‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 78 sur 108 · PIERROT, ÉSOPE · texte numérisé non relu

PIERROT, ÉSOPE

Pierrot.

TT estidié ! je vois bien que vous 6tes mon homme. Vous seriez un menteur si vous disiez que non :

Malgré vous , votre bosse enseigne votre nom. Serviteur.

Avez-vous quelque chose à me dire i Pierrot.

Je ne saurois vous voir et m’ empêcher de rire.

Je n’ai vu de ma vie un plus drôle de corps.

Ce que j’ai sur le cœur je le boute dehors.

Au reste , bon vivant , tout aussi-bien qu’un autre.

' Ésope.

Venons au fait. Mon tems m’est plus cher que le vôtre. Voulez-vous quelque chose ?

Pierrot.

Eh ! mordié ! l’on sait bien

Qu’on ne voit pas les gens quand on ne leur veut rien : Voici ce que je veux i écoutez bien.

Ésope.

J’écoutc. *

Pierrot.

J’ai , comme vous voyez , un peu d’esprit ?

D ïtj

4i LES FABLES D’ÉSOPE,

ÉSOPE

Sans doute.

Pierrot.

D’un village ici près je suis le fin premier :

J’ai bon vin dans ma cave , et bled dans mon grenier , J’ai des bêtes à corne, et des troupeaux à laine,

Et ma cour de volaille est toujours route pleine;

Mais , tenez , franchement, j’en dis du mirlirot. Testidié 1 je suis las d’etre appelle Pierrot.

J’ai dans un sac de cuir raisonnablement large.

Plus d’argent qu’il n’en faut pour avojr une charge. Enfin, bref je veux être apprentif Courtisan.

J’ai mon cousin germain , comme moi paysan *

Qui sortit de chez lui le bissac sur l’dpaule ,

Des sabots dans ses pieds , dans sa main une gaule ,

Et qui , par la mordié ! fait si bien et si beau ,

Qu’il est auprès du Roi comme un poisson dans l’eau.

Il n’est pour bien nager que les grandes rivières.

Je ferai notre femme une des chambrières

De la Reine... et puis crac. Et, mordid ! que sait-on?

Vous qui du Roi Crèsus êtes le factoton ,

Je vous prie, en payant , de me rendre un service.

Car chez vous autres Grands , point d’argent point de Suisse.

Choisisscz-moi vous-même une charge.

Ésope.

Pierrot.

A vous?

Oui*

A votcç aise : demain , si ce n’est aujourd’hui.

COMÉDI E. 4$

Frencï-en line... là... qui soit bien mon affaire.

Qui rapporte beaucoup , et qui ne coûte guère.

Ésope.

Quelle charge à la Cour vous est propre ?

Pierrot.

Eh ! mordié !

Qu’importe Connétable, ou bien Valct-dc-Pid.

Vingt francs plus , vingt francs moins que rien ne vous empêche.

Je ne sais ce que c’est que de faire le blêche.

Qui dira le contraire en a , mordié î menti ;

Et voilà , palsandié 1 comme je suis bâti.

Ésope.

Eh î Monsieur lemanan , apprcnei-moi , de grâce , Puisque vous êtes bien , pourquoi changer de place l Pourquoi vous transplanter et sortir de ces lieux ?

Pierrot.

Pardié ! si je suis bien , c’est pour être encor mieux.

Ésope.

Port bien; c’est raisonner , et j’aime qu’on raisonne. Voyons si dans le fond votre raison est bonne.

Vons dites que chcx vous rien ne vous manque ?

Pierrot.

Non.

Vous avex de bon vin ?

Pierrot.

Oui , [testidié .'fort bon.

J’en trinque !

ÉSOPE

Vous mangez sans nulle défiance?

Sans d’aucun héritier craindre l’impatience ?

Oui , pardié î

Pierrot.

É s o jyE.

Vous dormez , sans trouble et sans effroi »

Tant qu’il vous plaît ?

Pierrot.

Mordié î je dors comme je boi ,

Tou mon sou!

£ s OPE.

Vous avez quelques amis sincères ?

Pierrot.

Je le sommes tretous» je vivons comme freres: Quand l’un peut servir l’autre , il n’y manque jamais} Et si j’avons du bien je le mangeons en paix.

Le? fêtes, sous l’ormeau j’allons jouer aux quilles. Ou bien j’allons sur l’herbe, avec les jeunes filles} Et je batifolons tant que dure le jour.

Ésope.

Et tu veux acheter une charge à la Cour ?

Où peux-tu rencontrer une plus douce vie?

Tu manges, bois et dors quand il t’en prend envie } Et je sais force gens , de grande qualité ,

Qui n’ont pas à la Cour la meme liberté.

Il n’est point là d’ami dont on ne se défie:

On n’y boit point devin que l’on ne falsifie;

Quelque pressant besoin qu’on ait d’etrerepu,

On n’y sauroit manger sans être interrompu »

COMÉDIE

Et quand de lassitude en soi-même on sommeille. Quelque peine qu’on souffre, il faut souvent qu’on veille, rrcfcre ton repos à tout cet embarras 5 Et sois sage du moins comme un de ces deux Rats. Ecoute.

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