‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 91 sur 92 · H E R O DE · texte numérisé non relu

H E R O DE

Pourquoi non î

11 ne reste plus rien d’elle que son beau nom.

Son nom seul est reste ? scroit-elle expirée ?

Je vous en ai porté la nouvelle assurée.

Hnoîi.

Ah ! Narbal , je commence à m’en ressouvenir.

Ce lamentable objet revient pour me punir ;

Et ma triste mémoire, en m’offrant son image. Devient en cet endroit fidcllc à mon dommage.

Elle est trop diligente à me représenter -Ce qui ne me paroît que pour me tourmenter : Erreurs qui me causez des remords si sensibles , Procédés violcns , vous m’etes trop visibles ,

Et faîtes trop bien voir à mes sens confondus ,

Dans les maux que j’ai faits , les biens que j’ai perdus. Mais j’apperçois la Reine , elle est dans cette nue » On voir un tour de sang dessus sa gorge nue ;

Elle s’élève au ciel , pleine de majesté î S a grâce est augmentée , ainsi que sa beauté.

Des esprits bienheureux la troupe l’environne ,

L’un lui rend une palme , et l’autre une couronne ; Elle tourne sur moi scs regards innocens ,

Pour observer l’excès des peines que je sens.

O belle Mariamne î écoute ma parole.

Toi , dont l’aspect divin me trouble et me console: Sujet de mespensers, objet de mes désirs.

Ministres de ma joie et de mes déplaisirs ,

Malgré tant d’ennemis qui te firent la guerre.

Doux et puissant esprit, tu vainquis sur la terre ,

TRAGÉDIE

Et dans un char de feu , te perdant à nos yeux.

Tu vas donc aujourd'hui triompher dans les cieux ! Goûte en paix le doux fruit que parmi tant d’alarmes , Je te fis arroser et de sang et de larmes.

Mais oubliant tes maux de qui je fus l’auteur,

O bel ange ! pardonne à ton persécuteur, je devois t’estimer par-dessus toutes choses ;

Tu ne devois jamais marcher que sur des roses ;

Et tes grandes vertus , et tes rares beautés ,

Dévoient toujours régner dessus mes volontés ;

Et, troublé toutefois d’une aveugle furie.

Je t’ai vraiment traitée avccquc barbarie.

Mais à tout l’univers je m’en viens accuser ,

Et l’ennui que j’en ai te doit bien appaiser :

Si mon forfait est grand, si mon crime est horrible, J’cn conçois un regret bien vif et bien sensible. Merveille de beauté 1 rare exemple d’honneur !

Qui t’envoiant là-haut , y portes mon bonheur ,

Chaste hôtesse du ciel , cher sujet de mes plaintes !

Ne t’imagines pas que mes douleurs soient feintes.

Pour t’aller témoigner quel est mon repentir ,

Mon amc , avec mes pleurs , s’efforce de sortir.

Vois l’excès de l’ennui dont elle est désolée ,

Et comment , pour te suivre , elle prend sa volée.

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