H E R O DE
Pourquoi non î
11 ne reste plus rien d’elle que son beau nom.
Son nom seul est reste ? scroit-elle expirée ?
Je vous en ai porté la nouvelle assurée.
Hnoîi.
Ah ! Narbal , je commence à m’en ressouvenir.
Ce lamentable objet revient pour me punir ;
Et ma triste mémoire, en m’offrant son image. Devient en cet endroit fidcllc à mon dommage.
Elle est trop diligente à me représenter -Ce qui ne me paroît que pour me tourmenter : Erreurs qui me causez des remords si sensibles , Procédés violcns , vous m’etes trop visibles ,
Et faîtes trop bien voir à mes sens confondus ,
Dans les maux que j’ai faits , les biens que j’ai perdus. Mais j’apperçois la Reine , elle est dans cette nue » On voir un tour de sang dessus sa gorge nue ;
Elle s’élève au ciel , pleine de majesté î S a grâce est augmentée , ainsi que sa beauté.
Des esprits bienheureux la troupe l’environne ,
L’un lui rend une palme , et l’autre une couronne ; Elle tourne sur moi scs regards innocens ,
Pour observer l’excès des peines que je sens.
O belle Mariamne î écoute ma parole.
Toi , dont l’aspect divin me trouble et me console: Sujet de mespensers, objet de mes désirs.
Ministres de ma joie et de mes déplaisirs ,
Malgré tant d’ennemis qui te firent la guerre.
Doux et puissant esprit, tu vainquis sur la terre ,
TRAGÉDIE
Et dans un char de feu , te perdant à nos yeux.
Tu vas donc aujourd'hui triompher dans les cieux ! Goûte en paix le doux fruit que parmi tant d’alarmes , Je te fis arroser et de sang et de larmes.
Mais oubliant tes maux de qui je fus l’auteur,
O bel ange ! pardonne à ton persécuteur, je devois t’estimer par-dessus toutes choses ;
Tu ne devois jamais marcher que sur des roses ;
Et tes grandes vertus , et tes rares beautés ,
Dévoient toujours régner dessus mes volontés ;
Et, troublé toutefois d’une aveugle furie.
Je t’ai vraiment traitée avccquc barbarie.
Mais à tout l’univers je m’en viens accuser ,
Et l’ennui que j’en ai te doit bien appaiser :
Si mon forfait est grand, si mon crime est horrible, J’cn conçois un regret bien vif et bien sensible. Merveille de beauté 1 rare exemple d’honneur !
Qui t’envoiant là-haut , y portes mon bonheur ,
Chaste hôtesse du ciel , cher sujet de mes plaintes !
Ne t’imagines pas que mes douleurs soient feintes.
Pour t’aller témoigner quel est mon repentir ,
Mon amc , avec mes pleurs , s’efforce de sortir.
Vois l’excès de l’ennui dont elle est désolée ,
Et comment , pour te suivre , elle prend sa volée.