AK FONTANELLE
Jr i£RR£ Corneille naquit à Rouen en i6o^^
de Pieric Corneille , Maître des Eaux et Forets tà la Vkomrà de Rouen , et de Manhe Le Pe* sant. U fit ses études aux Jésuites de Rouen , et il en a toujours conseitré une extrême xeconnois*ifiance pour toute la Société. U se mit d'abord au Batreâtt » sans gout et sans succès. Mais une pe«' tite occasion fit éclater en lui un génie tout diffé*^ xcntî et ce fut l'amour qui la fit naître. Un • Jeune homme de ses amis , amoureux d'une Demoiselle de la même Ville , le mena chez elle. Le nouveau venu se xcndit plus agréable que rintroducteur. Le plaisir de cette aventure excita dans CORNEiLX£ hm talent qu'il ne corinoissoit • pas I et sur ce léger sujet y il fie la Comédie de M élite, qui parut en ici^. On y découvrit un caractère original : on conçut que la Cotnédî*
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â^loit se perfectionner, et, sur la confiance qu'on' eut au nouvel Auteur qui paroissoit, il se forma une nouvelle Troupe de Comédiens*
Je ne doute pas que ceci ne surprenne la plufut des gens qui trouvent les six ou sept premières Pièces de CORN£lLLE si ipdignes de lui » iqu'ils les voudroient retrancher de son Recueil g et les faire oublier à jamais. Il est certain que ces Pièces ne sont pas belles ; mais, outre qu'elles servent à l'Histoire du Théâtre ^ elles servent beaucoup aussi à la gloire de Corneille. .
Il y a une grande difiFcrence entre la beauté de rOttvrage et le mérite de TAutcur. Tel Ouvrage qui est fort médiocre , n'a pu partir que d'un génie sublime j et tel autre Ouvrage qui est assez Beau 9 a pu partir d'un génie assez médiocre» Chaque siècle a un certain degré de lumière qui lui est propre. Les esprits médiocres demeurent au-dessous de ce degré : les bons esprits y attei* gnent j les excellens le passent ^ si on le peut passer. Un homme né avec des talens , est natu* icUement porté , par son siècle , au point de perfection où ce siècle est arrivé ; l'éducation ^u'U a j:e(ue, les exemples <|u'il a devant les
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yeux » tout le conduit jusques là. Mais s'il va plus loin ^ il n'a plus rieii d'étranger qui le sou« tienne ; il ne s'affpuic que sur ses propres fore» t il devient supérieur aux secours dont il s'est servi. Ainsi d^ux Auteurs , dont Tun surpasse cxtrvmenfieiit Tamie par U beaùté de ses Ouvrai ges 9 sont néanmoins égaux en mérite » s'ils se sont égalem^t élevés chacun au-dessus de son siècle. 11 est vrai que rusi a été bien plus haut 4|ae VaWe ; maUrce n^est pas qu*il ait eu plus de force , c^est seulement qu'il a pris son vol d'uti lieu plus élevé. Far la même raison , de deux Auteurs dont les Ouvrages sont d'une * égale beauté , Tun peut être on homme fort médiocre » et l'autre un génie sublime.
Pour juger de la beauté d'un Ouvrage , il suf-* fit donc de le considérer en lui-même. Mais pour juger do mérite de TAuteur , il faut le comparer à «son siècle. Les premières Pièces dé Corneille , comme nous avons déjà dit , ne sont pas belles ,* mais tout aotre qu*tm génie ex» traordinaire ne les eut pas faites. Mélite est dt* vinc , si vous la lisez après les Pièces de Hardy <|ui l'ont immédiatement précédée. Le Théâtre
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^4 VIE DE B. CQJlNEltLE^-
y est y sans comparaison , .mieuic entendu ^ là, Dialogue i^ikiu tournç , les mouv:emens mieux, conduits 9 les scènes plus agréables ^ sur-tout ^ et c'est ce que Hardy n'avoit jamais attrapé , il y xegnc un air assM nobk » et la conversation; de» . i^omiétes gens n'y est pas<>xnal repréiientce» Jus« ques-là on n^avoit guère connu que le Comique^ le plus bas ^ ou un Tragique assez plat ^ ciu fut étonné d'entendre une nouvelle langue.
Le jugement que l'on porta de Mélite^ fut que cette Pièce étoit trop simple , et avoit trop peo^ â'éfénemens* Co&N£itL£ » piqué de cette cri^ tique 9 fit Clitandre » et y sema les incidens et les aventures avec une très- vicieuse profusion , plus pour censurer le goûr public, que pour s'y ac* commoder» Il paroit qu'après cela il luifutpermis de revenir à son naturel. La Galerie du Palais , la Veuve , la Suivante , la Place Royale sont plus raisonnables. * / ^
Nous voici dans le tems où le Théâtre devint florissant par la faveur du Cardinal de Richelieu.^ Les Princes et les Ministres n'ont qu'à com^ mander qu'il se forme des Poètes » des Peintres» tout ce qu'ils voudront » et il s'en forme. U y a
VIE DE V. CORNEILLE.^ t
une infinûé de génies de diffëienus esjneces » %iû n'attendent , poux se dcclaiei » que leuis ordres « ou pltitôt leurs grâces. La nature est toujours' prête à servir leurs go&ts.
On recommença alors à étudier le Théâtre des Anciens » et à soupçonner qu'il pouvoir y avoic • des règles. Celle de vingt quatre heures fut une des premières dont cm s'avisa $ mais os n'en £û^, soit pas enccae rsop gtand cas«^ Témoin la ma^ niere dont Corneille lui-même en parle dans^ Ut Préfiice de Clilandre , imprimée en isji^ ce Que si j'ai zenferme cette Pièce » ditH ^ dans^
3> la règle d'un jour » ce «'est pas que je me re« 9» pente de n'y avoir point mis Mélite^ ou que je* M me 8o|s xésolu à m'y attacher dorénavànt* Au** » jourd'hui quelques-uns adorent cette xc^e » .
beaucoup U méprisent i pour moi » j'ai voulu o seulement montrée que si je m'en éSloigne ^ »> n'est pas Êsiute de là connaîtra» s». ^ * .
