HERODE
Exécrable sujet de mon impatience ,
Qui t’a fait lâchement trahir ma confiance ,
Et porter ton audace au mépris de la mort , Découvrant un secret qui m’importoit si fort ? Réponds , tu connois bien l’atteinte qui me blesse.
Eh! Sire , je commis ce crime par foiblessc !
Ce fut par imprudence et par légéreté,
Que je fis cette offense à votre Majesté t
Mais le vif repentir qui dans mon cœur s’imprime ,
Devroit bien effacer l’image de mon crime.
Prince rare en clémence , aussi-bien qu’en valeur , Excuser un defaut arrivé par malheur.
Herode.
Ce n’est donc pas un trait d’une amc déloyale ,
Que semer le divorce en la Maison Royale -,
Et porter une femme à perdre son époux ,
N’est qu’une erreur légère , indigne de courroux î Oses-tu dire encore un mot pour ta défense è Ton excuse, perfide , aggrave ton offense !
Tu ferois mieux , pour toi , de ne rien déguiser.
Sire , j’ai trop failli pour vouloir m’excuser:
Je suis trop criminel , ayant pu vous déplaire ;
Je n'ai point de raisons contre votre colctc :
TRAGÉDIE
Aussi , dans le péril où je me suis jeté ,
Je n’attends mon salut que de votre bonté.
H fi r o D E.
Oui , par un moyen qui n’est pas ordinaire ,
J’ai bien su le secret de toute cette affaire.
Si tu veux excuser cet acte plein d’horreur ,
Confesse que l’amour a causé ton erreur.
On sait de quels appas Mariamne est pourvue ; L’éclat de sa beauté te donna dans la vue :
Tu ne pus soutenir ses regards tout puissans ;
Et voilà le sujet qui te troubla le sens.
C’est ainsi que la Reine est cause de ton crime ;
Mais , afin que ma grâce en ta faveur s’exprime , Apprends-moi bien au long par ta confession,
La naissance et le cours de cette passion :
Trouvas-tu dans son ame , un peu de résistance i Et quels progrès fis-tu devant la jouissance l
Cet étrange propos m’étonne tellement ,
Que j’en perds la parole avec le sentiment :
J’y voudrois repartir } mais il m’est impossible.
Pour un amant discret, cette atteinte est sensible ; Mais reprends tes esprits , et m’en fais le discours.
O Prince 1 la merveille et l’honneur de nos jours ! Peut-on croire qu’une ame , et si noble et si belle. Conçoive des soupçons qui sont indignes d’elle;
Et qu’un Roi , dont l’esprit agit si sagement ,
Pour troubler son repos , trompe son jugement i
j* mariamne;
Ce qui m’est imputé rend mon sort pitoyable ;
Puis-je m’en accuser , et me rendre croyable ? Soesmc à ces desseins peut-il avoir pensé ,
Sans Être devenu tout-à-fait insensé ?
Et s’il étoit tombé dans cette maladie , ^
Qui croira qu’un esclave eût l’amc assez hardie , Pour aimer une Reine , et pour lui découvrir Unq témérité qui le feroit mourir ?
Mais une Reine encore , et si chaste et si sage , Qu’elle sert de miroir à celles de cet âge :
Vous lui faites grand tort de prendre ces soupçons.
Traître 1 je suis lassé d’entendre tes leçons :
Crois-tu donc t’excuser en louant ta complice ?
Et d’un charme subtil , endormir ma justice ?
Si je parle autrement je paroîtrai menteur.
Que l’on aille égorger ce fâcheux orateur.
On répandra du sang qui doit crier vengeance.
Dépêchez ce perfide avecque diligence ;
Et l’Eunuque est-il là ?
Le Grand Prévôt.
Oui y Sire , le voici.
Il faut qu’en même tems on l’expédie aussi r Il étoit du complot , cet animal infâme ,
Qui ne saucoit passer pour homme ni pour femme.
TRAGÉDIE