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L’HOMME, ET LES DEUX FEMMES

Fable.

Un Homme des plus insensés ,

A quarante-cinq ans, le cœur rempli de flammes, S’avisa d’épouser deux Femmes :

Pour le faire enrager une c’étoit assez.

I.’une avoit soixante ans , et l’autre vingt et quatre : Toutes deux à l’cnvi le vouloicnt à leur goût*

Et souvent c’étoit à se battre A qui mieux en viendroit à bout.

Pour le faire à leur badinage L’une et l’autre n’oublioic rien :

la vieille souhaîtoit qu’il parût de son 5ge ,

La jeune auroit voulu qu’il eût été du sien.

Tous les matins, sous un prétexte honnête De montrer leur amour par de petits devoirs.

Chacune , en le peignant , arrachoit de sa tête ,

L’une les cheveux blancs , l’autre les cheveux noirs. Enfin , chauve et pelé , sa présence importune I.c rendit par-tout odieux.

Pour combler un hymen de joie et de fortune ,

Il faut l’assortir un peu mieux :

Il étoit trop jeune pour l'une.

Et pour l’autre il étoit trop vieux.

Monsieur le Gouverneur , vous me devez entendre, Léarqui.

J’accepte avec plaisir Agénor pour mon gendre ; Votre approbation en augmente le prix.

110 LES FABLES D’ÉSOPE, &c.

. Je ne puis dire un mot , tant vous m'avez surpris î Monsieur , c’est justement que chacun vous renomme :• Je doute que la teire ait un plus honnête homme.

Eup H ROSINE, à Esope.

Vous voyez mes raisons pour ne vous point aimer ;

Mais je n’en ai pas moins pour vous bien estimer:

Je m’en fais un devoir que rien ne peut enfreindre. Esope, d Doris.

Vous , qui du chat-huant n’avez plus rien à Craindre.—

Doris.

Oh î Monsieur, contre moi n’ayez point de courroux ; Tout le monde eût pense ce que j’ai dit de vous.

Tort bien! c’est s’excuser d’une belle manière ! N’importe , oublions tout : rendons la joie enücre.

( Aux deux amans, )

Loin de mettre un obstacle à vos justes désirs ,

Je veux faire aux chagrins succéder les plaisirs :

C’est en ami sinecre à quoi je m’étudie.

Commençons dès ce soir par voir la Comédie ;

Et pendant la faveur dont m’honore le Roi Qu’aucun , avec raison , ne se plaigne de moi.

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