‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 8 sur 108 · O R O N T E , MERLIN · texte numérisé non relu

O R O N T E , MERLIN

É c i l e est arrivée î

Merlin.

Oui , la chose es: certaine, O R O N TE.

Et tu dis qu’elle loge ? . . , .

A ij

Merlin.

A l’hôtel de Touraine- Je vous l’ai déjà dit cinq ou six fois.

Hélas !

« Rcdis-le moi sans cosse , et ne t’en lasse pas.

» Quoi que tu puisses faire il scroit impossible s» De me rien annoncer qui me soit plus sensible. T’a-t-ellcvu ?

Merlin.

Vraiment, tout comme je vous voi.

T’a t-elle parlé >

Merlin.

Non.

Tout de bon ?

Merlin.

Non , ma foi l

Car depuis le Pont-Neuf, où je l’ai rencontrée , Jusqu’à ce que chez clic elle ait été rentrée ,

Son pere , encor galant , la tenant par la main.

Un mot qu’elle m’eût dit trahissoit son dessein.

Sa langue s’est contrainte , et je n’ai rien su d’elle i Mais scs yeux plus hardis jouoient de la prunelle.

Et , si de leur jargon je suis bon truchement ,

COMÉDIE

Ils s’expliquoicnt pour vous intelligiblement. (*)

Elle est grosse....

Elle est grosse î Une vertu si pure , y> Recevoir d’un coquin cette mortelle injure !

33 Cécile grosse ! Ah ! traître ! un mensonge si noir....

Merlin.

33 Tout doux î Monsieur ; j’entends grosse de vous revoir.

33 Cécile est toute jeune , et je la crois fidelie ;

33 Mais mon expression est aussi pure qu’elle.

On dit gros de vous voir , gros de boire avec vous.

O R o NT K.

33 Que ne me parlois-tu , sans me mettre en courroux ?

33 Grosse m’assassinoit , la suite me console.

Merlin.

33 Vous m’avez dans la bouche arreté la parole.

3> Dire , Cécile est grosse , et ne pas achever ,

33 Je sais bien que d’abord cela donne à rêver ,

33 Que sur cette matière une équivoque blesse,

33 Et qu’enfin la plus sage est sujette à foiblesse.

Or o N T E.

Elle ne t’a rien dit pour me redire ?

O R o N TE.

{*) «Quand de ce que l’on aime on a l’ame occupée , 33 Merlin , une parole est bientôt échappée.

33 Elle ne t’a tien dit... &c,

A üj

Merlin.

Non.

Oronti.

Que son indifférence a de cruauté !

M E R i in.

Bon !

Si vous n’ étiez aimé comme vous devez l’etre, M’auroit-clle jetté ceci de sa fenêtre ?

Qu’est-cc ?

Un quadruple.

Merlin.

C’est la première fois.

Encor suis-je trompé, car il n’est pas de poids.

Je serai bien heureux si j’en ai trois pistolcs.

O R o STE.

Tiens , ne perds point de tems eu de vaines paroles : Prends ces quatre louis , et. me fais ce présent.

Merlin, après avoir pris les quatre louis , Pour vous le refuser je suis trop complaisant :

Je vous l’offre.

Il suffit qu’il soit de ce que j’aime ;

( Prenant le quadruple. )

Il m’est cher.... Juste ciel ! ma surprise est extrême J Un louis pese plus que ce quadruple-là.

Cécile avoir sa vue en te jettant cela ,

Avec autant d’esprit que j’en trouve à Cécile ,

COMEDIE. 7

y> Un objet si charmant ne fait rien d’inutile;

« Et puisque son désir est de me rendre heureux....

( Pesant le quadruple dans sa main. )

Ah , Merlin ! je me trompe ou ce quadruple est creux. Je ne me trompe point , il est creux ; oui , sans doute ,

( Faisant sonnerie quadruple à l’oreille de Merlin.) Et je crois qu’il enferme un billet.... Tiens , écoute.

Oui, j’entends remuer quelque chose.

Ah ! Merlin,

Qu’elle a d’esprit 1

Merlin.

D’accord ; mais il est bien malin, et C’est en savoir beaucoup , à son âge.

Elle charme.

» Son esprit me ravit, si beauté me désarme ;

>•> Le ciel en la formant épuisa ses trésors ; s'' Elle a l’amc , Merlin , belle comme le corps:

Plus on la considéré , et plus on y découvre....

Merlin.

Voyex, sans perdre teins, comment sa piece s’ouvre; La chose est curieuse à savoir.

OroNU, y regardant.

