SCENE IL
MARIAMNE,*» prison.
Pour augmenter l’affront que l’injuste licence A fait à l’innocence ,
Un absolu pouvoir rend mon corps prisonnier ;
Mais en quelque péril que le malheur m’engage. J’aurai cet avantage ,
Que mon cœur pour le moins se rendra le dernier»
Ce jour s’en va borner la longueur de ma vie r Je vois bien que l’envie
Travaille puissamment à creuser mon tombeau ;
Et que la cruauté du tyran qui m’opprime ,
Ne me suppose un crime ,
Que pour avoir sujet d’en commettre un nouveau.
Qu’il en use à son gré ; me voilà toute prête De payer de ma tête ,
Afin de contenter ce cœur dénaturé ; "
Quelque horreur qu’en la mort on puisse rcconnoïtre. Elle n’a qu’à paroître ,
J’irai la recevoir d’un visage assuré.
«8 MARIAMNE
Il est tcms désormais que le ciel me sépare D’avecque ce barbare î
Son humeur et la mienne ont trop peu de rapport :
La vertu respirant parmi l’odeur du vice ,
Eprouve le supplice
Du vivant, bouche à bouche , attaché contre un mo
Auteur de l’univers ! souveraine puissance »
Qui depuis ma naissance ,
M’as toujours envoyé des matières de pleurs ;
Mon ame n’a recours qu’à tes bontés divines :
Au milieu des épines ,<
Seigneur , fais-moi bien-tôt marcher dessus des fleut .
Mais j’entends quelque bruit ; suis-je point exaucée J De ce dernier espoir je flatte ma pensée.
Après avoir passé les plus beaux de mes ans,
À porter des liens si durs et si pesans.