‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 79 sur 108 · I.ES DEUX RATS · texte numérisé non relu

I.ES DEUX RATS

Faîiï.

. Un Rat de Cour , ou si tu veux de Ville ,

Voulant profiter du beau tems ,

S’échappa du cellier qui lui servoit d’asjrle.

Et fut se promener aux champs.

Comme il respire l’air dans un sombre bocage.

Il rencontre un Rat de Village :

D’abord bras dessus , bras dessous ,

Après s’êtrç bien dit « Serviteur.... Moi le vôtre,

Le Rat campagnard pria l’autre D’aller se rafraîchir dans quelqu’un de scs trous.

Là, le Villageois le régale De raisins , de pommes , de noix »

Mais , quoi que son zelc étale ,

Rien ne touche le Bourgeois»

It pour un Rat d’un tel poids Cette vie est trop frugale.

« Venez-vous en , dit-il , me voir à votre tourj » Je veux avoir ma revanche ,

*> Et vous régaler dimanche; y» Je loge en tel endroit , ptoche un tel carrefour. »

Le sobre Rat des champs , qui du bout d’une rave Dînoit assez souvent, et ne dînoit pas mal.

Trouve l’autre dans la cave D’un gros Fermier Général.

Huile , beurre , jambon , petit salé , fromage >

Tout y regorge de bien;

Et ce qui pour le maître est un grand avantage ,

Cela ne coûte guère , ou , pour mieux dire , rien. Nos deux Rats étant à même,

Avoient de quoi se soûler.

Mais un Chat, par malheur , s’étant mis à miauler , Ils se crurent tous deux dans un danger extrême.

Le péril étant passé ,

Ils revinrent à leur proie;

Mais leur repas à peine étoit recommencé Qu’on revient troubler leur joie :

Tantôt c’est un sommelier.

Qui veut boire bouteille avec ses camarades ,

Et tantôt un autre officier Veut de l’huile pour scs salades.

Enfin , le pauvre Rat , qui dans son cher Hameau l’assoit ses heureux jours sans crainte et sans envie» Las de voir qu’à chaque morceau Il soit en danger de la vie ,

Prend congé de son hôte , en lui disant ces mots } et Vos mets ne me touchent guere :

« l’eut-on faire bonne chere » Où l’on n'a point de repos ? »

Ne m’avoûras-tu pas que ce Rat fût fort sage De vouloir promptement regagner son Village ?

De quoi sert l’abondance au milieu du danger ?

COMÉDIE

Il avoit force mets, et ne pouvoit manger.

Toasort sera pareil , si tu prends une charge.

Pierrot.

Après ce que je sais , motdié 1 je m’en gobarge !

Moi , donner de l’argent, je scrois un grand fou. Pour n’oser ni manger , ni dormir tout mon souî Pour ne boire jamais que du vin qu’on frélatè!

Pour être jour et nuit comme un Chat sur ma patte ! Pour avoir des amis qui sont de vrais Judas!

Henni , rnordié ! nenni , je ne m’y frotte pas.

C’est avoir de l’esprit de donner une somme Pour manger à son aise et dormir d’un bon somme! Mais dépenser son bien pour acheter du mal , Révérence parler , c’est être un animal.

Tenez, sans le plaisir que m’a fait votre Fable , J’allois être assez sôt pour être Connétable. *

Dieu sait comme à loisir je m'en moidrois les doigts J

Ésope.

Adieu. Si tu le peux , sois saga une autre fois : Sur-tout, ne prends jamais de fardeau qui t’assomme.

Pierrot.

Tcstidié ! que ce Rat étoit un habile homme !

Vous êtes vous et lui, tant plus j’ouvre les yeux ,

De tous les animaux ceux que j’aime le mieux. Plaqucz-là votre main. Si vous me voulez suivre Je m’offre de bon cœur de vous renvoyer ivre :

J’ai du vin frais percé, qu’on ne frelate point.

Dont je chamarcrons le moule du pourpoint.

Venez, ,

Esope.

Adieu, Pierrot. Encore un coup , sois sage.

Pierrot.

Eh ! morgué que de joie auroit notre Village î On n’a jamais tant ri que nous ririons tretous De voir un margajat fagoté comme vous.

C’tapendant qu’à venir votre esprit se résonde , Adieu: quand vous voudrez je hausserons le coude. Si je vous y tenois je boirions à ravir.

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