LISETTE, MERLIN, ORONTE
Lisette.
»Es
ÜlLst-cj ici le logis de Monsieur I.icidas ?
• M E n L I N , à Croate.
Ah 1 Monsieur, c’est Lisette , ou bien j’ai la berlue.
ii4 LE MERCURE GALJANT,
Oronti, à Lisette .
« Lisette , quel bonheur ? viens que je te salue.
( Il Verniras Se. )
i) Comment te portes-tu , ma pauvre enfant ?
Lisette.
Port bien »
» Monsieur? '
MERLIN, voulant l'emirasset aussi , et en étant repoussé.
Je suis ravi.... Comment ! i e n’aurai rien ?
» Tu reviendras des champs sans me baiser ?
Lisette,
Ta bouche
n Doit avoir du respect pour ce que Monsieur touche. Merlin.
y» Patience ! à ton tour tu verras ma fierté 1 Orontr, à Lisette.
» Cécile est revenue en parfaite santé ?
» Pour elle mon ardeur va jusques à l’extrcme. Lisette.
» Et la sienne pour vous est presque tout de même.
»> Monsieur de Boisluisant , qui brûle de vous voir >
» L’a déjà disposée à faire son devoir.
« On ne voit rien d’égal , c*est moi qui vous le jure , » A son entêtement pour l’Auteur du Mercure : .
» S’il peut Pàvôir pour gendre, il sera trop content ;
» Le fils d’un Duc et Pair ne lui plairoit pas tant,
» Il ne voit qu’en lui seul un mérite qui brille, w Et tout autre lui semble indigne de sa fille.
» Il va dans un moment vous l’amener ici, r> Cécile de frayeur en a le cœur transi :
«Elle craint, et sa crainte estasses raisonnable,
a Qu’ellO
J» Qu’elle ne soit offerte à l’Auteur véritable ?
»i Et de Monsieur son pcrc ayant loué le choix ,
»i Pour oser se dédire elle eût manqué de voix.
»i Pour détourner un coup à ses vœux si contraire , y> J’ai cherché ce logis de Libraire en Libraire.
»■> Enfin , Monsieur Blageard , qu’on a fait à dessein » Troppetitpourun homme ettrop grand pour un nain, » Avec civilité m’en a donné l’adresse ; v> Et par le zcle ardent que j’ai pour ma maîtresse ,
» A vous trouver chez vous n’avant pas réussi ,
« Je me suis hasardée à venir jusqu’ici.
si Avant qu’à vous y voir elle .même s’expose,
si Apprenez-moi , Monsieur , comment va toute chose?
»■» Tout va comme Cécile à peu-près l’a voutu : si De ce logis entier je suis maître absolu, si La plus tendre amitié qu’inspire la nature, si M’unit étroitement à l’Auteur du Mercure :
» Nous portons même nom , avons mêmes ayeux , ai Et son pere et Je mien étoient freres.
Lisette.
Tant mieux.
» Pour faire le contrat qui vous est nécessaire ,
>1 A point nommé, Monsieur, il falloir un faussaire,
»s Un Notaire fripon , prêt à prévariquer.
si Je sais bien qu’à Paris vous n’en pouviez manquer ï si En payant largement , sans autre inquiétude , ii On rencontre son fait en bien plus d’une Étude ï » Mais du gendre qu’on cherche ayant le même nom , a» De votre tricherie on n’aura nul soupçon.
ts LE MERCURE GALANT,
» Cequipcutmettreobstaclc aubien qu’on vous destine, » C’est que pour un Auteur, vous avez bonne mine :
» Cette grande perruque , et ce linge et ce point ,
» Avec le nom d’Autcur ne sympatisent point.
» J’en vois par-ci , par- là ; mais ils ont tous l’air mince î » Et sous cet équipage on vous croiroit un Prince.
Par là voue dessein peut-être divulgué.
}■> Songez....
Je représente un Auteur distingué t w A qui , de compte fait , le débit de ses Livres »> Rapporte tous les ans plus de dix mille livres. Lisette.
» Vous ne me dites pas que je m’arrête trop.
« Pour regagner le tems je m’en vais au galop.
» Encore une parole , et puis adieu. Cécile , u Comme je vous ai dit , n’a pas l’esprit tranquille >
« Et , pour chagrin nouveau , ce matin d’un billet , Avant incognito chargé votre valet ,
» Elle a craint qu’en chemin il ne prêtât l’oreille » A qui le convîroic d’aller boire bouteille ,
» Et qu’après le repas il ne fût assez sot » Pour offrir un quadruple à payer son écot.
» Celui qu’il croit avoir, et dont l’appât le touche , y> Quoique marqué de meme, est une boîte à mouche :
a Elle enferme un billet , à l’aide du ressort.
Merlin.
« Monsieur qui l’a reçu , m’en a payé le port.
» Tu peux lui demander si je ments?
COMÉDIE
Non , sans doute;
» Mais je l’ai mal payé , quelque prix qu’il me coûte.
» De la parc dq Cécile un billet m’est si doux. . . .
Lisette;
» Il suffit que le sien soit venu jusqu’à vous.
»> Dans le cccur inquiet de ma jeune maîtresse » Je vais diligemment reporter Palégressc »
af> En dissiper la crainte , y remettre l’espoir n Et flatter son amour du plaisir de vous voir.
« Du feu dont vous brûlez rendez-vous bien le maître » ,, Gardez qu’il ne paroisse en la voyant paroître.
,, Monsieur de Boisluisant , lcbcau-pcre futur ,
„ A toujours l’oeil au guet , et n’a pas l’esprit dur .
,, Profitez de l’avis que mon zele vous donne.
( A Merlin. )
,, Adieu Monsieur. . . . Adieu Monsieur Merlin,
Merlin.
Friponne !
,, Tu m’as fait un affront dont il te souviendra 1
A la première vue ou le réparera :
,, Prends courage.
( Elle sort. )
C il