‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 65 sur 92 · P H B R O RE · texte numérisé non relu

P H B R O RE

» Alcide , comme vous , ne fut jamais charmé ;

» Car , s’il aimoit Omphale , il en étoit aimé.

»■> Cette belle Princesse , admirant sa vaillance ,

» Avoit conçu , pour lui , beaucoup de bienveillance , » Où le sujet ingrat de votre affection ,

» Voudroit vous immoler à son aversion.

» Cette erreur est cent fois plus digne de reproche, &c.

De la Rctnc et de vous , l'ardeur droit égale ,

Qui pourroit condamner votre ressentiment.

Ou voudroit s’opposer à cet embrasement ?

Mais quoi ! votre raison est vraiment endormie ;

Vous faites vanitd d’aimer une ennemie ,

Qui , pour récompenser un traitement si doux , N’applique son esprit qu’à inédite de vous.

Sans mentir, cette erreur est digne de reproche : Quel plaisir prenez-vous de chérir une roche ,

Dont les sources de pleurs coulent incessamment ,

Et qui , poux votre amour , n’a point de sentiment ?

Si le divin objet dont je suis idolâtre ,

Passe pour un rocher , c’est un rocher d’albâtre ,

Un écueil agréable, où l’on voit éclater Tout ce que la Nature a fait pour me tenter.

Il n'est point de rubis vermeils comme sa bouche , Qui mêle un esprit d’ambre à tout ce qu’elle touche , Et l’éclat de ses yeux veut que mes sentimens Les mettent , pour le moins , au rang des diamans,

La beauté, toutefois, doit être dédaignée.

Qui de bon naturel n’est point accompagnée.

Toute cette rigueur vient de sa chasteté ;

Mais son humeur hautaine est pleine de bonté.

Quand le Parthe inhumain prit Hyrcane et Phaselle , je dus ma délivrance à son conseil fidèle ,

Sans cet insigne effet de sa sccrette amour ,

Biij

je perdois, à-la-fois , et le sceptre et le jour ; C’ctoit fait de ma vie , et le traître Antigone ,

En me foulant aux pieds , remontoit sur le trône. Cette obligation me touche tendrement.

Et me fait excuser ses dédains aisément :

Je vois beaucoup d’orgueil en ses beautés divines; Mais on voit rarement des roses sans épines ;

Et puis il est bien juste , à dire vérité ,

Qu’elle garde entre vous un peu de majesté.

Mille Rois glorieux sont ses dignes Ancêtres,

Et l’on peut la nommer la fille de nos Maîtres.

Elle en use donc bien ; car on sait au palais , Qu’elle parle de nous comme de scs valets ;

Et c’est de quoi pourtant nous ne ferions que rire, N’étoit mille discours que l’on nous vient redire , Par où son cœur ingrat , avec émotion , Témoigne contre vous sa noire intention.

Nous ne pouvons jamais , avecque bienséance , Aux rapports des valets donner tant de créance : Ainsi que l’intérêt les a rendus flatteurs ,

Notre facilité les peut rendre menteurs ;

Et meme , le mensonge est assez ordinaire A ces petites gens dont l’atnc est mercenaire.

Les miens n’ont pas le cœur ni l’esprit d’inventer Tout ce que de la Reine ils me viennent conter.

Apprends-nous quelque trait de cette violence.

TRAGÉDIE. 1 9

S A LOME.

Elle parle de vous avec une insolence ,

Que sans beaucoup d’horreur on ne peut révéler ,

Et que sans crime aussi l’on ne sauroit celer Vous nomme à tous propos l’auteur de ses misères;

Le tyran de l’Etat , l’assassin de ses pères ;

Et de mille raisons anime son courroux ,

Four faire soulever les peuples contre vous.

La Judée aujourd’hui , soumise à ma puissance ,

Ne trouve son bonheur qu’en son obéissance.

On ne peut l’émouvoir ainsi facilement ,

Et je ne crois pas tout aussi légèrement.

Je connois Mariamne, et sais qu’elle est trop sage , Pour s’être abandonnée à tenir ce langage.

Si les Grands s’arrêtoient à tout ce qu’on leur dit , L’impostürc auprès d’eux auroit trop de crédit ;

On verroit dans les Cours une guerre éternelle;

Il faudrait chaque jour faire maison nouvelle.

En cas de ces avis , pour sc gouverner bien ,

Il ne faut pas tout croire, et ne négliger rien.

Je la verrai bientôt , cette belle indiscrette;

Je lui reprocherai cette injure secrette ;

Et sa bouche, pourtant, avec un seul baiser ,

Quand elle auroit tout dit , pourra tout appaiser.

( II appelle Soesme > et lui parle 4 l'oreille . ) Viens çà.

ZO MARIAMNE

S A L o me, à Phérore.

Voyez comment son amc est obsédés Par les charmes trompeurs de cette autre Méde'c* Mais il faut s’employer à faire adroitement ' Dissiper la vertu de cet enchantement.

Madame , cette amour est une maladie ,

A laquelle il faudra que le tems remédie.

Nos avis aujourd’hui ne sont pas de saison.

Ce mal envenimé résiste à la raison.

H h R o D e , h Soesme.

Observe bien sur-tout, en faisant ce message ,

Et le ton de sa voix , et l’air de son visage :

Si son teint devient pâle , ou s’il devient vermeil , J’en saurai la réponse en sortant du Conseil.

Fin du premier

ARGUMENT

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