‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 49 sur 108 · D’AU MONT · texte numérisé non relu

D’AU MONT

Pair de France, Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté, &c.

Monseigneur,

Il y a long-tems que vous me faites l'honneur de me vouloir du bien , et long-tems aussi que je cherche les occasions de vous en témoigner ma reconnaissance. Il ne s'en est présenté aucune ou votre protection m’ait été

nécessaire , que vous ne me V ayie\ accord.ee

avec une grandeur d'ame qui me ravissoit ,

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mais qui ne me surprenoit pas. Je vous ai vu j Monseigneur y me tendre généreusement la main , pour me faciliter les moyens de m approcher de vous ; et y loin de vous prévaloir de l'intervalle qui est entre vous et moi 3 avoir la bonté de faire vous -meme des pas de mon coté pour en diminuer l'étendue .

Que ces maniérés sont belles ! et qu elles distinguent bien les Grands qui le sont par la naissance 3 d'avec ceux qui ne le sont que par la fortune. Voila , Monseigneur , ce qu'on appelle i infaillible voie de se rendre maître de tous les cœurs ; et y s'il m'est permis de citer la Fable dans une Lettre ou je ne veux dire que des vérités 3 Esope 3 l'incomparable Esope 3 ne connoît de véritable noblesse y que celles en qui l'on remarque une véritable honnêteté. Le mot d‘ incomparable qui m'est échappé pour accompagner le nom d’ Esope y n'a peut-être jamais été mis plus justement : les siècles qui lui ont succédé y et qui lui succéderont jusqu'à la dissolution des siècles mêmes > lui rendront la justice qui lui

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est due ; et tant qu'il y aura de la droiture sur la terre y il est sur d’en attirer la vénération. Quel homme a jamais été plus habile dans la science des mœurs , et qui jamais a imprimé une plus grande haine pour le vice , et un plus grand amour pour la vertu ? Crésus, a qui autrefois Esope dédia ses Fables 3 luimême en fit tant d’estime que , pour en éterniser le mérite , il lui fit ériger une statue d'or ; et l'une des plus délicates plumes de France , qui leur a donné plus de réputation quelles n en av oient y les ayant dédiées a l'auguste fils du Monarque le plus auguste du monde y j’ai cru , Monseigneur 3 que de si grands exemples pouvoient autoriser la liberté que j'ose prendre de vous présenter le même Esope , sous un habit di firent. Ce que j'offre a Votre Grandeur , n'a ni la beauté de l’original 3 ni les grâces qu’une si excellente copie semble y avoir ajoutées ; et quelque grand qu'ait été le succès de mon Ouvrage y je ne l’aurois trouvé ni digne de vous y ni digne de mon \ele 3 sans l' approbation que

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iv É P I T R E.

vous ave’ç eu la bonté de joindre a tous les applaudis s emens quil a reçus. L’honneur que vous lui aveç fait , Monseigneur , de lui accorder votre suffrage le fait aspirer a la gloire de votre protection. Il est naturel a celui qui lui a donne le jour de chercher a lui procurer une heureuse destinée ; et sur qui puis je jamais jeter les yeux qui soit en état de lui faire plus de plaisir , et qui ait plus de plaisir quand il en peut faire ? Rien ne manquera a son bonheur si vous ave[ la bonté d'en vouloir être l’appui ; et pour moi , Monseigneur , tous mes vieux seront remplis si a tant de grâces dont je vous suis redevable vous ajoute £ celle de me croire > avec le çele le plus ardent et le plus respectueux qui ait jamais été >

MONSEIGNEUR

de Votre Grandeur»'

Le très-humble, très- obéissant ce très-obligé serviteur ,

B OURSAULT.

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