P H B R O RE
» Alcide , comme vous , ne fut jamais charmé ;
» Car , s’il aimoit Omphale , il en étoit aimé.
»■> Cette belle Princesse , admirant sa vaillance ,
» Avoit conçu , pour lui , beaucoup de bienveillance , » Où le sujet ingrat de votre affection ,
» Voudroit vous immoler à son aversion.
» Cette erreur est cent fois plus digne de reproche, &c.
De la Rctnc et de vous , l'ardeur droit égale ,
Qui pourroit condamner votre ressentiment.
Ou voudroit s’opposer à cet embrasement ?
Mais quoi ! votre raison est vraiment endormie ;
Vous faites vanitd d’aimer une ennemie ,
Qui , pour récompenser un traitement si doux , N’applique son esprit qu’à inédite de vous.
Sans mentir, cette erreur est digne de reproche : Quel plaisir prenez-vous de chérir une roche ,
Dont les sources de pleurs coulent incessamment ,
Et qui , poux votre amour , n’a point de sentiment ?
Si le divin objet dont je suis idolâtre ,
Passe pour un rocher , c’est un rocher d’albâtre ,
Un écueil agréable, où l’on voit éclater Tout ce que la Nature a fait pour me tenter.
Il n'est point de rubis vermeils comme sa bouche , Qui mêle un esprit d’ambre à tout ce qu’elle touche , Et l’éclat de ses yeux veut que mes sentimens Les mettent , pour le moins , au rang des diamans,
La beauté, toutefois, doit être dédaignée.
Qui de bon naturel n’est point accompagnée.
Toute cette rigueur vient de sa chasteté ;
Mais son humeur hautaine est pleine de bonté.
Quand le Parthe inhumain prit Hyrcane et Phaselle , je dus ma délivrance à son conseil fidèle ,
Sans cet insigne effet de sa sccrette amour ,
Biij
je perdois, à-la-fois , et le sceptre et le jour ; C’ctoit fait de ma vie , et le traître Antigone ,
En me foulant aux pieds , remontoit sur le trône. Cette obligation me touche tendrement.
Et me fait excuser ses dédains aisément :
Je vois beaucoup d’orgueil en ses beautés divines; Mais on voit rarement des roses sans épines ;
Et puis il est bien juste , à dire vérité ,
Qu’elle garde entre vous un peu de majesté.
Mille Rois glorieux sont ses dignes Ancêtres,
Et l’on peut la nommer la fille de nos Maîtres.
Elle en use donc bien ; car on sait au palais , Qu’elle parle de nous comme de scs valets ;
Et c’est de quoi pourtant nous ne ferions que rire, N’étoit mille discours que l’on nous vient redire , Par où son cœur ingrat , avec émotion , Témoigne contre vous sa noire intention.
Nous ne pouvons jamais , avecque bienséance , Aux rapports des valets donner tant de créance : Ainsi que l’intérêt les a rendus flatteurs ,
Notre facilité les peut rendre menteurs ;
Et meme , le mensonge est assez ordinaire A ces petites gens dont l’atnc est mercenaire.
Les miens n’ont pas le cœur ni l’esprit d’inventer Tout ce que de la Reine ils me viennent conter.
Apprends-nous quelque trait de cette violence.
TRAGÉDIE. 1 9
S A LOME.
Elle parle de vous avec une insolence ,
Que sans beaucoup d’horreur on ne peut révéler ,
Et que sans crime aussi l’on ne sauroit celer Vous nomme à tous propos l’auteur de ses misères;
Le tyran de l’Etat , l’assassin de ses pères ;
Et de mille raisons anime son courroux ,
Four faire soulever les peuples contre vous.
La Judée aujourd’hui , soumise à ma puissance ,
Ne trouve son bonheur qu’en son obéissance.
On ne peut l’émouvoir ainsi facilement ,
Et je ne crois pas tout aussi légèrement.
Je connois Mariamne, et sais qu’elle est trop sage , Pour s’être abandonnée à tenir ce langage.
Si les Grands s’arrêtoient à tout ce qu’on leur dit , L’impostürc auprès d’eux auroit trop de crédit ;
On verroit dans les Cours une guerre éternelle;
Il faudrait chaque jour faire maison nouvelle.
En cas de ces avis , pour sc gouverner bien ,
Il ne faut pas tout croire, et ne négliger rien.
Je la verrai bientôt , cette belle indiscrette;
Je lui reprocherai cette injure secrette ;
Et sa bouche, pourtant, avec un seul baiser ,
Quand elle auroit tout dit , pourra tout appaiser.
( II appelle Soesme > et lui parle 4 l'oreille . ) Viens çà.
ZO MARIAMNE
S A L o me, à Phérore.
Voyez comment son amc est obsédés Par les charmes trompeurs de cette autre Méde'c* Mais il faut s’employer à faire adroitement ' Dissiper la vertu de cet enchantement.
Madame , cette amour est une maladie ,
A laquelle il faudra que le tems remédie.
Nos avis aujourd’hui ne sont pas de saison.
Ce mal envenimé résiste à la raison.
H h R o D e , h Soesme.
Observe bien sur-tout, en faisant ce message ,
Et le ton de sa voix , et l’air de son visage :
Si son teint devient pâle , ou s’il devient vermeil , J’en saurai la réponse en sortant du Conseil.
Fin du premier
ARGUMENT