre heureux , w Et de jouir de leurs Bergères,
« Vous diront mille mots nouveaux ,
« Et puis , de leurs jambes légères,
» Vous danseront ensuite un ballet des plus beaux.... »
Le succès d’Amarillis fut au-delà de l’espérance des Acteurs ; le même de Villiers fie à ce sujet les vers suivans.
a Ne vous a-t-elle pas charmés ,
» Notre AmarilUs adorable i
DE TRISTAN L’HERMITE. n
« N’est-il pas vrai que vous l’aimez ,
« Autant presque qu’elle est aimable ?
• ••••• • • * • « Venez donc , tous les curieux ,
» Venez , apportez votre trogne,
« Dedans notre hôtel de Bourgogne ;
» Venez en foule , apportez-nous,
» Dans le Parterre quinze sols ,
» Cent dix dans les Galeries.
>3 Et, pour ajouter à la chose ,
» Puisqu’il nous faut prendre congé,
« Nous vous dirons : Bon soir , la Rose , ( i )
» Par l’admirable Sot vengé. « (z)
Enfin , la Pastorale d’Amarillis eut une réputation s! marquée , que le Président de Tubcuf, Intendant des Finances ,da fit représenter , de préférence à toute autre Pièce , dans une fête qu’il donna à Louis XIV. et à toute sa Cour , le lundi îj Juin 1655 , en sa maison à Rucl, près Paris. La célébré Mlle. Baron y joua, et on y exécuta le Ballet composé exprès pour cette Piece(?).Loref, dans
( 1 ) Il paroît que cette représentation se donna pour la clôture du Théâtre 5 c’est-à-dire, peu avant Pâques. (2) Comédie en un Acte , de Raymond Poisson.
(j) Thomas Corneille, dans sa Comédie du Triomphe des Dames, et qui fut représentée le 7 Août 1676, employa ce même Ballet ( connu sous la dénomination du Ballet des Cartes. ) Depuis , Pannard donna un
sa Muse historique du 30 Juin suivant, fit la description de cette superbe fête. Voici les vers dans lesquels il
est fait mention de la Pastorale d’Amarillis.
« Ensuite la Troupe Royale ,
« Représenta la Pastorale ,
» Que l'on nomme l’Amarillis ,
» Dont les intrigues sont jolis y »> Et dans laquelle la Baronne »
» Une assez aimable personne,
» Au cinq od sixième feuillet » Joue un assez plaisant Rollet. >5(1)
Voyez Hist. du Théâtre François , tome 7 page 328 , et suivantes.
Le Parasite , Comédie en cinq actes , en vers, dédiée au Duc de Chaulnes , avec un Avis au Lecteur ; représentée au Louvre devant le Roi , et à l’Hôtel de Bourgogne en 16J4 } imprimée à Paris la même année , in- 4®. , chez Augustin Courbé.
pareil divertissement , à l’Opéra-Comique , sous le titre de Dont Quichotte chez la Duchesse , ou le Royaume de Cartenie , et qui fut exécute le 9 Juillet 1734. Voyez Hist. du Théâtre François , tome 7, page 328 et suivantes.
(r) Mlle, Baron jouoit le Rôle de Bélise, qui s’habille en homme.
Cette
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Cette Pièce eut le plus grand succès , et est restée long-tcms au Théâtre ; elle est assez divertissante , il s’y trouve de fort bonnes plaisanteries : il est même étonnant , dit l’Auteur du Dictionnaire des Théâtres , que personne n’ait depuis traité ce sujet, ou retouché la Piecede Tristan ; il est à présumer qu’elle auroit eu le plus grand succès , parce que ce sujet est trcs-proprff au Théâtre,
Manille ,. femme d’ Alcidor , a perdu , depuis vingt ans, son mari , et Sillarc son jeune fils, qui ont été enlevé» par des Corsaires. Elle reste avec sa fille Lucinde , qu’elle destine au Capitan Matamore ; mais la fille a donné secrcttement son coeur à Lisandrc. Ce jeune homme , par le moyen du Parasite Fripe-Sauces, s’introduit dans la maison de Manille , sous le nom de Sillare , et goûte ainsi le plaisir d’entretenir sa Maîtresse en liberté. Le Capitan apprend cette intrigue par l’indiscrétion du Parasite ; et veut, pour donner la chasse au faux Sillare , produire un prétendu Alcidor. Il propose la chose à un inconnu qu’il rencontre : cet inconnu n’a pas beaucoup de peine à jouer le personnage , puisque c’est Alcidor même , qui parvient enfin à se faire reconnoître. Cette reconnoissancc est fatale à Lisandre ; sa fourbe est découverte. Alcidor certifie la mort de Sillare,. et fait mettre cet imposteur en prison. D’un autre côté , Lucile , Prévôt de la Maréchaussée, et Perc de Lisandre , mécontent de la conduite de son fils , vient , avec une bande d’ Archers , pour l’enlever de la maison de Manille. On lui dit que ce jeune homme a voulu suborner la fille d’ Alcidor , et qu’il est à la Conciergerie. Lucile
craignant pour son fils , consent à son mariage avec Lucindc ; et Alcidor, pere de cette derniere , ne s y oppose plus , dès qu’il connoît la naissance et le bien de Lisandre. La Pièce est terminée par ce mariage ; le Capitan est chassé , et l’on promet à Fripe-Sauces, qu’il sera nourri et entretenu grassement , le reste de sa vie , aux dépens des nouveaux Epoux.
