‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 86 sur 108 · EUPHROSINE · texte numérisé non relu

EUPHROSINE

Monsieur...,

Ésope.

Un petit freluquet ,

De qui tout le mérite est un peu de caquet!

Euphrosine.

Je vais , pour repousser l’affront que vous lui faîte* , Le peindre tel qu’il est , et vous tel que vous êtes. Vous me direz après qui do't plaire à mes yeux.

Ésope.

Non, naturellement je suis peu curieux.

Ne bougez. Sans orgueil on ne se fait point peindre. Euphrosine.

Ce n’est pas un malheur que vous aviez à craindre.

Si l'on vous avoir peint, vous veniez, d’un coup-d’ail, Que vous auriez grand tort d’en avoir de l’orgueil. Ésope, bas.

la petite friponne a des raisons piquantes,

Qui pourtant dans le fond ne sont pas ttop méchantes* Voyor,s si de son sexe on aime constamment.

COMÉDIE. Si

( Haut . ) *

Vous me préférez donc votre insipide amant?

Votre colifichet, plein de fard et de gomme ?

Qui pour toutes vertus est un beau petit homme.

Et qui bornant ses soins à s’orner le dehors ,

A l’esprit mal bâti , plus que je n’ai le corps ? Euphrosine.

Pour la derniere fois , épargnez ce que j’aime î Ce que vous offensez m’est plus cher que moi-même.

Si vous continuez ces mots injurieux ,

ï’en sais de plus piquans qui vous conviendront mieux:

Un si juste courroux n’aura point de limites.

Ésope.

Parlons net. L’aimez -vous autant que vous le dites ?

Si je l’aime !

Euphrosine.

Ésope.

Écoutez > l’hymen dure long-tems :

Quand il fait un heureux il fait vingt mécontens. Vous êtes dans un âge où le cœur foiblc et tendre , Par un obict qui plaît est facile à surprendre ;

Mais quand c’est pour toujours qu’on se doit engage* L’exemple que voici doit y faire songer.

Page 1