‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 9 sur 108 · ORONTE, M. M I C H AU T · texte numérisé non relu

ORONTE, M. M I C H AU T

M. Michaux.

IL E Mercure est une bonne chose !

On y trouve de tout , fable , histoire , vers , prose * Sièges, combats, procès, mort, mariage, amour. Nouvelles de Province , et nouvelles de Cour....

Jamais livre à men grc ne fut plus nécessaire.

Je suis ravi , Monsieur , qu’il ait l’heur de vous plaire. Je ne le cele point , j’ai toujours souhaité

,t LE MERCURE GALANT,

les apptaudisscmens des gens de qualité.

Je ne puis exprimer le plais.r que je goure....

M. Michaït.

Vous trouvez donc , Monsieur , que j’ai l’air grand ?

Sans doute.

Vous êtes fort bien fait , on ne peut l’erre mieux. M. Mie H A U T.

pourriez-vous , en payant , me faire des ayeux i ,

Des ayeux ?

Ecoutez: je parle avec franchise.

J'aime depuis six mois une jeune marquise ,

Belle, bien faire, noble , et , grâces à mes soins.

Si j'ai beaucoup d’amour, elle n’en a pas moins.

Scs parens , dont le moindre est Baron , ou Vicomte , Délicats sur l’honneur , sensibles à la honte ,

Consultés tous ensemble , ont approuvé mes feux. Pourvu que mes parens soient aussi nobles qu eux,

Pt je viens vous trouver pour ennoblir ma race.

Moi , Monsieur? et comment voulez-vous que je fasse ? A moins d’avoir un titre et solide et constant ,

Bon ! tous les jours vous en faites autant.

Tout vous devient possible , étant ce que vous êtes. Vos Mcrcutessont pleins de nobles que vous faites. De noms si biscornus, s’il faut dire cela , . ,

COMÉDIE

Qu f ôn ne peut être noble & porter ces noms-là.

>!e me refusez pas ce que je vous demande ;

De toutes les rigueurs ce seroit la plus grande ,

Et mon hymen rompu me feroit enrager.

, O R. O NT E

Je voudrois fort, Monsieur, vous pouvoir obliger, Je puis à la noblesse ajourer quelque lustre ,

Et rappeler de loin une famille illustre »

Mais dans tous mes écrits , jamais aucun appas Ne m’a fait ennoblir ce qui ne l’étoit pas.

N’entrevoyez-vous point dans toute votre race De gloire ou de valeur quelque légère trace i Aucun de vos ayeux ne s’est-il signalé ?

Ma foi ! mon pere est mort sans m’en avoir parlé j Et de tous rncs ayeux , puisqu’il ne faut rien taire , Je n’en ai point connu par-delà mon grand-pere,

Qu’étoit-iU av oit-il quelque grade ?

M. Michavt.

Entre nous ,

Feu mon grand-pere étoit Mousquetaire à genoux,

O R O N TE

Quelle charge est cela ?

M. Michavt.

C’est ce que le vulgaire,

En langage commun , appelle Apothicaire.

Fi î

Déoend-il de nous d'être de qualité ?

Quand on m’a voulu faire , ai-je été consulté ?

Sans savoir cc qu’il fait , le hasard nous fait naître ;

It ne demande point ce que nous voulons être.

Mon perc fut d’un cran plus noble que le sien;

31 se fit Médecin , gagna beaucoup de bien ,

U’eut que moi seul d’enfans , et, passant mon attente , Me laissa par sa mort cinq mille écus de rente.

Comme l J aris est grand , j’ai changé de quartier :

3e me fais par mes gens appeler Chevalier ;

La maison que j’occupe a beaucoup d’apparence ,

Xt personne à présent ne sait plus ma naissance, laites-moi Gentilhomme , il n’est rien plus aisé.

Je voudrois le pouvoir , j’y serois disposé ;

Mais le Roi , qui peut tout , auroic peine à le faire.

Le pere Médecin , l’ayeul Apothicaire ,

Le bisayeul peut-être encor moins que cela:

Qui diable srroit noble à descendre de là ?

Pour remplir vos désirs, il faut faire un prodige*

Te ne puis.

Greffes-moi sur quelque vieille tige î Cherchez, quelque Maison dont le nom soit péri ; Ajoutez une branche a quelque arbre pourri -,

Infin , pour m’obliger , inventez quelque fable ,

Et ce qui n’est pas vrai , rendez-Ie vraisemblable.

Un homme comme vous doit-il être en défaut ?

It comment, s’il vous plaît , vous nommez-vous ?

COMÉDIE

M Michaut.

Ce nom-là n’est point neblc assurément.

If

Michaut.

Qu’importe ?

Michaut! un gentilhomme avoir nom de la sorte ! Cela ne sc peut pas, vous dis-je.

M. Michaut.

Pourquoi non ?

Croyex-vous qu’à la Cour chacun ait son vrai nom ? De tant de grands Seigneurs dont le mérite brille , Combien ont abjure le nom de leur famille !

Si les morts revenoient , ou d’en haut ou d’en bas t Les pères et les fils ne sc connoîtroient pas.

Le Seigneur d’une Terre un peu considérable ,

£n préféré le nom à son nom véritable »

Ce nom, de pere en fils, se perpétue à tort ,

Et cinquante ans après on ne sait d’où l’on sort.

Je n’excroqucrai point vos soins , ni vos paroles;

J’ai certain diamant de quatre-vingt pistoles. . . .

Je vous l’ai déjà dit , Monsieur , aucun appas Ne me fera jamais dire ce qui n’est pas.

M. Michaut.

Parbleu! tant pis pour vous d’6tre si formaliste: Adieu. Je vais chercher un généalogiste,

Qui pour quelques louis que je lui donnerai ,

Mc fera sur le champ venir d’où je voudrai.

( 71 sçrié )

1S LE MERCURÈ GALANT;

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