Osman , Tragédie , dédiée par Quinault , après la mort de Tristan , au Comte de Bussy , Mestre -de -Camp Général de la Cavalerie Françoise et Etrangère, représentée en 16^6} imprimée à Paris la même année , in- 1 1 , chez Guillaume de Luynes.
Quinault , élève de Tristan , se chargea par rcconoiîsancc , à la mort de son bienfaiteur , du soin de faire représenter sa Picce. Il fit de son mieux pour tâcher de la faire réussir, mais elle n’eut qu’un trcs-foible succès. Cependant on y remarque d’asseï beaux vers , d’une expression tendre et naturelle.
Osman , Empereur des Turcs , ayant échoué dans son entreprise contre la Pologne, crut que les Janissaires avoient contribué à ce fâcheux événement , et il résolut de les casser . pour leur substituer une Milice d’ Arabes , et de transférer le siégé de l’Empire au Caire. Les Janissaires , instruits de son dessein, se révoltèrent contre ce malheureux Prince , qui fut étranglé le 20 Mai 1622 , par l’ordre de Mustapha son oncle » et frcrc de
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ton pere , que les Janissaires rcnoient de mettre, pour la seconde fois , sur le trône.
L'Auteur a ajouté à ce fait historique , l’Épisode de la fille du Mufti , qui joue, à-peu-près , le même rôle que Roxane dans Bajazet de Racine : elle emploie la ruse pour se faire aimer du Sultan. Son amour rebuté se change en fureur. Elle fomente la sédition qu’elle tâche ensuite d’apaiser, lorsqu’elle s'imagine pouvoir toucher le cœur de son amant. Mais ses derniers refus iz déterminent à l’abandonner à son triste sort ; et , enfin , apprennant sa mort , elle succombe àson désespoir.
Les rôles de la fille du Mufti et d’Osman sont trèsintéressans ; tous les autres sont foiblcs et ne produisent aucun intérêt. Dans le rôle de la fiiledu Mufti, on trouve d’assez beaux vers, tels que ceux-ci : elle parle à Osman détrôné , et près d’être livré à la rage des soldats.
» Mais sur ces sentimens , ne t’imagine pas ,» Que ta grandeur passée eût pour moi des appas.
Je trouvois ta personne encor plus précieuse,
» Et je ne t’aimois point comme une ambitieuse.
De peur que ton esprit ne soit en quelque erreur ,
J'aimois Osman lui-même , et non pas l’Empereur j » Et je considérois en ta noble personne ,
» Des brillans d’autre prix , que ceux de la couronne.
St les décrets du Ciel , si l’ordre du destin ,
A voient mis sous mes loix les climats du matin ; Et si , par des progrès où ta valeur aspire ,
« Le Danube et le Rhin couloicnt sous mon Empire, %> Osman dans mes États seroit maître aujourd’hui ;
Xtf CATALOGUE DES PIECES , &c.
» Iln’auroit qu’à m’aimer, er tout seroit à lui.
» Ne fût-il qu’un soldat vctu d’une cuirasse ,
» N’eût-il rien que son coeur , son esprit et sa grâce ;
» Et mon ame seroit encore au désespoir ,
» De n'avoir rien de plus pour mettre en son pouvoir.»