P II E R O R E
Le voici qui revient troublé de sa manie ;
Mille tristes pensers lui tiennent compagnie;
Il a le teint tout pâle , et les yeux égares : Observez sa démarche , et le considérez.
S A l o m E , à Hirode.
Seigneur , vos sentimens sont bien mélancoliques* H e r o D E.
C’est que j’ai trop de soin des affaires publiques ; Mais je veux aujourd’hui prendre un peu de repos.
H iij
Ce seroit fort bien fait.
Il seroit à propos.
A parler librement, ce qui me tient en peine ,
C’est que depuis hier je n’ai point vu la Reine : Commandez de ma part qu’on la fasse venir.
S a L o m K , à. Pbérore •
Son jugement s’égare, il perd le souvenir.
Envoyez-la quérir , faites-moi cette grâce.
Eh I Seigneur , le moyen que l’on vous satisfasse?
Qu’on aille l’avertir que je veux lui parler :
Est-il si mal-aise, n’y veut-on pas aller?
Vous peut-elle parler , et vous peut-elle entendre? C’est un corps sans chaleur, qui se réduit en cendre.
Quoi ! Mariamnc est morte ? ô destins ennemis I La Parque l’a ravie , et vous l’avez permis ?
Vous avez donc souffert cette triste aventure ,
Sans imposer le deuil à toute la nature f
TRAGEDIE
Quoi ! son corps sans chaleur est donc enseveli î Et l’univers n’est point encore démoli ?
Vous avez donc rompu l’agréable harmonie ,
Que vous aviez commise à son divin génie ?
Vous avez donc fermé sa bouche et ses beaux yeux ? Et n’avez point détruit la sructure des cicux î Cruels ! dans cette perte , à nulle autre seconde , Vous deviez faite entrer celle de tout le monde. Enlever l’univers hors de ses fondemens ,
Et confondre les cieux avec les ébfmens 5 Rompre le frein des mers , éteindre la lumière ,
Et remettre ce tout en sa masse première.
Mariamnc est en cendre , et l’ombre du tombeau Conserve le débris d’un chef-d’œuvre si beau ? Laisse agir ta douleur , mets tes mains en usage, Arrache tes cheveux , déchire ton visage ,
Oblige tous les tiens à te faire périr ,
Ou bien, meurs du regret de ne pouvoir mourir.
Ne te console point , Monarque misérable.
Pherore.
Oubliez cette perte, elle est irréparable;
Et si vous employant à la considérer ,
Vous ne la voudriez pas vous-meme réparer.
Vous direz quelque jour , que ce trait exemplaire Etoit, pour votre Etat, un mal fort nécessaire.
Ministres de mes maux , à me nuire obstinés ,
MARIAMNE
Vous m’osez consulter , vous qu.i m’assassinez î Vous m’avez fait donner , par vos mauvais offices , Cette atteinte mortelle à toutes mes délices ;
Vous m’avez inspiré ce funeste dessein ,
Voils m’avez fait entrer des bourreaux dans le sein. Allez , couple infernal , sortez , race maudite.
Ou je vous traiterai selon votre mérite.
Et vous ,, mes vrais amis , et mes chers serviteurs ,
( S’adressant à Narbal et A son Capitaine des Gardes. ) Qui n’êtes point comme eux , ni traîtres ni flatteurs ; Qui , séparant de moi l’éclat de ma couronne , Attachez votre zclc à ma seule personne ;
Vous qui m’avez toujours aimé sincèrement.
Joignez à ma douleur , votre ressentiment ;
Mêlons nos pleurs ensemble , et regrettons sans cesse La mort de cette belle et divine Princesse.
Mais elle n’est point morte , clic vit dans les deux ,
Et ses rares vertus l’ont mise au rang des Dieux.
Il faut que l’on construise un temple à cette belle , Qui soit de son mérite une marque éternelle ;
Un temple qui paroisse un ouvrage immortel ,
Et que sa belle image y soit sur un autel :
Oui , je veux que sa fête en ces lieux s’établisse ,
Et qu’on la solemnise , ou bien que l’on périsse.
Narbal, s’adressant à Tbaré.
La douleur de ce Prince est sans comparaison;
Le trouble de son ame offusque sa raison.
On voit à ces propos , qu'il perd la connoissance.
TRAGÉDIE
Je ne saurois souffrir plus long-tems son absence :
Ce long éloignement me met au désespoir ;
Dites-Iui de ma part, qu’elle me vienne voir.
Far sa seule présence, elle cause ma joie ;
Je lui pardonne tout , pourvu que je la voie.
On mettra son Eunuque en pleine liberté ,
Quand j’aurai là-dessus appris sa volonté.
L’excès de cet ennui brouille sa fantaisie.
En effet , l’on diroit qu’il est en frénésie.
Alors que je commande , on ne m’obéit pas !
Quoi ! pour me faire entendre , ai-jq parlé trop bas ?
- Sire , que vous plaît-il ?
Qu’on aille, en diligence ,
Faire venir la Reine.... Ah ! j’ai trop d’indulgence.
Vous demander la Reine ! Eh î Sire 1... .