‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 70 sur 92 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

L’ECHANSON, SALOME.

L'Eûhanson.

JP ourrai-je dire encore un mot à votre Altesse , Sur l’execution de son commandement î

Salome.

Oui , je l’écouterai ; parle donc hardiment.

L’Echanson.

Madame , en vous servant , j’affronte des supplices > Je m’en vais me conduire entre des précipices ,

Dans un sentier glissant, où faisant un faux pas.

Je suis tout assuré d’arriver au trépas.

Il ne faudroit au Roi qu’une seule pensée ,

Pour rallumer le feu de son amour passée ,

Un doux ressouvenir de sa tendre amitié ,

Un regard tout chargé des traits de la pitié; la moindre émotion qui vienne à la traverse ,

Une larme , un soupir me choque et me renverse ;

J’y vois mille périls , mais je les brave tous ,

Car mon obéissance est aveugle pour vous :

Et puis , vous m’assure! que par cette industrie ,

J e m’expose à la mort , pour sauver ma patrie. Salome.

Si tu fermes les yeux , pour m’exprimer ta foi ,

Je le veux reconnoîtrc , ouvrant la main pout toi; Mais tu fais ta fortune , et t’acquiers une gloire ,

TRAGÉDIE. îj

Qui pourroit égaler l’honneur d’une victoire ;

Tu préserves ton Roi d’un funeste accident.

Tu nous retires tous d’un naufrage évident ;

Et , dans cette entreprise , où je te sers de guide ,

Le labeur est léger, et le prix est solide.

Tu vas en cet exploit par ma commission.

Tu n’avances du tien que sous ma caution :

• C’est moi qui te présente, et c’est moi qui t’avoue , Qui vais donner le branle , et pousser à la roue.

Tu sais bien que le Roi croit assex de léger.

Et que c’est un esprit que je sais ménager.

Ton rapport va surprendre une amc défiante.

Crédule, furieuse , et fort impatiente :

Dans ce trouble excité , si tu fais ton devoir ,

11 mordra l’hameçon, sans s’en appercevoir ;

C’est un appât subtil que je lui ferai prendre ,

.Sans qu’il ait le moyen de s’en pouvoir défendre.

Puis , pour ta sûreté , tu seras averti ,

Que Mariamne même est de notre parti.

Son cœur , envenimé d’une rage nouvelle ,

S’entend avecque nous pour conspirer contre elle. Tout-à-l’hcurc , en deux mots, clic m’a fait juger , Qu’elle va voir le Roi , pour le désobliger.

Tu sais de quelle sorte il supporte une injure ?

Sers-toi donc à propos de cette conjoncture.

Tout rit à nos desseins , tout répond à nos voeux: . L’occasion paroît; prcnds-Ia par les cheveux.

L’Ee hanson.

Ces puissantes raisons mettroient en assurance L’ame la plus timide et la plus en balance ;

MARIAMNE

Mais, puisque votre Alresse et les deux l’ont voulu , Mon cœur , sur ce sujet , est assez résolu :

Tout ce qui me retient , c’est que je vais paroître.

Et devant un grand Prince , et devant un grand Maître , Qui sait ce qu’on veut dire , avant qu’on ait parlé ,

Et qui peut découvrir un cœur dissimulé.

Madame, en peu de mots , vous plaît-il de m’apprendre, La meilleure façon dont je puis le surprendre?

Ajoutez à mon ordre un peu Renseignement ,

Afin que mon effort succède heureusement.

Il faut , dans ce rapport, par une adresse extrême ,

Que , pour le mieux tromper , tu te trompes toi-meme. Figure-toi le fait d’un penser ingénu ,

Comme si , sans mensonge , il éloit avenu ;

Puis , ayant en ton amc imprimé cette image ,

Laisse agir là-dcssus ta langue et ton visage.

Je ne puis te donner de meilleure leçon ;

Mais dis toujours le fait de la même façon :

Crois toi-même l’horreur que tu veux faire croire.

Et prends garde , en parlant, de manquer de mémoire. Dis ces mors à-peu-pres : Sire , de jour en jour ,

La Reine m’entretient sur un philtre d’amour.

Qu’elle voudroit mcler parmi votre breuvage*

Afin de vous porter à l’aimer davantage, ;

Mais, connoissant assez l’cxccs de votre ardeur.

Je trouve que ce philtre est de mauvaise odeur i Vu meme que , tandis qu’elle m’en sollicite,

Elle est mal assurée et paroît interdite.

Là-dessus, mu de zelc et de fidélité ,

TRAGÉDIE

J’en viens donner avis à votre Majesté ,

De peur que par l’emploi de queiqu’autre Ministre, Vous soyiez prévenu d’un accident sinistre.

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