• Ne nous imaginons pas que le vrai soit victo-' rieux dès qu'il se montre : il Test à la fin i mais il kii faut do tems pour soumettre les esprits* Les règles du Poème dt amatti|oe » inconniim dL'abord ou méprisées ^ quelque tms après combattues ^
msttUe xeçttcs à demi > et sous des conditions , demeurerait cnfip joaaîuesses du Théâtre j mais l'ipoque de l'établissement de eiftpiie «'est proprement qu*au tems de Cinna«
Mm. des plus grandes obligations que l'on ait à Corneille , est d'avoir purifié le Théâtre. 11 fut d'abord entraîné par r'usage établi s mais il y iésktà. aussi-tat aprè$.» et .depuis Qitandce , sa: seconde Pièce » on ne trouve plus tien, de liceo^,: cîeux dans ses Ouvrages. '
CORNEILLB , aprèç avoir fait'Uli essai desesl fbiMs doitô Ms six ptemierea Pièces , oà il s'élève ' déjà au-dessus de son siècle > P"t tout-à-coup- Tcssor dans Médée , et monta jusqu'au Tragiquele plus, sublime. A k v^érîié» il Ait secouru pat Sélieque i Mais U ne laissa pas de faire voir ce qu'il pouvoir pat lui-n:ême.
c Ensuite d retomba dans* hi Comédie f et » si j'ose dire ce que je pense , la ckùte fut grande» L'Illusion comique » dont je- parle ici, est une Pièce irréguliere et bizarre , et qui n'excuse point pur ses agténaeus sa bizarrme et son irrégularité. - Il YÂoûïiat' un personnage de Q^itan > qui abat . 4'un^ouffleJlfi grand Sophi de Porsp et le grand
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Moggl , et qui une fois en sa vie avoit empêché le soleil de se lever à son heure prescrite , parce qu*oii ne tronvoit pcAnt Tâtirore , qui étoit cott«chée av^c ce mesvciUeux brave. Cc$ caraaeres ont été autrefois fort à la mode mais qui rcpré-r sentoknt-ils ï A qui en vonloit-on i JBs^ce qu'il faut outrer nos folies jusqu'à ce point-là ,r poiic les rendre plaisantes ? £n vérité » ce sexQit qous £ûre trop d'honneur, " .
Après riUnsioii cetntq^e , CORNmiB se fe« leva 9 plus grand et plus fort que jamais , et fit le Cid. Jamais Pièce de Tiiéatre n'eut un si grand
Mceès. Je me soa?ieD^il*ayoir m en mz vie tm* * iKrnime de guerre et tm Mathématicien , qui de toutes les Comédies du monde » ne connoissoient que le Cid. L'horrible barbarie où ils vivoient ^ n*avoit p^ efttpdcher le nom du Cid d'aUer jus« %ii'à eux. COKHMLLE avoit dans son cabinet cette Pièce traduite en toutes les Langues de FEurope , hors rËsclavonne et la Turque. £lto 4toit en AUemand ^ en Anglois » en Flamand »
et par une exactitude Flamande on Tavoit rendue vers^our vers. Elle étoit en Italiens et ce qui-
est plus étcmnant ^ m S$pagnoL Les Espagnt^
t VIE DE P. CORNEILLE^
avoienc bien voulu copier eux-mêmes une Pièce ,* dont l'original leur appartcnoit* PcUisson, dans sùn Histoire de l* Académie , dit qu'en plu-i skurs Provinces de France , il ctoit passé en pro* verbe de dire : Cela est hèm €0*tme U Cid. Si ce proverbe a'pcri , il fiwit s'en prendre aux Auteurs qui ne le goutoient pas , et à la Cour , où c'eût été très-mal parler , que de s'en servir sout k Mî^ nistere du Cardinal de Richelieu.
Ce gràitd homme avoit la phis vaste ambition • qui ait jamais etc. La gloire de gouverner la france, presque absolument, d'abàbser la redott*. table maison d^Amrichc , de remuer toute l'Euf* xope à son gré , ne lui sursoit point : il y vou«> loit joindre encore celle de faire des Comédies. Quand le Cid parut , il ch fut aussi alarmé que s^il avoit va les Espagnols devant Paris. U 80U«» leva les Auteurs contre cet Ouvrage i ce qui ne dut pas être fort difficile , et il se mit \ leur tête. $e«déry pâlfStt US Observations sur le Cid ^ adressées \ l'Académie Françoise , qu'il ta faisoit juge > et que le Cardinal , son fondateur, solHcitoit puissamment contre la Pièce accusée. Mais afin que l'Académie p4t juger ^ soi
VIE DE P. COilNEILLE; ' ,
Maints vottloieiit que Tautre panic , c'est-à-dlic Co&M£iLL£ , y comciittt. On ma d<mc de lui mic espèce de consentement , qu'il ne donna ^'à la ciainte de déplaire au Cardinal , et qu'il donna pourtant avee asse^ de fietté. Le moyen 4c ne pas ménagée un pareil Alintoice» et qi|j ccoit son bienfaiteur} Car il récompensait»
comme Ministre , ce même mérite dont il étoit lalou comme Poëce i et 41 semble que cette grande ame ne pouvoit pas avoir des foiMesses » qu'elle ne réparât en même tems par quelque chose de noble.
k jL' Académie Fran^obe donna ses se^maw sur le Cid ^ et* cet Ouvrage fut digne.de 1^ grande réputation de cette Compagnie naissante^ Elle sut conserver tous les égards qu'elle devoit , et à la passion du Cardinal ^ et à l'e^me pnodi^ gieuse que le Public avoit connue du Cid« £lk satisfît le Cardinal ^ en reprenant exactement tous les défauts de cette Pièce » et le Public , cm les reprenant avec modération i et même son^ vent avec des louanges* Quand CORNEXLLE^eut une fois , pour ain^
dire 9 atteint jusqu'au ..Çid » il^ s'élçva tmv»
to VIE D£ P. CORNEILLE.
dan» les Hocâces $ enfin il tlk jusqu'à Ctafiatt à Polycucte t aunlessus desquels U n'y a rien.
