‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 50 sur 108 · PRÉFACE NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

PRÉFACE NÉCESSAIRE

JLE succès que cet Ouvrage a eu semble le Justifier assez j et ce seroit mal reconnoître les obligations que j’ai à la voix publique que de douter qu’il n’y ait du bon , puisqu’elle y en a ttouvé. Le meilleur témoignage que j*en puisse rendre est l’empressement qu’on a eu , non-seulement de le voir , mais de le voir plusieurs fois. Et comme toutes les réglés du Théâtre n’ont jamais eu d’autre but que celui de plaire , Je crois les avoir suffisamment observées , puisqu'il y a peu de personnes à qui Je n’aie plu. Je dis peu de personnes , car il y en a toujours quelques-unes qui mettent toute leur étude à se distinguer , et qui font consister tout leur esprit à le faire paroître singulier. Si c’est en avoir beaucoup de remarquer des fautes , dont le public ne s’aperçoit pas , c’est ne l’avoir pas trop raisonnable que de vouloir résister au torrent , et je prendrois le parti de ne pas dire mon sentiment, quelque

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bon qu’il me parût , si je le voyois opposé à celui de tout le monde. Non que je sois assez téméraire pour me persuader sottement que cette Piece soit exempte de fautes : je les connois aussi bien que qui que ce soit ; et pour dire quelque chose de plus , je les ai même connues en les y mettant , et n’ai pas laissé de les y mettre , parce que j’aurois cru en faire une plus grande de les en ôter. Quelqu'injustice qu’on me puisse faire , je suis sûr que l’on ne m’en

fera pas assez , pour s’imaginer que je n’aie pas *

su que du tems d’Esope il n’y avoit ni Huissiers , ni Procureurs , ni Conseillers-Garde notes , ni Présidens à Mortier , ni Ducs et Pairs j ou que s’il y avoit pour le peuple des charges à-peuprès semblables , et pour les personnes de qualité des dignités équivalentes , c’étoit sous des noms différens. Mais de quel fruit auroit été la morale ingénieuse et divertissante dont cette Piece est remplie si je m’étois servi de noms et de termes inconnus , et comment aurois-je pu faire sentir ce qu’on auroit eu beaucoup de peine à connoître ? Je sais qu’en ce tems-là , il n’y avoit point de Libraires qui vendissent des livres

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défendus, dans l'arriere-boutique, ni qui contrefissent ceux de leurs confrères j mais , comme toute la vigilance d’un Magistrat aussi équitable

qu’austere ne peut si bien abattre cette hydre

qu’il n’en paroisse toujours quelque tête , Esope ayant été l’un des plus raisonnables hommes du > monde , et la raison étant de tous les pays et de tous les tems , s’il n’est pas vrai qu'il ait dit ce que je lui fais dire , il est au moins vraisemblable qu’il n’ auroit pas manqué de le dire , si ce désordre eût été de sa connoissance j et cela suffit.

Cette Comédie , à ce que disent les gens singuliers dont j'ai parlé , n’a pas un assez grand noeud , ni assez de jeu de Théâtre ; et si cette Piece a quelque mérite , c’est justement de-là que je prétends le tirer. Avoir pu trouver un nœud à Esope , c’est sans doute quelque chose , et les maîtres de l’Art n’en peuvent disconvenir ; mais avoir eu le secret de le faire assez petit pour ménager le terrein , et pour introduire sur la scene des personnages qu’on aime mieux y voir que les personnages du sujet même , c’est à mon sens ce qu’on en doit le plus estimer , ou , pour mieux dire , ce qu’on en doit blâmer le moins.

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Je m’en rapporte , de bonne-foi , à ceux qui ont honoré cette Comédie de leur présence. Qu’ils disent , si les scenes de la Précieuse , du Paysan , de la mere dont on a enlevé fa fille , de la Conseillere-Garde-note , et toutes les autres de cette nature , qui ne tiennent au sujet que par la relation que les personnages ont avec Ésope, ne leur ont pas fait plus de plaisir que tout le reste ; et si la morale satyrique et instructive dont elles sont accompagnées n’est pas ce qui les a le plus intéressés ? En un mot , cette Piece est d’un genre si différent de toutes les autres , qu’il la faut regarder , pour ainsi dire , avec d’autres yeux , et ne pas l’ajuster à des réglés , judicieuses à parler en général, mais chimériques dans une espece aussi particulière que celle-ci. Si j’osois faire une comparaison de la chose du monde la plus sérieuse à celle qui l’est le moins , je dirois qu’il en est des réglés du Théâtre comme des Loix de la Justice : les Législateurs ont marqué les cas ou elles doivent être appliquées , et pour lors c’est une leçon prescrite ; mais dans des cas qui ne sont pas tombés sous leur sens , et que le hasard fait naître , malgré toute la pré-

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voyance humaine , c’est à ceux qui en sont les Juges à faire des Loix nouvelles pour les cas qui n’ont pas été prévus -, et de même dans toutes les choses qui arrivent , et qu’on n’a pas été obligé de prévoir. Si ces grands génies de l’antiquité , je veux dire Aristote et Horace, qui ont donné des réglés pour le Théâtre , avoient pu se figurer qu’Ésope eût dû y paroître quelque jour , iis auzoient cherché tout ce qui auroit été capable de le faire réussir j et puisqu’il n’a pas moins réussi que s’ils m’avoient marqué le chemin que je devois suivre , il faut apparemment que j’aie trouvé ce qu’ils m’auroient enseigné eux-mêmes.

Pour le jeu de Théâtre , je l’ai ménagé autant qu’il m’a été possible dans le peu que le sujet m’en a fourni j et je crois même l’avoir assez heureusement disposé pour y attacher l’attention de l’Auditeur jusqu’à la derniere scene , qui est l’effet le plus favorable qu’on puisse attendre en semblable occasion. Il y a une scene de petits enfans qui finit le troisième acte , qui a eu assez de succès pour mériter d’avoir des censeurs. C’est une Fable que j’ai mise en action, et voici les

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