‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 91 sur 108 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

agathon, clèonice, Ésope,

Ovx, je le veux avoir.

Clêonicï.

Non , vous ne l’aurez pas.

Agathon.

Si de notre querelle on apprend quelque chose , Nous aurons le fouet , et vous en serez cause.

N’importe.

Cléon ici.

Ésope.

Qu’avez-vous, les beaux enfans ?

Agathon.

Monsieur p

C’est ce petit miroir que veut avoir ma sccur.

Dès que j’ai quelque chose elle en esc envieuse:

7 i LES FABLES D’ÉSOPE,

Si je la contredis, elle fait la pleureuse;

Et lorsqu’on nous entend je suis si malheureux Qu’ayant tort elle seule on nous fouette tous deux. N’c$t-il pas vrai , Monsieur , que cela n’est pas juste?

CtÉONICI.

Monsieur, si vous saviez comme il me tarabuste i Il est malicieux comme un petit dragon ;

Il ne me laisse rien de ce que j’ai de bon.

Le miroir qu’il a pris , dont la glace est si belle ,

Est à moi seule.

A vous ? Non pas , Mademoiselle ,

S’il vous plaît.

Cléoni ce.,

A qui donc !

C’est à nous deux qu’il est.

Cléonice.

Vous me pardonnerez , vous-même, s’il vous plaît.

Dès quand j’étois enfant, ma sœur me le conserve;

Et c’est elle aujourd’hui qui veut que je m’en serve.

Elle m’a dit à moi , pendant notre dîné.

Que c’étoit à nous deux qu’elle l’avoit donné :

Je m’y veux mirer.

CliOMICE.

Vous ? Vraiment je vous admire i Il n’est tien de si beau qu’un garçon qui se mire.

Fii

Agathgm,

Pourquoi fi ?

Cléonice.

Pourquoi ? Fi î vous dis-je.

Pourtant

On dit que mon visage est assez ragoûtant.

Si je vous réssemblois , et que je qje mirasse ,

Quand je me serois vu je casserois la glace.

ClÉONICt.

Vous croyez donc , mon frere , avoir beaucoup d’appas? A G A T H O N.

Et pourquoi , s’il est vrai , ne le croirai-je pas ï Cléonicï.

S’il pouvoït vous venir la petite vérole!

Tenez, ma grande sœur me garde unepistole Pour avoir du ruban plus beau que celui -là ,

Et je la donnerois roiontiers pour cela.

Plus vous deviendriez laid , plus je serois joyeuse.

Vous qui ne craignez rien , vous êtes bien heureuse.

C LÉON ICE, à Esope.

Ne vous ai-je pas dit que c’étoit un dragon ?

Si je ne suis pas belle , est- ce ma faute ï

Non.

Je vous trouve tous deux un charmant petit couple ; Mais il faut l’un pour l’autre avoir l’esprit plus souple. Aimez bien votre fi cre.... Et vous , bien votre sœur.

Me le promettez-vous , mes enfans ?

les fables d’Ésope,

AGATHON etCLÉoNlCE, ensemble.

Oui , Monsieur.

Ésope.

Ecoutet bien tous deux ce que je vais vous dire.

Il faut que fort souvent ce beau garçon se mire »

Mais plus dans le miroir il se verra d’appas, plus il doit prendre garde à ne les salir pas ;

Des Dieux qui l’ont fait naître il gàteroitl image.

Il faut quand on est bîau qu’on soit encor plus sage.

( A Agathon.)

Entendez-vous , mon fils ?

Agathon.

Oui , Monsieur , j’entends bien.

le vous rends grâce.

ÉSOPE, à Cl/onice.

Et vous { car je ne ceie rien ) ,

Vous , pour qui la nature a paru plus cruelle , Mirez-vous; mais pour voir que vous n’êces pas belle.

Si vous manquer d’attraits pour plaire et pour charmer, Amasser des vertus qui vous fassent aimer;

Et par une conduite exempte de murmure ,

Réparer la rigueur dont usa la nature.

Beaucoup de modestie et beaucoup de bonté Ont des charmes plus grands que n’en a la beauté. Souvenez-vous en bien , ma petite mignone, CtÉONICI.

Oui, Monsieur. Grâce au Ciel , j’ai la mémoire bonne, Une Voix, de derrière le Theatre,

Agathon 1 Cléonice !

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