Ces Pieces-là étoicnt d'une espèce inconnue ^ et Ton vit un nouveau Théâtre. Alors COK^ M£ILL£ ; pat l'étude d' Aitstoce et d'Horace ^ par son expécietice , par ses réflexions » et plus encore par son génie j trouva les véritables règles du Poëme dramatique , et découvrit les sources do beatt » qu'il a depuis ouvertes à tout le monde dans les discours qui sont à la téte de ses Co* IBédies. De-là vient qu'il est regardé comme le pere du Théâtre Frahçois. Il lui a donné le pre* mier une forme raisonnable i il l'a porté à soa plus haut point de perfection , et a laissé son se-^ ^ret à qui s'en pourra servir.
Avant que Ton jouât Polyeuete , CORNEILXS le lut à rUôtei de Rambouillet ^ souverain Tri» bunal des affaires d'esprit en ce tems-là. La Pièce y fut applaudie , autant que le deman* doient la bienséBinM 4t la grtttde réputation qœ l'Auteur avoit déjà. Mais quelques jours après 9 Voiture vint trouver Corneille , et prit des tours fort délicats pour lui dire que Polyeucte
sl'avoit pas céttsei cMAme il peasoit j que su»-
tous
VIE DE lè. CORNEILLE, xr
tout le christianisme avoit extrêmement dcplu« CORUSiLiE: zlmoé y vookit retirer ia Pièce d'entre les mams des Connëdms qni Tappre*' noient î mais enfin U la leur laissa , sut la parole d'un d'entre eux <[tti n'y jouoit point , parce qu'il éi0it trop maorats Acteur. £rait-ce dono i ce Comédiea à juger mieux que tout THotel de Kambouillet ?
Pompée suivit Poljreucte. Enstdte vint le Men« teur ^ Pièce coouquc » et presque entièrement prise de l'Espagnol > scion la coutume de ce ternir
QiM^M la Menteur sok très^agréable , s«
qu'on rapplaudisse encore aujourd'iiui sur le Théâtre» j'avoue que la Comédie n'étoit point encore «rrivée à sa perfiection. Ce qui dominoic 4us les Pièces » c'éioît l'intrîgiie e( les iacide&Sr erreurs de nom » dégoisemens » lettres interçep^ tées » aventures nocturnes i et c'est pourquoi on
^enoit presque tous les sujets chez les £spa«>. gnols , qui uiompiicnt sur ces matières. Cet Pièces ne laissoicnt pas d'eue fort plaisantes » et
pleines d'esprit. Témoin le Menteur dont nous.
parlons > Dam 3cctCMd de Cigaral » le GeoUes
u VIE D£ V. CORNEILLE;
de solmâme. Mots enfin la plus grande beauté de la Comiédie étoit iocoimuea ou ne songeoii point aux mœurs et aux caractères ^ . on allok chercher bien loin le ridicule dans des cvcncmens imagmés avec beaocoup de petee vet onna sl'aviioit point deraller prendre dans le coeur hu* nain » où est sa principale habitation. Molière est le premier qui Tait été chercher là , et'ccltiî qui Ta le mieux mîs en tfttvré. BMtme iMmitabie y et l qui la Comédie 4oit autant que la Tragédie a Corneille.
Comme le Menteur eut beaucoup de raccès ^ CORNEiDîLE lui donna une suite i mais qui ne ïéussit guère. Il en découvre lui-même la raison dans les Examens qu'il a faits de ses Pièces. Là il s'ëtablh juge de ses propres Ouvrages , et eift pade avec un noble désintéressement , dont il tire en même tems le double fruit , et de prévenir l'envie sur le mal qu'elle en pourroit dite $ et de se rendfe li^nieme ctôyi^le wt le bien qu^il en dit.
A la suite du Menteur succéda Rodogune, Il .
a écrit quelque part , que potuc trouver la plus belle de ses Pièces , il âtUoit choisU: entre R^do^.
