MARIA M NE, DINA, LE CAPITAINI DES GARDES
Il Capitaine sis Gardes.
IVHadame , à contre-cœur je sers à cet office :
Je vous rends à regret ce funeste service i Mais mon obéissance et ma fidelité Me tiennent ici lieu d’une nécessité.
Mariamns.
Cette compassion m’est fort peu nécessaire:
Ma mort est à-la-fois contrainte et volontaire. Mene-moi sans scrupule affronter le trépas ;
Hérodc le desire, et je ne le crains pas.
En cet heureux départ, si quelqu’ennui me presse ,
Il vient de la pitié des enfans que je laisse ,
Qui , dans la défaveur et l’abandonnement ,
Seront, pour mon sujet, traités indignement :
Ils restent sans appui ; mais , ô grand Dieu ! j’espere Que tu leur serviras de support et de pere;
Et que , pour les conduire en ce tems dangereux ,
Ta haute providence ouvrira l’oeil sur eux !
Imprime dans leurs coeurs ton amour et ta crainte : Fais qu’ils brûlent toujours d’une ardeur tome sainte i Qu’ils conçoivent sans cesse un résolu penser ,
De mourir mille fois plutôt que t’offenser :
Que jamais nul c^ccsdc tristesse et de joie ,
7 i MA RIAMNE,
Ne détourne leurs pas de ta céleste voie ;
Et s’ils sont opprimés en observant ta loi ,
Que vivans sans reproche , i!s meurent comme moi.
Et toi , monstre cruel , ame dénaturée ,
Qui de sang innocent es toujours altérée ;
Puisque ta cruauté ne sauroitse fléchir ,
Je m’en vais te verser de quoi te rafraîchir :
Pour étancher ta soif, et pour finir mes peines y Je m’en vais te donner tout le sang de mes veines. Bois-lc, tigre inhumain, mais ne présume pas Qu'un reproche honteux survive à mon trépas ;
Que le débordement de cet humeur si noire ,
En éteignant ma vie, éteigne aussi ma gloire ;
Et qu’un jour nos neveux m’accusent d’un forfait.
Où je n’ai point trempé de penser ni d’effet.
Le tems , qui met au jour la vérité cachée ,
Pera voir ma vertu qui ne fut point tachée ,
Et , qu’en précipitant mon funeste procès ,
Ton injuste rigueur faillit avec excès, l’aveugle cruauté dont tu me fais la guerre ,
Va détruire de moi ce qui n’est rien que terre ;
Mais, mon ame immortelle et mon nom glorieux, - Malgré les mouvemens de ton coeur furieux ,
Et toute ta Maison contre moi conjurée ,
Obtiendront un éclat d’éternelle durée....
Mais l’apperçois ma mere , elle attend en ce lieu ,
Afin d; m’honorer d’un éternel adieu ;
Je voudrois que son cœur pût borner sa tristesse.
Et que pour mon sujet elle eût moins- de tendresse t Souffre que je lui donne , en J’^llant appaiset ,
SK
TRAGÉDIE
Et la derntere larme, et le dernier baiser.
Ce sera bientôt fait.
Le Capitaine dis Gardes.
Dépêchez donc , Madame , Car de cette longueur je porteroisle blâme;
Mon ordre est fort exprès , et doit être observé.