H I R ODE
Je n’avois pas quinze ans , lorsque je pris les armes , Lorsque j’allai chercher la mort dans les alarmes;
Et si , dès ce tems-Ià , mon bras , par mille exploits , Domptoit les nations , et soumettoit les Rois;
Que j’ai fait de combats , et gagné de batailles 1 Que j’ai surpris de forts , et forcé de murailles ! Dans un^champ spacieux , quand le fruit de Cerès , De ses tuyaux dorés enrichit les gucrets;
On ne voit gucres plus de javelles pressées ,
Que j’ai vu contre moi de piques hérissées ,
Qui voloient en éclats , par -tout où je donnois , Dans la brûlante ardeur dont je les moissonnois,
P II E R o R E.
Vos belles actions se trouvent sans pareilles,
Jules , quoique l’on die , avec plus de merveilles ,
Et par moins de combats et de travaux divers , S’étoit fait appcller Maître de l’univers.
Vous avez surmonté mille fâcheux obstacles ,
Et toute votre vie est pleine de mhacles.
MARIAMNE
Ç>ans ma condition , je serois trop heureux ,
Si je n’étois pressé d’un tourment amoureux j D’un feu continuel , d’une ardeur sans mesure ,
Qui tient incessamment mon ame à la torture •
Ou si je pouvois vaincre une sévérité.
Qui s’oppose au courant de ma prospérité.
O bonheur imparfait ! ô rigueur importune !
J’ai pour mes compagnons l’Amour et Ja Fortune ;
Ils ne me quittent point , ils suivent tous mes pas : Mais l’un m’est favorable , et l’autre ne l’est pas.
L’un fait qu’à tout un peuple aujourd’hui je commande, Et l’autre me refuse un cœur que je demande ;
Un cœur que je ne puis ranger sous mon pouvoir.
En possédant le corps où je le sens mouvoir.
Aveugles Déités , égalez mieux les choses.
Mêlez moins de lauriers avecquc plus de roses ,
Faites qu’avec plus d’heur , je sois moins renommé j Et n’étant point si craint , que je sois plus aimé.
C’est avecque raison que mon humeur est sombre ;
Ma gloire n’est qu’un songe, et ma grandeur qu’une ombre ,
Si lorsque tout le monde en redoute l’effet,
Je brûle d’un desir qui n’est point satisfait.
Depuis qu’en v’otre lit Mariamne est entrée ,
Et que par tant de soins clic est idolâtrée.
Votre maison , sans cesse , est ouverte aux douleurs ; On n’observe en vous deux que plaintes et que pleurs.
TRAGÉDIE. 1 5
Mes plaintes sont toujours plus justes que ses larmes.
Pourquoi me parut-elle avecquc tant de charmes ,
Tant de rares vertus, et de divins appas ,
Pour entrer dans ma couche , et pour ne m’aimer pas ? Faut-il que deux moitiés soient si mal assorties ?
Qu’un tout soit composé île contraires parties ?
Que je sois si sensible , elle l’étant si peu ?
Que son cœur soit de glace , et le ifticn soit de feu î P H E R O R E.
Après avoir acquis des honneurs à la guerre ,
Qui vous font envier aux deux bouts de la terre , Succombant dans la paix à d’invisibles coups ,
Vous voulez que par-tout on ait pitié de vous (*) î
(*) Nous trouvons dans le Manuscrit de la Bibliothèque du Roi , cité dans notre Catalogue des éditions de cette Pièce , les vers suivans , à cet endroit.
» Phérore , mon mérite a le foible d’Alcidc ,
»> Ce héros qui dompta d’une masse homicide,
» Les tyrans orgueilleux et les monstres divers ,
» Qui, dépitans le ciel , désoloient l’univers.
» Après qu’il eût défait tant de cruelles betes ,
» Des géans à trois corps , des serpens à sept tetes ;
» Qu’il eût forcé l’enfer, et les cieux soutenu,
» Fut-il pas désarmé par un enfant tout nu ?
» Amour , qui le blessa d’un petit trait de flamme ,
» Le fit-il pas filer sous des robes de femmes ?
B ij
MARIA M NE
je
L’erreur dont on m’accuse a troublé de grands hommes. Soit aux siècles passés, soit au tems où nous sommes , L’amour est tellement fatal à la valeur.
Qu’il n'est point de Héros exempts de ce malheur.
Celui qui de son poil tenoit toute sa force.
Ne sut se détourner de cette douce amorce *,
Et ce petit Berger cyai devint un grand Roi ,
Fut en ses derniers jours plus insensé que moi.
Antoine , sousce joug abaissant son courage,
A de moindres clartés s’éblouit davantage ;
Poursuivre Cléopâtre , il quitta son bonheur, h
Et s’embarquant ainsi, fit naufrage d’honneur.
Mais moi, tous mes desseins sont sans honte et sans crime :
Le feu qui me consume , est un feu légitime :
Je n’ai pas des désirs que l’on puisse blâmer;
Car j’aime seulement ce que je dois aimer.
Si dans la passion d’une amour conjugale.