Scene VII du second Acte
» Monsieur, voici Cécile... &c»
COMÉDIE
» En avez-vous besoin , Madame ?
Ariadame Guillemot.
Qui , moi ? Non,
y> A moins d’être d’un goût insipide et malade » Peut-on s’accommoder d’une chose si fade ?
Ah l ah ! voici d’un style un peu rude.
Madame Guillemot.
Pour vous ,
» Quelque rude qu’il soit , il est encor trop doux.
« Je crois qu’avec raison vous êtes en colère } ' .<
« Mais je ne sais par où je vous ai pu déplaire, jï Je m'examine en vain , et vous m’embarrasse».
Madame Guillemot. <
sï Regarde! mon habit , il vous en dit assez.
» Ne l’entendez-vous pas ? . .
Non , je vous le confesse.
Madame Guillemot.
O Ciel ! que vous avez l’intelligence épaisse i »> Puisqu’il faut avec vous ne rien dissimuler *
» On dit que c’est de moi dont vous vouliez parler , y> Quand certaine bourgeoise , à qui la mode est douce , » Pour être en cramoisi , fit défaire une housse.
»Dc vous?
Madame Gu illemot.
J’en défis une , et ne m’en cache pas*
B il)
*g LE MERCURE GALANT,
» J’avois un lit fort ample et d'un beau taffetas ;
« A force d’être large , il étoit incommode,
« Et le tapissier Bon le remit à la mode..
Far les soins que je pris , j’eus de reste un ridcâ'l ;
» Le cramoisi régnant , j’en fis faire un manteau :
» Voilà la vérité comme elle est dans sa source ;
3» Et non que mon mari m’ait réfusé sa bourse.
%> Pour le mot de bourgeoise , un peut trop répété ,
» Les bourgeois de ma sorte ont de la qualité. a> Quand vous voudrez écrire ajustez mieux vos contes) »> Et sachez que je suis Auditrice des Comptes.
Oronti.
» Quand je fis cet article , il le faut avouer, as Mon unique dessein étoit de me jouer :
35 Je ne présumois pas , en contant cette fable ,
>5 Quelle dût par vos soins devenir véritable.
35 Loin de vous en blSmer , j’admire votre esprit* a» De trouver un manteau dans un rideau de lit }
35 Et j’ai quelque chagrin de voir que cela vienne 35 De votre invention plutôt que de la mienne.
35 Jamais dans ses desseins on n’a mieux réussi » sa Vous êtes à la mode , et votre lit aussi.
» C’est un avantage. . . .
Madame Guillemot.
t Oui ; mais ce qui me courrouce^
ai On sait que mon habit est d’une vieille housse :
» Que ce soit par hasard , ou par malignité ,
35 Votre indiscret Mercure a dit la vérité.
55 T’entends à chaque pas la basse bourgeoisie
»» Qui me nomme, en raillant, la housse cramoisie i
COMÉDIE. \y
» Et par tout mon quartier la canaille se plaint « Que je prends des couleurs qui font sortir le teint.
« Il est vrai , le gros rouge est une couleur sombre « Qui détache le clair par le secours de l’ombre.
Qu*on en ait un manteau , sans ornemens dessus , a - » Pour peu que l’on soit blanche, on le paroît bien plus ? 35 C’est un fard innocent, sans pommade, ni drogue ; »» Et voili la raison qui l’a tant mis en vogue,
** Redites-moi , de grâce, un certain mot choisi f »> Qui vous est échappé , pour dire cramoisi ?
Madame Gu illbmot.
»5 Du gros rouge.
A mon sens , il a beaucoup de grâce J *> Jamais le mot de gros ne fut mieux à sa place;
»> Il charme.
Madame Guillemot,
U m’est venu sans affectation,
O R O NTI.
» Votre esprit est fertile en belle invention.
» J’ai de votre mérite une idée assez haute Pour me faire un plaisir de rc'parcr ma faute.
( A Jasmin. }
53 Le nom de Madame est ?
Madame Guillemot, à Jasmin.
Parlez donc, petit sot î Jasmin.
tt Monsieur , MaSame a nom , Madame Guillemot.
io LE MERCURE GALANT,
Oronti.
« C’est assez : vous verrez dans le premier Mercure « Que j’aurai de la housse adouci l’aventure.
» Si le mot de bourgeoise aigrit votre courroux , n Je mettrai tout au long , par estime pour vous ,
» En bon Historien, qui ne fait point de contes,
» Madame Guillemot , Auditrice des Comptes.
Madame Guillemot.
» Y ferez-vous entrer mon éloge ?
Oui , vraiment.
Madame Guillemot.
« Louez-moi , je vous prie , imperceptiblement.
»> J’ai pour la flattetie une haine invincible ï » Si louer sans flatter vous paroît impossible , v> J’aime mieux vous donner , si vous le souhaitez »
« Un mémoire où seront mes bonnes qualités.
» J’ai de la modestie, et me rendrai justice.
( Voyant qu'O route la veut reconduire.)
» Adieu.... Ne bougez.
O R O N T E , insistant.
Moi, Madame l’ Auditrice!
Madame Guillemot.
si De grâce !...
Je prétends , pour finir tous débats »
w Jusqu’à votre carosse accompagner vos pas.
Madame Guillemot, à Jasmin .
» Voyez si mon carosse est venu me reprendre.
( A Oronte. )
» J’avois quelques parens qu’il est allé descendre*
COMÉDIE
( A Jasmin. )
v Voyez donc promptement si Lafleur est ià-bas ,
» Mon cocher.
Jasmin.
Je suis sûr de ne le trouver pas »
y> Madame,
Madame Gviliem or.
Le fripon craint d’aller dans la rue.
» Si je vous !....
Jasmin.
C’est à pied que vous êtes venue.
Madame Guillemot.
( A Orome , l'engageant à rester . ) n Ah , coquin !.... Ne bougez, pour raison.
J’obdis.
Madame Guillemo t , à Jasmin, en s’en allant . « Oh ! vous aurez le fouet en entrant au logis ,
»? Fctit gueux 1
Jasmin.
Qu’ai-je fait?
Madame Guillemot.
Comment ! petite rosse î » Sans vous , on auroit çru que j'avois un carosse. w Je vous ferai sentir ce que pèsent mes coups ! Jasmin.
» Dame î je ne sais pas si bien mentir que vous.
( Madame Guillemot et Jasmin sortent. )
n LE MERCURE GALANT,