PRÉFACE
défauts qu’on y a trouvés. On dit que ces enfans ont trop d’esprit , et qu’Ésope leur dit de trop belles choses. C’est un reproche qui me fait honneur i et j’aime mieux pécher de ce côté-là que de l’autre. Mais , pour répondre à une si foible objection , il est constant , et j’en prends l’expérience à témoin , qu’on voit tous les jours de petits enfans de qualité qui ont une si belle éducation , que rien n’est plus agréable que ce qu’ils disent 5 et peut-être même a-ce été à en entendre parler quelques-uns que j’ai pris le style dont j’ai eu besoin pour ceux que j’ai mis sur le Théâtre. Je dois aussi ce témoignage à la vérité que ceux qui y ont trouvé à dire ne sont pas d’une qualité distinguée , et comme leurs enfans ne parlent peut être pas si bien que ceux-là, ils ignorent ce que d’autres sont capables de dire.
Pour Esope , qui ne laissoit échapper aucune occasion de bien faire , et qui , après avoir eu la bonté de prêter l’oreille à leur petit différent , les exhorte à avoir de l’amitié l’un pour l’autre , il n’y a rien dans ce qu’il leur dit qui ne soit dans la Fable que ces petits enfans représentent 5
et
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tt je consens volontiers que ce que j‘e ferai à l’avenir , soit exposé à une pareille censure , à condition d’un même succès.
Quelque grand qu'il ait été, j'’avoue que j’aî tremblé plus d’une fois , et que s’il y a de la gloire à acquérir à mettre quelque chose de nouveau au j'our , il y a beaucoup de danger à craindre. Le peuple qui s’âttendoit à voir une Comédie ordinaire , qui, d’intrigue en intrigue, et à la faveur de quelques plaisanteries , va insensiblement à la fin de son suj'et , fut surpris d’entendre des Fables , à quoi il ne s’attendoit pas , ( car cette Piece n’avoit été promise que sous le nom d’Esope ) et ne sut d’abord de quelle maniéré il devoit les recevoir j mais quand il comprit le sens qu’elles renfërmoient , et qu’il vit toute l’étendue de leur application , il se voulut mal de l’in/usrice qu’il m’avoit rendue , et ses applaudissemens furent , si j’ose me servir de ce terme , comme la réparation de son murmure : ainsi j’ai tous les sujets imaginables de m’en louer , et je n’en ai aucun de m’en plaindre.
Ce qui m’a paru le plus dangereux dans cette entreprise , ç’a été d’oser mettre des Fables en
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vers après l'illustre Monsieur de La Fontaine i qui m’a devancé dans cette route , et que je ne prétends suivre que de très-loin. Il ne faut que comparer les siennes avec celles que j’ai faites pour voir que c’est lui qui est le maître. Les soins inutiles que j’ai pris de l’imiter m’Qnt appris qu’il est inimitable j et c’est beaucoup pour moi que la gloire d’avoir été souffert ou ii a été admiré.
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