SCENE PREMIERE
HERODE, seul .
Serpent couvert de fleurs , dangereuse vîpcre , Jaune fille d’amour qui fais mourir ton pcrc , Dragon toujours veillant avec cent yeux ouverts. Qui prends tout à rebours , et vois tout de travers; Vautour insatiable , horrible jalousie ,
Qui de cent faux objets brouilles ma fantaisie ; (* ) N’as-tu pas pleinement satisfait ta rigueur?
Et n’as-tu point encore assez ronge mon cœur ?
Ne m’importune plus, conseillère indiscrète , Infidèle espionne, et mauvaise interprété ,
Qui troubles mon repos en me troublant le sens , ïtme fais sans horreur perdre des innocens.
T’ai-je pas satisfaite en t’immolant Soesme ,
Et donnant des terreurs à Mariamnc même ?...
Mais , donné des terreurs ? ah ! ne t’abuse pas ,
Ta bouche a prononcé l’arrêt de son trépas ;
Et comme criminelle , et comme condamnée ,
On l’aura promptement au supplice menée.
(^ ) jj Qui viens gêner mon amc après l’avoir saisie. >j
TRAGEDIE
Elle n’est plus au monde , ou bien l’on m’a trahi ;
Et c’est m’avoir perdu , que m’avoir obéi.
Ma vie est en péril , s’il est vrai qu’elle vive $
Et si la belle est morte , il faut que je la suive.
O tourment sans égal ! ô dûtes cruautc's!
Ee malheur à nies yeux s’offre de tous côtés ;
Et par quelque sentier que mon penser s’adresse ,
J’y rencontre toujours la crainte ou la tristesse.
Allons nous enquérir du cours de son destin ;
Et si cette beauté tire encore à sa fin ,
Changeons , par un effet d’une bonté célèbre ,
En triomphe d’honneur cette pompe funèbre....
Mais un des miens s’avance , et je vois mes malheurs , Tracés sur son visage avec l’eau de scs pleurs :
11 en parle tout seul.