SCENE V et derniere
LÉAKQUE , EUPHROSINE , AGÉNOR , DORIS , Esope.
Ésope.
O ça, je su : s ravi de nous voir tous ensemble : Parlons de bonne-foi sur ce qui nous assemble. Monsieur le Gouverneur, quel est votre dessein ?/* L t A R Q U I. *
De vous donner ma hllc.
Ésope.
Et quand ?
IÉARQVÏ.
Demain.
Euphrosine.
Demain i
Mon pere à mon <fgard , montrez-vous moins sévère : Monsieur en use mieux , il consent qu’on diffère;
Ma prière le touche et rien ne vous émeut !
* Ésope.
Eh ! bien donc , à demain , puisque Monsieur le veut. AGÉNOR.
Ne vous en flattez point , si vous n’avez envio De m’arracher ensemble Euphrosine et la vie.
3c vois où je m’expose, et sais votre crédit ;
Il n’est rien là-dessus que je ne me sois dit :
Crésus ne voit, n’entend, n’agit que par vous même î
n8 LES FABLES D’ÉSOPE,
Mais qu’ai-je à redouter si je perds ce que j’aime ?,
Et que peut-il me faire , avec tout son pouvoir,
Qui soit pis que ma rage et que mon désespoir ? Monsieur le Gouverneur m’a promis Euphrosine?
Et ce n’est plus à lui le bien qu’il vous destine.
J’ai reçu sa parole , et je m’y suis fié.
Lbarçbe.
Il est vrai , mais Monsieur est piivilégié.
Ésope.
Voyons donc , s’il vous plaît , quel est mon privilège. Suis-je plus beau, mieux fait, noble, riche, enfin, qu’ai-je ?
Parlez.
N’ctcs-vou s pas favori de Crésus ?
Peut-être que demain je ne le serai plus;
Et comme la faveur n’est qu’un éclair qui brille.
Qui passe rarement dans la même famille ,
Elle a quand elle change un retour si cuisant Que la faveur passée est un malheur présent.
Agénor est bien fait, et votre fille* est belle;
L’un est né Gentilhomme , et l’autre Demoiselle.
J’ai fait de leur amour un sévere examen :
Ce sont les plus beaux feux que puisse unir l’hymen f Et je n’ai feint d’aimer et de nuire à leur flamme Que pour approfondir ce qu’ils avoient dans l’ame. Il me feroit beau voir , chargé comme un Atlas , faire le soupirant pour de jeunes appas 1
COMÉDIE
le seul 5ge inégal rend l’hymen misérable ,
Et si vous en doutez , écoutez cette Fabie.