L’ ÉCREVISSE HT SA. FILLE
Fable.
L’Écrevisse une fois s’étant mis dans la tSte Que sa fille avoit tort d’aller à reculons ,
Elle en eut sur le champ cette réponse honnête :
4 « Ma mere , nous nous ressemblons.
J’ai pris pour façon de vivre « La façon dont vous vivez :
« Allez droit, si vous pouvez,
» Je tâcherai de vous suivre. a*
Que pouvoir l’Ecrevisse opposer à cela?
Ce qui touche une fille est la mere qu’elle a. Combien en voyons-nous de tous rangs, de tous âges. Qui veulent , comme vous , que leurs filles soient sages. Et qui dans les plaisirs donnant jusqu’à l’exccs , Semblent avoir fait vecu de ne l’être jamais ?
L’exemple d’une mere, en qui la vertu brille.
Est la grande leçon dont profite une fille.
Qu’est-ce qu’a fait la vôtre en fuyant la vertu Que suivre le chemin que vous aviez battu i Si vous l’eussiez guidée en une bonne voie.
Elle vous y suivrait avec bien plus de joie.
Aussi , loin de vous plaindre et de vous appuyer , C’est vous que de son crime on dçvroit châtier t
COMÉDIE
On ne saurait causer de douleurs assez amples A qui perd ses enfans par de mauvais exemples.
Et qui prend dans son sort plus d’intérêt que moi? le danger qu’elle court me cause tant d’effroi Que je souhaiterois , avec un zclc extrême ,
Au péril de mes jours l’en retirer moi-même.
La friponne) à son âge en savoir déjà tant!
Ésope.
Quand on est fils de maître on est bientôt savant. Pouvez-vous, dites moi, la blâmer d’aucun vice.
Sans avoir plus de tort que n’en eut l’Ecrevisse?
J’ai pu la marier , et ne l’ai pas voulu.
Es OPE.
Vous eussiez bien mieux fait \ elle eût bien mieux valu : Scs désirs satisfaits n’auroient eu rien à faire.
Mais vous ne songez pas que je serois grand’mere.
Je ne le celc point, je mourrois de de'pic Si quelqu’un m’appeloit de ce nom dc'crepït.
Grand’merc ! moi, bons Dieux! que personne n’accuse D’avoir sur le visage aucun appas qui s’use !
Moi , qui , grâces au Ciel , ai le teint aussi frais ,
Aussi beau....
Es o P B.
Je crois bien, vous le faites exprès î Dans ce qu’on voit de vous rien ne s’offre du vôtre. Et votre vrai visage est caché sous un autre.
La belle .instruction que votre fille avoit !
70 LtD r a ü l r. o u r, a w r il
Elle vous a rendu ce qu’elle vous devoit.
Mere qui mec du fard pour paroître plus belle Mérite assurément une fille comme elle.
Voilà tout le secours que vous aure7, de moi. Adieu.
De ces hauteurs j’irai me plaindre au P.oi.
Il verra mon placer , et sa justice extrême....
Ésope.
Je vais , si vous voulez , vous le dicter moi-même.
et Sire, Dame.... vous meme y mettrez votre nom,
« Vous remontre humblement que tant qu’elle fut belle v> Elle fut à l’Amour si soumise et fidcllc 99 Que jamais à son ordre elle ne disoit non ;
«Que de cet heureux tems l’amc encor toute pleine, » Plus elle eut de plaisir , plus elle aura de peine 99 A renoncer si tôt à des charmes si doux;
99 Qu’avant que de son sort le triste cours s’acheve, » 11 vous plaise ordonner à quelqu’un qu’il l’cnlcve. 99 Elle continuera ses prières pour vous. «
Vous n’avez, que je crois , autre chose à lui dire ?
Si vous le souhaitez , je m’en vais vous l’écrire. Voyez.
Adieu , Monsieur, dans mon juste courroux J’aurai plus de raison de Crésus que de vous.
( Elle sort, )
COMEDIE