yiE DE P- CORNEILLE; h
§Pfie et Cinna i et ceux à qui il en a parlé , ont ëéfliéié 9 sans beaueoup àc pt inr , qu'il étoic pouc Rodogune. Il ne m'appankat iiullenieiic de pxoooacex sut cela » maispeutrêcr^pré£croîc il Kodc^une » parce qu'elle.lui avoit extiêmement coàté. ii fyt plus d'on an à ditposer le svk)tu £eut-ètfe vouloit-il ^ ca mettant soiraffDction de ce cQcé'là balancer celle du Public » qui paioit iètiô d4i Vêuut. Pour moi ^ si i*ose le dkc , je ne inetisok<^iai^)# éiSé^^t enttfe Rodogane et Cinna » il me paroit ai$c de choisir euue elles , et ;e connoîs quelqiiePiece (i) de Coaneille que je i^is passer eneote' avant la plus belle des deux*
On apprendra dans les Examens de Co&o NEILLE , mieux que l'on ne feroit ici , THistoirc de Tfaéodoie ^ d'JHbéraelius , de* Don' Saacbe d'Aragon 9 :d' Andromède^ de Nioomede et de Pertharîte» On y verra pourquoi Théodore et Don Sanche d^Aragon réasstrent fort peu 9 et pourquoi «PeKharite tomba absoliinient. On ue put souffrit dans Théodore la seule idée du péril
(I) polyeiwir^ * *
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de la prostitution i et si le Public ëtoit devenu si détîeat^ à qui CÔRNBILLE devoit-S 9*eii pretidfe qn% Ittl^nème î Ayant loi » le viol réussissoift dans les Pièces de Hardy. Il manqua à Don Saaehe on suffrage illustre ^ qui lui fif manquer tous ceux de la Cour. Exem^e^isiez eomnim de la souniî$aion des François à de certaines att-^ torités. Enfin ^ un mari qui veut racheter sa £emme en cédant an Royaume » fitttntétê ^ tm comparaison » plus tnsappoitable dans Petihârif 6^ que la prostitution ne Tavoit ét^dans Théodore* Le bon mari n'osa se montrer au Public que deuat foif . Cette chftce du gtsand Corneillb peut être mise parmi les exemples les plus remai:quables des vicissitudes du monde , et Bélisaire demandant raomône n'est pv pins étonnant»
U sd dégoûta du Théâtre » et déclara qu'il y zenonçoit > dans une petite Préface ^asscz clia<grinc qu'il mit au-devant de Pertkârite. Il dir^ pour judsoii: > qu'il commencé à iMÎUk i et cette zaison n'est que trop bonne » sniHout quand il s*^it de Poésie et des autres talens de Timagina* tion» L*especc d*espgît qui dépend de^rimaginaf* tion , et c'e^t ce qu'on appelle communément
VIB M P. CORNElLLEy tf
aprii ém te momdt , reMenAlè à k' Wuté , tt acLsitbgttte 4ttl»ii«c la jmuicssew il est viai que ia ?ieillesse vient plus taid pour l'espiU ^ mais elle vient. Liea plus dàiigeieuscs qualités qu'elle lUi apporte^ MOf l$i aécheiesse et la dmté i et il y a des espms qu\ en sont naturellement plus susceptibles jque.xi'aotreS'* et qui donnent plus de prise aux ravages du tems : ce sont ceux qui avment'ide la BoU«sttri^;de la grasdeus , quelque chose de 6cr et.ttauMCfi% Cette sorte de caj^cure contracte aisément par les années ^ jei ne sais ^ttpi de secret de dur. C!est à-peu-près ce qui Mciva à CQ&J»UhLE. Il ne perdit en. vicii*
lissant rinimitable noblesse de son génie i mais Il s'y naéla quelquefois on peu de d0seté# Il avait poussé se^iîmens mssi loin que la na«
tuie pQUYoit , i»iè£m qui'ils allasseot i il com** mença de tems en te^ns à les poussex un peu^lus^ Iptné AimÀ^datts Cettharite» une JAmm cati>« aent à éj^v^ci |in lyiian qu'elle déteste ^ ^urvis qu'il égQiftp.up fils unique qu'elle a » et que pac cette action il se fOfide aussi odieux qufelle êou^ haite qu'ilk$ait.^]yi«^^ais^ 4e T^^que ce se«p*
AU
i< vie AÊ p. CQRîiElLLE^
timent'» ait lîéu d*ette.itobk » &«'est qtaediit^ et*
il ne £a]iD pas uoiiy€rmaH\sai&fucie J?ublicjie: l'ait pas goûté. ' . : .t.. v
Apàs Besdiarite^ ^ CORNBitiA V «hlsté du/ Théâtre » eiii»{ait le treductiOBy w .«m^4er rXmîcation de Jésu&^Chiisté. Il j ùxt poxté pac desFcres Jésuites de ses aoiis^ par.des:s€mimens^ de. piété qu'il eut toute. : se i vie:; et: pen^âtm aMsi par. Inactivité de ion génie i|iil4ie pouvait demeurer oisif* Cet Ouviage.eutun sittcès;pro^i digieux^ et le dédommagea» en toutes ma* ^ nfoies / devoir quitté le Théaàreé ^Cepettdam si î*ose en pgurler avec* une liberté que fè ne dc^vrois peut-être pas nie permettre , je ne trouve . point dans la traduction dt COANEÎLLE le plus* gtând charme de Tlmita^ de JéMs^Càtiat i fe' veu^dire, sa simplicité «et sanaLveté# £JUe se perd dan$ la pompe des vers , qui ctolt naturelle à CaRiniilB^'et lecrois iiiême <fu!^dMeiHm«Bt la forme des vers lui esc cMtrâire. C^-Livre ^-leplus beau qui soit panti de lâ main d'un homme , puisque TEvangile n'en vient pas , n'iroit pas
droii^aii eœu eoinme il ftk ne s^eir smicoit
pas tvec.unt de iotct, s'il n'af ait an aie namxcl ce tendte , à quoi Jia aégli^ace inéine du 3tyle« aide beaucoup, . ^
Il se passa six ap$ ^ pendant Icçquf^ls il ne parut de CORNEiJ^LE qiM rimitaciq^ en vera« Mais enfin w^çiii p^f- fou^uet , i|ui négocia en Suxintendant des finances » et p^ut-êue enco&B* plus poussé par son penchant natuiel^ il se rengagea au Tkéatre. Le Surintendant , pou lui fiieîlîl^ ce isiiouc i et lui àni toutes les tx^ dises que lui auroit pu fournir la difficulté de trouver d^s sujets , lui en proposa trois^ Celui tqa'âl piisftt^SUîfre. Coueitte^sonlreccypcift
Cantuna^ *i|m étaitk iecoad» Jane Mis quel £uk lie .troisiemtt. , . * • .
La réconciliation de Corneille et du Tlidaife^C bèoleMc s (Kdtpe <^«Mt fort bkn.
La Toison d'or fut £ake ensuite à Toccasioa* du Mariage du Koi » et c'est là plus belle Picco il machines que nous ayitms* Im^mkehm» qui sont onfoM&iemeai' étrangères*^ ht Pi<«e>->doviennent ^'fu l^t do Poëie » nécessnîres à celle* là I et sur-tout le Prologue doit servit de modèle aux Prologues à là ttodecac , qui sMUiki» posr
tt VI£ DE P« CORNEILLE.
exposer , non pas le sàjtt de Kece atâ» Too» . casion 'pour laquelle i^e a été faite.
