Ci
« Quoique le secret de Raisin fût connu à la Cour , il ne laissa pas d’en tirer encore parti à la Toire de l’année suivante , continue Grimarest. Il fit afficher le même spectacle que l’année précédente j mais il promit de découvrir son secret à tout le mpnde ? et d’accompagner son épi-»
JUGEMENS ET ANECDOTES. xxvi*
nette d’un petit divertissement. Ce fut à cette Foire Saint-Germain de 1662 qu’il fitparoître une épinettc à trois claviers , parce que sa fille se trouva en état de jouer ainsi que ses deux fils. D’abord le petit Raisin l’aîné et sa petite sœur se mettoient chacun à son clavier , et jouoient ensemble une piece de musique , que Raisin le cadet répétoit ensuite , seul , d’un bout à l’autre. Après quoi , ces trois enfâns dansoient, en jouant des castagnettes. La Cour voulut encore voir ce petit spectacle , et il lui fut représenté le 4 Mars de cette même année.»
«fcct homme qui met en pratique ,
33 Quand il lui plaît , l’art de musique , ( dit encore Loret)
» Ce Kaisin , habile Troyen ,
>5 Qui l’an passé trouva moyen
» De donner au Roi le régalé
» D’une épinette machinale ,
» Qui d’clle-mcme , en tous bien çlairs,
35 Exprimoit toutes sortes d’airs
» Et tels que de sa symphonie
» Les desiroit la compagnie ;
» Ce qui paroissoit plus qu’humain *
ï>Sans que personne y mit la main,
» Le tout par des ressorts internes ,
xxviij JUGEMENS ET ANECDOTES.
» Qui plairoient à des Holopherncs »
«Et dont je fis lors quelqu’éerit;
» Ce Kaisin donc , homme d’esprit ,
« En a fait une autre excellente ,
« De la première différente ,
« Qui , certes , vaut son pesant d’oc „
« Et surprend cent fois mieux encor.
» L’autre jour , autant qu’on peut dire ,
« Il en charma notredit Sire ,
« Et plusieurs grands de la Cour ,
« Qui, toutefois, sans complaisance,
» En dirent du bien d’importance ,
« Et des trois beaux enfans aussi ,
«Dudit Raisin le cher souci,
«Qui dansoient , avec castagnettes.»
« Bien mieux que des marionettes»
» Eux étant presque aussi petits.
« Je puis , avec peu d’hyperbole ,
» Vous l’assurer , sur ma parole.
« Certes , tous les grands et les grandes ,
«Dont les oreilles sont friandes « De doux et de justes accords ,
«Doivent voir ces trois petits corps.»
« Et leur épinette enchantée « Digne d’être à jamais vantée.
&Ci »
« Il y a grande apparence , disent les frères
JÜGEMEN 5 ET ANECDOTES, xxix
Parfaict , quç la Poire de 1663 11e fut pas si favorable à Raisin, car en 1664, il abandonna son épinette , et choisit des jeunes gens de l’un et l’autre sexe , qu’il joignit à ses enfans , pour former une troupe , qui prit le titre de troupe de Monseigneur le Dauphin. C’est sous ce nom qu’elle parut , sur le Théâtre du Palais-Royal , êu mois de Juin de cette année. Ces enfans , parmi lesquels s’exerça le fameux Baron , représentaient , tant bien que mal , deux vieilles Pièces d’Auteurs inconnus , et qu’ils faisoient rouler alternativement , sous le titre de Tricassin ripai , et de 1 ' Andouïlle de Troie. »
et Leurs danses , leurs mélodies ,
*> Pastorales et Comédies ,
»> Se font , fotd’Écrivain loyal , (continue Loret) *> Admirer au Palais-Royal ,
» Où le plus petit de la troupe ( le plus jeune Raisin )
« N’cst gueres plus haut qu’une coupe ,
» Damant, récitant, annonçant,
» Est si rare et si ravissant.
« A n’en point mentir , sans le voir,
« On ne sauroit bien concevoir » Comment ces Ragotins s’acquittent : » Des jolis endroits qu’ils débitent i
xxx JUGEMENS ET ANECDOTES.
a> Et , sans à faux en discourir ,
» Tout Paris y devroit courir ,
Car je ne crois pas que personne » Plaignît l’argent que l’on leur donne.
« Ce spectacle eut du succès quelque tems ; mais le pere Raisin étant mort pendant ce commencement , sa veuve , qui continua l’entreprise , après avoir gagné plus de vingt mille écus à Paris, crut que la Province ne lui seroit pas moins favorable. Elle fut à Rouen $ mais , au lieu de s’occuper de son spectacle , elle mangea ce qu’elle avoit d’argent -avec un Gentilhomme du Prince de Monaco , nommé Olivier , qu’elle aimoit et qui l’avoit suivie j de sorte qu’en peu de tems la troupe fut réduite au plus pitoyable état. Elle revint à Paris , au commencement de 1 666 . La veuve Raisin n’ayant aucune ressource, mais connoissant l’humeur bienfaisante de Moliere , le pria de lui prêter son Théâtre pour trois jours seulement , afin que le petit gain qu’elle espéroit faire dans ces trois représentations lui servît à remettre sa troupe en état de reparoître. Moliere y consentit , et même lui prêta son Théâtre plusieurs autres fois. Elle
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gagna encore beaucoup d’argent j mais soit , de nouveau , mauvaise administration , ou bien parce qu’une partie des Acteurs passa dans d’autres > troupes , celle du Dauphin se dispersa. Raisin le cadet retourna en Province , et joua long-tems à Lyon et à Rouen. Il épousa une Actrice , nommée Françoise Pitel de Longchamp , dont il eut quatre enfans , deux garçons et deux filles , et il revint à Paris, avec sa femme , en 1679. Ils débutèrent à l’Hôtel de .Bourgogne , où ils furent reçus. Deux ans après , ils furent compris dans la réunion de leur troupe avec celle vulgairement nommée de Guénégaud. »
« Raisin le cadet parut excellent dans tous les genres Comiques. Personne 11’a mieux joué les rôles à manteau , ceux des valets brillans , des petits-maîtres et des ivrognes , et enfin généralement tout les caractères qu’il a remplis.. C’étoit un vrai Protée , non-seulement dans chaque rôle , mais dans chaque situation de ses rôles, ce qui l’a fait surnommer le petit Moliere . Il joignoit à ces talens supérieurs de l’esprit , beaucoup de gaieté , et il avoit un art admirable pour réciter une historiette , ou un conte. Il jouoit son récit et
ÉSOPE A LA VILLE
COMÉDIE