‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 60 sur 108 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ESOPE, léarque, euphrosine, doris.

Léar que.

Jf'AiLois pour voir votre Grandeur,

Et savoir....

ÉSOPE

Doucement , Monsieur le Gouverneur, Dans la place où je suis , plus fragile qu’un verre ,

Je vais à petit bruit , et vole terre à te-Te :

Le terme de Grandeur ne fut point fait pour moi. Léarque.

Eh ! Monsieur , c’est un grade acquis à votre emploi. Tous vos prédécesseurs, jusqu’au teins où nous somme*...

Tous mes prédécesseurs ont été de grands hommes Dont le sang, le service et les hautes vertus,

A ne rien déguiser , meritoient encoi plus.

Pour moi, qu’un sort bizarre a tiré delà bouc.

Moi , de qui pour un tems la fortune se joue ,

A quoi que ce puisse être où je sois destiné.

Je me souviens toujours de cc que je suis né.

La fortune est à craindre où manque la sagesse.

Etre aujourd’hui Grandeur, et demain petitesse.

Garder un long silence après un peu de bruit ,

C’est le commun destin des Grands , par cas fortuit.

Trcvc donc de Grandeur pour un homme si mince,

IÉARQÜE.

Et de quoi vous sert donc d’ctrc auprès d’un grand Prince ,

Si les titres d’honneur ne vousentctent pas ?

La richesse à vos yeux doit avoir des appas >

Vous Ætesdans un poste où vous n’avez qu’à prendre : Tout l’argentde Crésus dans vos mains se vient rendre. Tous ceux qui devant vous remplissoient vos emplois , Quand ils les ont quittés e'toient de petits Rois: C’étoitune fortune aussi haute que prompte.

Ésope.

Monsieur le Gouverneur, que je vous fasse un Conte , Je vous prie.

LA BELETTE ET LE RENARD, Fable.

Autrefois la Belette ayant faim.

Par un trou fort étroit entra dans une grange ,

Où , trouvant quantité de grain ,

Elle se croit de noce , et d'abord elle mange Pour le jour, pour la veille et pour le lendemain.

Enfin , la pance pleine et toute rebondie ,

Elle a peur d’etre prise en ce flagrant délit ,

Et va par son entrée essayer la sortie ;

Mais elle étoit trop grosse, ou le trou trop petit.

Un Renard, sur ces entrefaites,

Passant en cet endroit et la voyant pâtir:

«s C’est en vain , lui dit-il , grosse comme vous êtes ,

» Que vous espérez de sortir.

» Je vous plains d'être en ce gîte»

COMÉDIE

w Mais il peut arriver pis ,

» Si vous ne rendez bien vîte y» Tout ce que vous avez pris. »

A l’application.

IÉARQUI.

Elle est aisée à faire.

ÉSOPE

Tant mieux : la vérité ne peut être trop claire.

Ceux de qui la conduite , exempte de soupçons ,

A qui se voue au Prince offre tantde leçons ,

Pour s’en formaliser vont trop droit en besogne. Pour celui qui sur-tout pince , lezine » rogne t Qui du bien de Crésus s’attribuant le quart Ke manie aucun sou dont il ne prenne un üard. Quand ileroitsa fortune et solide etcomplette.

Il éprouve le sort qu’éprouva la Belette ;

Et surpris dans la grange auprès du ras de grain,

Il ne peut en sortir , pour en être trop plein.

Tâchons d’avoir du bien qui ne courre aucun risque î Un grand fonds de vertu rarement se confisque:

En faveur , en disgrâce on est sûr d’en jouir.

Monsieur , on est charmé quand on peut vous ouif. Mais faisons, jevousprie, une petite pause.

Peut-être le matin prenez-vous quelque chose :

Un bouillon , du café ? Que vous plaît-il des deux ?

ÉSOPE

Avez-voui du café qui soit bon ?

Merveilleux.

B ij

u LES EAELES D’ÉSOPE ,

Prenons- en. Ordonnez que l’on nous en apprête:

Il n’est rien de si bon contre le mal de tête ;

Quand j’en prends le matin je suis gai tout le jour.

Vous en aurez ici de meilleur qu’à la Cour ;

Et dans peu de momens on va vous satisfaire.

Ésope , voyant que Marque veut sortir •

Quoi î faut il que vous-même....

Lf ARQUE.

Oui , j’y suis nécessaire.

( AFuphrosine )

Entretenez Monsieur , et ne le quittez pas.

( Il sort. )

Page 1