Ensuite païuient Sertorius et Sophoaisbe^ Dans la première de ces deux Pièces , la gran-> detur Romaine éclate avec tome aa pompe r et * ridée' qu'on poonolf se foi mec de la conversa-^ tion de deux grands iiommes qui ont de grands intérêts à démêler , est encore surpassée par la scène de Potnpée et de Sertorkis. Il -semble que. Corneille- ait eu des memoîrei pamcuUers sur les Romains. Sophonisbe avoir déjà été traitée par Mairet avec beaucoup de siMeèi t et COiMiiLL£ avoue qa^il se*imuvoit*hien hardi d'oser la traiter de nouveau^r Si Mgir-et avoit joui de cet aveu , il en auioit été fort glorieux , même étant vaiiicu.
. Il faut croise qu'Agéâlas est de Co&N£ULL£t puisque son nom. y est , et qu'il y a une scène d'Agésilâs et de Lysatider , qui M powloit pai fiiGtlamcm Ane d'hn mme.
Après Agésilas vient Othon } Ouvrage oit ^ Tacite, est mis en œuvre par le gjc^nd COR* MSZ1.LB f et oà se sont unis deux génies si su^ Uimea.. COMllUifcL£ y a peint la Muuptiou
h Cour des Empcçcurs , du même pinceau dont ii avoit pekic les veitus de la République.
En ce tcm4l , des Pièces d'an caractère fort difFcicnt des siennes , parurent avec éclat sur le Théâtre. Elles étoient pleines de tendresse et de aentimens aimables. Si elles n'aUcient pas jus* qu'aux .beautés sublimes » elles éttiient bien éloignées de tonobet dïns des défauts choquans. Une élératlon qui n*étoit pas du premier dcgic , beaucoup d*amout, tiu style très- agréable , et d'une élégance qui ne se dementoit point » une infiiiité de traits vifs et naturels , un jeune Auteur : voilà ce qu'il falloit ans femmes -, dont te jugement a tant d'autorité au Théâtre f rançots« Aussi furent elles ciiarmées» et COKN£XX'i'£ n€ fut plus telles dies que le vieux Corneille. J'ea excepte quelques femmes qui valoicur dei hommes. j
Le goût du siècle se trouva donc entièrement du c6té.d?un genre de tendresse moins noUey et dont le modèle se trouroît plus aisément danv la plupart des cœurs. Mais Co&N£iLL£ dédaigna fièrement d'avoir de la complaisance pour ce nouveau goftt. «^«nt*itfe ctoiia^t-oti que ste
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lo VIE DE P. CORNEILLE."
âge ne lui permettoit pas d'en avoir. Ce soupçon seroit très légitime , si Ton ne voyoit ce qu'il a fait dans la Psyché de Molière » où étant l Tom^ bre du nom d'autrut 5 il s'est abandonné à un excès de tendresse > dont il n'auroit pas voulu déshanoret son nom.
Il ne poàvoit mieox biavet son sieck qu*es lui donnant Âttila » digne Roi des Huns. Il règne dans cette. Pièce une férocité noble , que lui seul pouvoit attraper. La scène oh. Atttb dé^ libère s'il se doit allier à l'Empire qui tombe , ou à la France qui s'élève 9 est une des belles ehoses quH ait faites.
Bérénice fut un duel 9 dont tont le monde aa^ rHistoire* Une Princesse ( 1 ) ^ fort touchée dès choses d'esprit , et qui eût pu les mettre à la mode* dans un pxf% barbare ^ eut besoin de beau-^ coup d'adresse pour faire trouver les deux corn* battans sur le champ de bataille ^ sans qu'ils sussent o& oncles, mettok^r Mais k qm detneiua la viaoire i Au plus jeune*
Il ne reste plus que Pulchérie et Suréna ^ tou
■ M I I II jO i fi i ri 1 ■ 1 I ■ I II 1 ■■ I
-(1^) liftiMSia^f-Ànned'AnglçtGiiet .
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VIE DE P. CORNEILLE. *i
deux , sans cônipâraisôn , mcfilleets qae Bésé» iiicc 9 tous deux dignes de la vieillesse d'ua grand homme. Le caiacteie de Pulchéiie esc de ceux que lui seul savoit faite , et H s'^sf dépeiac lui-même avec bien de la fotee dans Mai tîM > qui est un vieillard amoureux. Le cinquième acte de cette Pièce est tout-à-fau beau. On voit dans Saréna une belle peinture 4*mi bomme» que son trop de mérite ^ et de ttop grands services rendent criminel auprès de son maître i et ce fut par ce dernier effort que CORMEilXE termina sa
carrière*
La suite de ses Pièces représente ce qui d«it naturellement arriver à un grand homme qui poosse le travail jmqu'à la fin de sa vie. Ses conraieneemens sont foibks et imparfaits $ maitk déjà dignes d'admiration, par rapport à son sieclct Ensuite il va aussi haut que son art peut at« teindre. A U fin ^ il s^afloiblir » s'^eini pèu*à* peu 9 et n'est plus semblable à lui-même que par intervalles.
Après Suréna , quifntîotië en t^7f » COR* HEILLE renonça tout de bon an Théâtre ^ et ne pensa plus, qu'à mouûc duétienncment» il ne
11 VIE D£ P. COJEINEILLE.
fut pas mèmp en ttàt d'y p «Asa beaucoup la derniçj:^ année de sa vie.
