‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 3 sur 108 · MONSEIGNEUR LE DUC · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR LE DUC

DE SAINT-AIGNANj

Pair de France, Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté , &c.

Monseigneur,

Je vous ai des obligations de tant de maniérés , que je ne puis m empêcher de vous en rendre grâces en toutes sortes de genres . J'avoue que la Comédie sans titre es tune offrande bien indigne de l'illustre nom qui fait le titre de cette Lettre; mais 3 Monseigneur. , quand je me gendarmerai contre la

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nature de ce qu elle ne ma pas donné d'as se £ beaux taîens pour faire quelque chose de proportionné à ce que vous êtes , il n'en sera désormais ni plus » ni moins. V'ous êtes naturellement si grand , et moi naturellement si petit , que vous ne pouve £ assc[ vous abaisser pour moi , ni moi asseç me hausser pour vous. Je le sais , je me le suis dit ; mais , Monseigneur , mon %ele Va emporté sur tout ce que je sais et sur tout ce que fai pu me dire 3 et j'ai cru ne vous en pouvoir donner de plus grandes marques quen vous dédiant ce que j'ai fait de moins mauvais. Comme la Piece que je vous consacre à peu de ressemblance avec toutes celles qui jusqu’ici ont été représentées 3 je voudrois que l’Epître que je prends la liberté de vous faire ne ressemblât a aucune de toutes celles qu'on vous a faites * et je ne sais qu'un moyen pour y réussir ; c’est y Monseigneur 3 de ne vous point donner de louanges , quoique ce soit l'ornement des Lettres dédicatoires 3 et qu’il y ait peu d'hommes dans le monde a qui l’on en

puisse donner plus légitimement qua vous.

Eh J que vous diroisje que ne vous aient dit des plumes plus délicates que la mienne , et par conséquent plus délicatement que je ne vous le dirois ? Puis ■ je parler de l’illustre sang dont vous sortes plus avantageusement que toutes les Histoires que Von a faites ?

et n est- ce pas la que les fréquentes défaites des ennemis de l’Etat sont autant d’éloges pour vos ayeux ? Quelques grands Hommes qu’ils ayent été , seroit-ce apprendre quelque chose au siecle ou nous vivons de dire que vous êtes encore plus grand Homme qu’eux ?

et pourrois-je en parlant de votre valeur lui donner autant d’éclat que lui en ont donné vos actions ? Ne seroit-ce pas des répétitions usées de parler de la fidélité inviolable que vous ave% toujours eue pour le Roi ? et , quand j'oserois me le promettre , quen pour rois-je dire qui ne fût au-dessous , non-seulement des preuves que vous en ave £ données , mais encore de ce que le Roi en croit luimême ? Enfin , Monseigneur, quand je

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dirois que tout le cours de votre vie est un exemple continuel de générosité > quon ne vous est pas moins redevable de la maniéré obligeante dont vous accorde £ une grâce que de la grâce que vous accorde £ , et qu’à l'imitation du plus honnête homme de l’ antiquité , personne n'est jamais sorti mécontent d'auprès de vous y à qui le dirois je qui nen soit convaincu par expérience , ou qui n'en soit instruit par la voix publique ? Non , Monseigneur j non 3 je ne puis me résoudre à vous louer 3 puisque vos louanges sont dans la bouche de tout le monde , et que tous ceux 2i qui l'on vante vos vertus enchérissent sur ce qu'ils entendent dire. Je souhaiterois même qu’on n'eut jamais fini de Lettre comme je vais finir celle-ci 3 pour avoir l'honneur de vous assurer le premier qu'on ne peut être avec un respect plus grand que celui que j'ai pour vous 3

MONSEIGNEUR

Votre très-humble et trèsobéissant serviteur ,

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