‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 87 sur 108 · L’ALOUETTE ET LE PAPILLON · texte numérisé non relu

L’ALOUETTE ET LE PAPILLON

. Fable.

Autrefois une Alouette ,

Qu’aimoit un riche Coucou,

Epousa , par amourette ,

Un fott beau Papillon, qui n’avoi: pas un sou.

î« LES FABLES D’ÉSOPE,

, Outre beaucotf$> d’indigence ,

Il avoit tant d’inconstance Qu'il muguettoit les fleurs , et les poussoir à bout. Rien ne pouvoit fixer ni ses voeux , ni sa flamme ; Cependant sa pauvre femme Avoit disette de tout,

Illc connut bientôt , quoique trop tard pour elle ,

Que lorsqu’on veut s’unir pour jusques au tombeau > Un époux inconstant et beau N’cn vaut pas un laid et fidele.

Dans l’âge où me voilà , je ne suis pas si fou Que je ne sache bien que je suis le Coucou:

Je suis laid , mais enfin je fais une figure Qui me venge du tort que m’a fait la nature;

Et quoi que mon rival vous promette aujourd’hui , Vous serez plus heureuse avec moi qu’avec lui.

Pesez ce que je dis , sans aigreur , ni rancune.

Eüphrosini.

Il est vrai qu’avec vous j’aurois plus de fortune ; Riais lorsqu’à l’amour seul un cœur est destiné , Quand il a ce qu’il aime , est-il infortuné ?

Ne désunissez point deux coeurs faits l’un pour l’autre; Il est d’autres objets bien plus dignes du vôtre ;

La grandeur que je fuis sera pius de leur goût.

Et mon cher Agenor me tiendra lieu de tout.

Je mourrois de douleur s’il m’étoit infidèle;

Mais pour le devenir il a l’amc trop belle :

Le plus grand des chagrins que nous puissions avoir, C’est d’être l’un et l’autre un moment sans nous voir.

COMÉDIE

Vous donne* des leçons que tout le monde admire ; Pratique* le premier ce qu’on vous entend dire :

De deux jeunes amans ne troublez point la paix» Et ne vous signalez qu’à force de bienfaits.

Quel plaisir aurez-vous de me voir malheureuse ?

Ésope.

Qu’une fille a d’espiit quand elle est amoureuse! On ne peut s’exprimer en des termes plus doux. Vous n’avez pas eu peur de me rendre jaloux.

En parlant d’Agenor vous aviez des extases »

Et l’amour vous aidoit à bien tourner vos phrases. Monsieur le Gouverneur , que je vais bientôt voir , Ne balancera point à faire son devoir.

Je vous ai près de lui déjà rendu service ;

Je vous promets encore un aussi bon office.

Vous verrez quel amant vous sera réservé.

F. UPHROSINE.

Et moi, qui vous connois pour un fourbe achevé , Moi qui de votre fraude ai sujet de me plaindre ,

Moi , qui ne sais qu’aimer , et qui ne sais point feindre» Je vous déclare ici qu’Agenor a ma foi ,

Que je suis toute à lui, comme il est tout à mois Que toute la grandeur où le Roi vous appelle N’aura pas le pouvoir de me rendre infidclle;

Et que si de mon pere on aigrit le courroux , J’épouserai la mort plus volontiers que vous.

Vous m’épouvantez plus qu’elle ne m’épouvante.

Adieu.

( EUt sort. )

y? LES FABLES D’ÉSOPE,

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