Je n'ai pas cru devoir iuteif f mpre b suite de ses grands Ou^f âges » ppur pailçr de quelques autres beaucoup moins considérables > qu'il a donnés de tems en tems. Il a fait , étant jeune quelques petites Pièces de galanterie , qui sont sépandues <Uw'de3 Recueils, Oa a encore de lui quelques petites Pièces de cent ou de deux cents vers au Roi , soit pour le féliciter de ses victoires , . soit pour lui demander des grâces , soit pont le remercier de celles qu'il en avoie reçues* Il a traduit deux Ouvrages Latins du Pere de la Rue , tous deux d'assez longue lialeine» et plusieurs petites Pièces de Saa« teuil. Il estiuioit exuèmement ces deux Poêles^» Lui-même faisoit fort bien des vers latins^ et il en fit sur la campagne de Flandres m i qui parurent si beaux , que non-seuiemLcnt plusieurs personnes les n^irent eu François i mais que les meilleurs Poètes Latins en prirent l'idée , et • les mirent encore en Latin, il avoit traduit sa première scène de Tompcc eu vers du style de Séneque k Tragique , pour lequel il n'avoir pas
d'aversion ,
VÎE DE CORNEILLE* i| d'avcision , non plus que pour Lucain. 11 Êdloic aussi qu'il n'en eut pas pour Stacc , foit infëiicuc à Lacain , puisqu'il en a traduit en vers et public les deux premiers Livics de la Thëbaïdc. Ib çnt échappé à toutes les recheiches qu'on a faites depuis un tenis , poux en xcuouvcx quelque exemplaire.
Corneille étoit assez grand et assez plein , Taix fort simple et foxt commun » toujours né^ gligé , et peu curieux de son extcricux. Il avoit le visaifc assez agréable ^ «n grand nez , la bouche^ belle , les yeux pleins de feu , la physionomie vive , des traits fort marqués , et propres à étît Uansmis à la postérité dans une médaille ou dans m buste. Sk prononciation n'étoit pas tout àfait nette : il lisoit ses vers avec force i mais sans gracCé • -
Il savoit les Belles-Lettres > l'Histoire , la Po- Ittiqfie ^ mais il les ptenoit principalement du coté qu'elles ont rapport au Théâtre. Il n'avoit pour toutes les autres connoissances , ni loisir » ni curiosité , ni beaucoup d'estime. Il parloit peu , même sur la matière qu'il entendoit si parfaitement. Il n'omoit pas ce qu'il disoit § et
%4 VIE DE P- CORNEILLE* pottc ttoavec le grand CokN£ILU , U le falloit lire.
Il étoit mélancolique. U loi falioit des sujets plus solides ^ pour espérer et pour se ré|ouir » que pour se chagriner ou pour craindre* Il avoir i'humeur brusque , et quelquefois rude en apparcncc 3 au fonds, il étoit très-aisé à vivre» bon pere » tum mari , bon parent , tendre et plein d'amitié. Son tempérament le portoit assez à Tamour j mais jamais au libertinage , et rarement aux grands attachemens* Il avoit Tame fiero et indépendante » nulle souplesse , nul manège i ce qui Ta rendu uès-propre à peindre la vertu Komaine , et très-peu propre à faire sa fortune* Jl n'aimoit point la Cour ; il y apportoit un visage presque inconnu « un grand nom qui ne s'attiroit que des louanges , et un mérite qui n*étoit point le méiite de ce pays4à. Rien n'étoit égal à son incapacité pour les affaires , que son aversion. Les plus légères lui causoient de TefFroi et de la terreur. Quoique son talent lui eût beaucoup rapporté , il n'en étoit guère plu9 ticbe. Ce n'est pas qu'il eut été £âché de rêtre p #iais il eût fallu le devenir par une habileté qu'il
a^afoii pas ^ et pax des soùis c|ull ne pouvait pfendrc. II ne s'etoit point trop enduici aiuc louanges t à force d'en recevoir } mais s'il étoit sensible à Ja gloire ^ il écoit fost éloigné de la vaaité. Quelquefois il se confioit trop peu à sob rare mérite , et ctpyoit trop facilement qu'il pût avoir des rivaux.
A beaucoup de probité aaiureUe » il a ^int , dans tous les tems de sa vie ^ beaucoup de xeli* gion ^ et plus de piété que le conamerce du monde A*«n permet ordinairemeiit* Il a eu besoin son» * rent d'être rassuré par des casnistes sur ses Pieees ^ 4c Théatte » et ils lui ont toujours £ùt giaqe ml faveur de la pureté qu'il avoit établie sur la seene , des nobles sentimens qui régnent dans
ses Ouvrages , «t de la testa qu'il amise jnsquM
dans l'amour»
Fontenelle étoit neveu de Corneille » et ne de*
voit pas manquer de Mémoires sur son ondes ce*
pendant cette Vie en donne bien peu de particula*
rires personnelles. Elle fut insérée dans l'Histoire
de l'Académie Françoise , et tons les Éditeurs de
r. Corneille l'ont placée au-devant de leurs cdi«
tions i mais f ontenelle Ta refaite et considéiable-
ment âtugmentée. On la trouve de cette seconde manière dans k troisième volume des Œuvres de . Foutenclle , in-ii. 11 s'y est étendu en disserta* tions sur les Ouvrages , sans £ute connottre beaucoup plus T Auteur.
Comme rien de ce qui regarde un homme tel que Corneille n'est indiflférent , nous croyons que Ton sera bien-aîse de retrouver îcfî quelquesunes des particularités échappées à Fontenelle ; et quelques jugemens d'Ecrivains célèbres*» suc le pcre de notre Théâtre.
- On ne peut douter que celui qui pei;^nît ks Romains de la manière la plus sublime qui soit possible, n'eut Tame aussi noble que César, et ne se fut bien passé de la noblesse d'institution 5 cependant le pere de Corneille ayant rendu ^ en diverses occasions , de bons services à Louis XIII, dans la Maîtrise des Eaux et Forêts de la Vicomte de Normandie 9 ce Monarque lui donna des Lettres de Noblesse » et Parfaict dit que la famille de Maitlie le Pesant , mere de Corneille, subsibtc encore, avec éclat, dans les plus grandes charges de U Magistrature.
