‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 4 sur 108 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

O N dessein , en faisant cette Piece de Théâtre, n’a pas été de donner aucune atteinte à un livre que son débit justifie assez ; mais seulement de satyriser un nombre de gens de difféxens caractères , qui prétendent être en droit d’occuper dans le Mercure Galant la place qu'y pourroient légitimement tenir des personnes d’un véritable mérite. Je croirois avoir rendu un service important à son Auteur, et même à ceux dont je veux parler , si j’avois fait des portraits assez resscmblans pour épargner à l’un la peine «l'écouter tant de sottises , et aux autres la honte de les dire. Des personnes , qui ont autant de probité que d’esprit , pourroient rendre témoignage que je les ai consultées , moins pour les prier de me donner des lumières sur mon Ouvrage que pour savoir s’il y avoit apparence que je pusse faire tort à quelqu’un} et s’il m’étoit resté quelque scrupule sur ce sujet , peut-être n’y auroit-il eu aucun espoir de succès qui m’eût obligé à mettre cette Comédie au jour.

v; AU LECTEUR.

Je ne prendrai pas tant de soin à justifier ma Piece que ma conduite. Je dirai seulement qu’il y a long-tems qu’on n’en a représenté dont on soit sorti avec plus de satisfaction que de celleci i et qu’on n’a point eu de peine à faire grâce aux défauts qui y sont , en faveur des beautés qu’on y a trouvées. M. Poisson , que je priai de la mettre sous son nom, pour quelques raisons que j’avois , et qui ont cessé , eut assez de scrupule pour ne vouloir être que l’économe d’un bien dont je lui avois abandonné la propriété. Quand il eut assuré le succès de cet Ouvrage , il cessa d’en vouloir être l’Auteur j et le refus qu’il fit d’accepter une réputation qui ne lui appartenoit pas , mérite que ma reconnoissance ajoute ce témoignage à celle qu’il s’est acquise,

J’oubliois à dire que l’Énigme qui est à la fin du cinquième acte n’est point de ma façon ; mais dans le dessein que j’avois de critiquer les Énigmes , qui d’ordinaire cachent des sottises , sous de pompeuses paroles , je crus ne pouvoir faire un meilleur choix, pour en montrer tout le ridicule, qu’en jettant les yeux sur celle-là.

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