C’est par-là.

Justement , j’aperçois son billet ; te voilà.

^ ( Il lit. )

«. J’arrivai hier au soir à Paris, avec mon pere , qui est » plus entêté que jamais de l’Auteur du Mercure Galant. » U ne trouve point de mérite égal au sien. Si vous ave*

y > fait ce que je vous ai mandé par ma dernière Lettre 9 nos affaires sont dans le meilleur état du monde. »

( Après avoir lu. )

Jusqu’ici pout mes feux tout est de bon augure.

Je suis cousin-germain de l’Auteur du Mercure; ce Et , pour contribuer au succès de mes vœux,

•» II en use sans doute en parent généreux.

Quel zele plus ardent peut-on faire paroître ? y> De son logis entier il me laisse le maître.

Déjà depuis trois jours , sans avoir son talent ,

Je passe pour l’Auteur du Mercure Galant;

Et selon l’apparence , il me sera facile De plaire , sous ce nom , au perc de Cécile.

Jamais rien , à mon sens , ne fut mieux inventé.

Merlin.

Oui , pour vous ; mais pour moi , j’en suis fort dégoûté.

Or ont b.

La raison ?

Merlin.

Croyez-vous ma cervelle assez bonne Pour résister Iong-tcms à l'emploi qu’on me donne ? Tant que dure le jour , j’ai la plume à la main ;

Je sers de secrétaire à tout le genre humain.

Fable, histoire, aventure , énigme , idyle > églogue, Epigramme , sonnet , madrigal , dialogue ,

Nôces , concerts , cadeaux , fetes , bals , enjoûmens , Soupirs , larmes , clameurs , trépas , ènterremens; Enfin , quoi que ce soit que l’on nomme nouvelle , Vous m’en faites garder un registre fidele.

Je me tue , en un mot, puisque vous le voulez.

COMÉDIE

Crois-moi , cinq ou six jours sont bientôt écoulés.

Tu sais que Licidas , pour me rendre service ,

Mc fait de sa fortune un entier sacrifice :

A son propre intérêt il préféré le mien ;

T.t je serois ingrat de négliger le sien.

Je te l'ai déjà dit , une de mes surprises ,

C’est de voir tant de gens dire tant de sottises.

Lidicas est le seul , délicat comme il est ,

Qui puisse , avec tant d’art , démêler ce qui plaît, ce Depuis deux ou trois jours que je le représente,

35 Je ne vois que des foux d’espece différente : m L’un qui veut qu’on l’imprime , et n’a point d’autre but,

m Croit que hors du Mercure il n’est point de salut.

35 L’autre dans la musique ayant quelque science ,

35 Croit de celle du Roi mériter l’intendance :

35 Celui-ci , d’une énigme ayant trouvé le mot ,

33 Se croit un grand génie , et souvent n’est qu’un sot; >5 Cet autre, d’un sonnet ayant donné les rimes ,

33 Croit tenir un haut rang chez, les esprits sublimes ;

»3 Enfin, pour être fou , j’entends fou confirmé ,

35 A l’envi l’un de l’autre on veut être imprimé.

As-tu chez le Libraire appris quelques nouvelles ? Merlin.

Oui, Monsieur.

Oronti,

Et de qui ?

Merlin.

D’un commis des Gabelles ,

lo LE MERCURE GALANT,

Qui , n’ayani pas trouvé ses profits assez grands ,

A fait un petit vol de deux cents mille francs.

Qui ponrrojt de sa route avoir un sûr Mémoire ,

Auroit , pour droit d’avis , mille louis pour boite.

( Il donne un papier à Oronu. )

Voyez.

O R O N TE

Mille louis ? c’est un homme perdu !

Merlin.

Plût à Dieu les avoir , et qu’il fût bien pendu î

O R O N T E » apercevant encore quelque chose dans la main

de Merlin.

Cela, qu’est-cc?

Merlin.

Un portrait d’une jeune Duchesse ,

Qui sc fait distinguer par sa délicatesse.

Un pli qui , par hasard , est resté dans ses draps ,

Lui semble un guet-à-pens pour lui meurtrir les bras, ïl n’est point de repas qui pour elle ait des charrhes.

Si l’on met de travers l’écusson de ses annes ?

Qui lui porte un bouillon trop doux ou trop salé , D’auprès de sa personne est sûr d’être exilé ;

Et meme elle refuse , étant fort enrhumée ,

De prendre un lavement lorsqu’il sent la fumée.. ,

Mais, chut! un gentilhomme entre ici.

COMÉDIE

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