Coineille se maria de bonne -heure et par inclination 9 mais il ne fallut pas moins que la
VIE £>£ P. CORN£ILL£. xf i
paksùnct da Cardiiud de AidicUea pou lis» \ £uie obtenir l'objet de son amour. Un matia ^u'il se. présenta plu3 triste et plus rêveur qu'à rocdinaire ebez le Cardinal » eeln^ct lui de^ manda s'il travaillott. Co&NBILLB répoadk qu'il ctoit bien éloigné de la tranquillité nécea<» satre pour la composition , et qu'il avoit la tête icaaycs^ée par la paation Wokntc que lui tospi» xott une fille du Lieutenaitt-Géttétald'Aadely ^ nonounéc» LampétUte » que son pere ne voulait pas lui accorder. Le Cardinal fit venir à Paris ce INure difficile p qui afdva tour tremblant d'an ordre si imprévu i mais qui âu bien content d'ea ^e quitte pour donnei: sa fille à un homme tel* lement en crédit.
P. CORNBttLE eut deux fils qui aerritent»
Le plus jeune de ces deux ayant même été très* grièvement blessé au siège de Douai , en présence de Louis XIV , se'vk obligé de se retirer»' comme on rapprend par l'Éphre de Cûkneillb* au Roi 9 sur son retour de Plandres ^ et il fut ensuite tué , dans une autre affaire, étant Lieu* teMnt de Cavalerie* Un troisième fils de 2. COKHEiWt eaabrassa l'éut Ecclésiastique p
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zS VIE DE P. CORNEILLE."
€t eut r Abbaye Aigitc - Vive , en Tob* xmne.
On a xemax;qtté que P. et T. Corneille ayant épousé les deux sœurs , la même diâ^enee d^âge se tfottveit entr'elles comme ^ui'eux ( environ vingt ans ) i qu'ils eutent un même nombre d'en^ fans i qu'ils ne firent qu'un même ménage , et <]ile vingt-cinq ans de mariage s'écottlerent sans qu'ils sondassent ni Ton y ni l'autre , à faire le partage de leurs biens et de ceux de leurs femmes.
Selon VignculMarville , (le Chartreux D. Bonaventiire d'Argrane ) Mélanges d'Htstoiie et de Littérature r deuxième » pages 167 et &uivantiç& : A voir Corneille , on ne Tauroit pas pris pour un homme qui faisott si bien parlei Içfi Grecs et les Romstns > et qui: donnoit un si grand relief aux sentimens et aux pensées de^ Héros. Son extérieur n'avoit rien qui parlât pour son esprit.... Une grande Frincesse qiû avoit désiré de le voir et de Tentendre » disoit fort bien qu'il ne falloit point l'écouter ailleurs qu*à rHôtel de Bourgogne. Chose eerttine » Corneille se négligeoit trop i ou » pouc mieux dice » la na->* uuc ^ qui lui avoit été si libérale en des chosea
VIE DE P. CORNEILLE, i,
ezbraoïdkiatres , Tavoit comme oublié dans les phis communes. Quand ses familiers amis , qui aiuoien t. souhaite de le voit parfait en tout, lui fâisoient remarquer ces légers défauts , il soulioit et disoit i h n^tn sms pai moins pour cela Pierre Corneille. 11 n'a jamais parlé bien tement la Langue^ Françoise : peut-être ne se mettoit il pas en peine de cette exactitude... • Quand il avoit composé un Ouvrage , il le lisoit à Madame de f ontenelle , sa sœnc , qui en poU'* voit bien juger. Cette Dame avoit rc%prit fort f uste , et si la nature s^étoir avisée é'en faire un tsocsieme Corneille , ce derntec n'antoit pat moins bdilé que les deux autres i mais elle devoir être ce qu'elle a été , pour donner un neveu à ses Itères , dqfne héi ities de knt mérite et de leur gloire. »
Le judicieux La Bruyère , désignant P. Cor* neille , dans ses Caiactctes , dit : c< Il est simple et tiimde d'ane ennuyeuse conversation. Il prend un mot pour un autre , et il ne juge de la bonté de ses Pièces ^ que par l'argent qui lui en revknt* Il Ht sait pas les réciter , ni lire son écriture^ I#aisseas*le s^élcvcr par la composition i
fo VIE DE P. CORNEILLE.
il n'est pas ân^dessous d'Auguste, de Pompée ; de Nicornede ^ d'Héiaclius* II est Roi ^ et ua grand Roi. Il est Politique » il est Philosophe* U entreprend de faire parler des Hices , de les faire agir : il peint les Roihaîns ; ils sont plus grands et plus Ronvains dans ses vers que dans leur Histoire. )>
<c Corneille seroit fort au-dessus de tonales Tragiques de l'antiquité » s'il n'avoit été fort au-dessous de* lui dans quelques-unes de ses Pieees. ^1 est si adsik^ble dans les belles » qu^ti ne se laisse pas souffrir ailleurs médiocre* Ce qui n'est pas excellent en lui me semble inau* vais , moins pour être mal que pour n'avoir pas la perfection qu'il a su donner à d'autres choses. Ce n'est pas assez à Corneille de nous plaire lé« gérement i il est obligé de nous toucher. S'il ne ' xavit nos esprits , ils emploieront leurs lumières à connoltre avec dégoàt la différence qu'il y a de lui à lui-mcme* Il est peroiis à quelques Au^ teurs de nous émouvoir simplement. Ces émotions 9 inspirées par eux 9 sont de petites dim^ ceurs agréables , quand on ne cheschequ'à s'at* tendrir. Avec Corneille 9 nos a^nes se pré^axônc
VIE DE P. CORNEILLE, ji
