‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 78 sur 92 · HERODE · texte numérisé non relu

HERODE

Exécrable sujet de mon impatience ,

Qui t’a fait lâchement trahir ma confiance ,

Et porter ton audace au mépris de la mort , Découvrant un secret qui m’importoit si fort ? Réponds , tu connois bien l’atteinte qui me blesse.

Eh! Sire , je commis ce crime par foiblessc !

Ce fut par imprudence et par légéreté,

Que je fis cette offense à votre Majesté t

Mais le vif repentir qui dans mon cœur s’imprime ,

Devroit bien effacer l’image de mon crime.

Prince rare en clémence , aussi-bien qu’en valeur , Excuser un defaut arrivé par malheur.

Herode.

Ce n’est donc pas un trait d’une amc déloyale ,

Que semer le divorce en la Maison Royale -,

Et porter une femme à perdre son époux ,

N’est qu’une erreur légère , indigne de courroux î Oses-tu dire encore un mot pour ta défense è Ton excuse, perfide , aggrave ton offense !

Tu ferois mieux , pour toi , de ne rien déguiser.

Sire , j’ai trop failli pour vouloir m’excuser:

Je suis trop criminel , ayant pu vous déplaire ;

Je n'ai point de raisons contre votre colctc :

TRAGÉDIE

Aussi , dans le péril où je me suis jeté ,

Je n’attends mon salut que de votre bonté.

H fi r o D E.

Oui , par un moyen qui n’est pas ordinaire ,

J’ai bien su le secret de toute cette affaire.

Si tu veux excuser cet acte plein d’horreur ,

Confesse que l’amour a causé ton erreur.

On sait de quels appas Mariamne est pourvue ; L’éclat de sa beauté te donna dans la vue :

Tu ne pus soutenir ses regards tout puissans ;

Et voilà le sujet qui te troubla le sens.

C’est ainsi que la Reine est cause de ton crime ;

Mais , afin que ma grâce en ta faveur s’exprime , Apprends-moi bien au long par ta confession,

La naissance et le cours de cette passion :

Trouvas-tu dans son ame , un peu de résistance i Et quels progrès fis-tu devant la jouissance l

Cet étrange propos m’étonne tellement ,

Que j’en perds la parole avec le sentiment :

J’y voudrois repartir } mais il m’est impossible.

Pour un amant discret, cette atteinte est sensible ; Mais reprends tes esprits , et m’en fais le discours.

O Prince 1 la merveille et l’honneur de nos jours ! Peut-on croire qu’une ame , et si noble et si belle. Conçoive des soupçons qui sont indignes d’elle;

Et qu’un Roi , dont l’esprit agit si sagement ,

Pour troubler son repos , trompe son jugement i

j* mariamne;

Ce qui m’est imputé rend mon sort pitoyable ;

Puis-je m’en accuser , et me rendre croyable ? Soesmc à ces desseins peut-il avoir pensé ,

Sans Être devenu tout-à-fait insensé ?

Et s’il étoit tombé dans cette maladie , ^

Qui croira qu’un esclave eût l’amc assez hardie , Pour aimer une Reine , et pour lui découvrir Unq témérité qui le feroit mourir ?

Mais une Reine encore , et si chaste et si sage , Qu’elle sert de miroir à celles de cet âge :

Vous lui faites grand tort de prendre ces soupçons.

Traître 1 je suis lassé d’entendre tes leçons :

Crois-tu donc t’excuser en louant ta complice ?

Et d’un charme subtil , endormir ma justice ?

Si je parle autrement je paroîtrai menteur.

Que l’on aille égorger ce fâcheux orateur.

On répandra du sang qui doit crier vengeance.

Dépêchez ce perfide avecque diligence ;

Et l’Eunuque est-il là ?

Le Grand Prévôt.

Oui y Sire , le voici.

Il faut qu’en même tems on l’expédie aussi r Il étoit du complot , cet animal infâme ,

Qui ne saucoit passer pour homme ni pour femme.

TRAGÉDIE

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