à des transports^i et si elles ne sont pas enlevées , il laisse dans on état pltts difficHe i sou&it ^ue la langueur* Il est mal-aisé de charmer éternellement 9 je l'avoue : il est mal- aisé de tirer un esprit de sa situation quand il nous plaît , d'ienlever ane ame hors de son assiette j mais Corneille » pour l'avoir fait trop souvent » s^est imposé la loi de le faire toujours. Qu'il sup« prime ce qui n'est pas assez noble pour lui ^ il laissera à admirer des beautés qui ne lui sone communes avec personne.... Ce grand Maître du Théâtre , à qui les Romains sont plus redevables de la beMté de leurs sentimens qu'à lent esprit et à lent vertu i Corneille , qui se faisoit ssscz entendre sans le nommer , devient un homme commun ^ lorsqu'il s'exprime pour luimême. Il ose tout penser pour un Grec , ou pour un Romain. Un François ou un Espagnol diminue sa confiance » et quand il parle pour lui , eUe'se trouve tout à fhit ruinée. Il prête à ses vieux Héros tout ce qu'il a de noble dans l'imagination , et vous diriez qu'il se défend Tusage de son'* propre bien , comme s*if n*étoît pas digne de s*en' servii««.« Corneille est au^*
}i VIE DE P- CORNEILLEi
dessus des Afieiens : U ne dérobe rien de ce. quise passe $ il met en vue toute l'action » autant que le peut souffrir la bienséance , mais aussi donne«t*il au sentiment tout ce qu'il exige ^ conduisant la nature sans la gêner , ni i'aban* donner à elle-même. Il a ôté du Thcaue des Anciens ce qu'il y avoit de barbare : il a adouci rhorrenr de leur scène , par quelques tendresses d*amour judicieusement dispensées i mais il n'a pas eu moins de soin de conserver aux sujets tra* giques notre crainte et notre pitié , sans détour^ lier rame des véritables passions qu'elle y doit sentir à de petits soupirs ennuyeux , qui > poux être cent fois variés , sont toujours les mêmes, n Saint-£vremont> Œuvres mêlées \ tomt second , pages I X » 14 et S 1 1 édition de Londres ,
^ Corneille éroit ne pour porter la Tragédie ais comble de la ^perfection , et la nature sembloit avoir voulu montrer en sa personne jusqa'oà l'esprit kumain pouvoir s'élever. Il n'aimoit que le grand , et frappoit par la majesté de ses pen* sées. Ses Héros étoient plus que de einqrfei hommes* Chaque Nation agissait «hca lui sekHi le caractère que rHistoire lui donne. Dc$
VIE DE P. CORlî^ILLE. n
&tm^ même paclolent et pensoiciit noUcmeiik 4aas ses Tragédies. Des iauigues de politique y . occupoient la scène et en formoient le noeud , et * il les traitoit avec tant de pénétiation et de bon** sens ^ que le Spectateur croyoit être dans le ca« biact des Rois, n Le Pere Porée i Discours sur la Question si le Théâtre est une bonne école potuc les mœurs }
De tous les |i^emens portés sur P. Corneille» il n'en est point qui lui soit plus glorieux que celui de Racine , répondant , en qualité de* Di-* lecteur de TAcadéoiie Françoise » au Discourt de Réception de T. jCorneille » à la place jde soa frcre. Il dit ^ pour TAcadémie : « Elle a regardé la mort de M. Corneille comme an der plus rudes coups qui la put frapper» Car bien que p depuis un an , une longue maladie noue eftt privé de sa présence , et que noos eusstomr fetdu » en qudkjue sorte» TeaféiaBce delexe^ voij; jamais dans nos Assemblées » toutefois il vivoif , et TAcadcmie , dont il étoit le Doyen , ^Yoit au motus la consolation de vote dans U * liste où sont les noms de tous ceux qui la com'* posent f de voir^ 4is • je » immédiatement au*
54 VIB.DE P. CORNEILLE;
dessous du nom sacré de son auguste Pxoucteur»
le fameux nom de Coinellle. 5>
ce Et qui d'entre nous ne s'applaudiioit en lui* même » et ne lessentiroit pas. un seccet plaisic d'avoir pour Confrère un liomme de ce mérite i * Vous , Monsieur , ,qui non-seulement étiez son firere » mab qui avez côtini long tems une même . carrière avec lui , vous savez les. obligations que lui a notre Toésie , vous savez en quel état se trouvoit la scène Françoise lorsqu'il commença à travailler. Quel désordre 1 quelle irrégularité ! Uni gout» nulle connoissance des vériubJles beau* tés du Théâtre i les Auteurs aussi ignorans que les Spectateurs ; la plupart des sujets extravagans et dénués de vraisemblance 5 point de mœiirs p point de caractères i la diction encore plus vi* cieuse que l'action , et dont les pointes et de misérables jeux de mots faisoientle principal ornement I en un mot , toutes les règles de TArt , celles même cle rhonnéteté et de la bienséance » par-tout violées. 3> * ce Dans cette enfance , on , pour mteM dire , dans ce chaos du Poëme Dramatique parnii nous^ voue iUusue frère 9 après avoir quelque
tems
VIE DE F. CORNEILLE, jî
tems cherché le bon chemin , et lutté , si je Tose ainsi dire , contre le mauvais goût de son siècle ;
enfin » inspiré d'un génie extraordinaire t et aide
de la lecture des Anciens » fit voir sur la scène la raison , mais la raison accompagnée de toute la potxipe , de tous les ornemens dont notre Langue « est capable 9 accorda heureusement la vraisem«> blaxice et le merveilleux , et laissa bien loin der-riere lui tout ce qu'il avoit de rivaux , dont la plupart » désespérant de l'atteindre et n'osant plus enueprendie de lui disputer le prix , se bornèrent à combattre la voix publique^ déclarée pour lui 5 et essayèrent en ^ain ^ par leurs discours et par leurs frivoles criti4ues , de rabaisser un mérite qu'ils ne pouvoicxit égaler, )>
ce La scène retentit encore des acclamations qu^exciterent à leur naissance le Cid » Horace » Cînaa , Pompée » tous ces chef-d'œuvres représentés depuis sur tant de Théâtres » en tant de Is^angues » et qui vivront à jamais dans la bouehe des hommes» A dire le vrai » où trouvera*t-on un Foëte qui ait possédé à la fois tant de grands talens , tant d'excellentes parties , Tart » la force » le jt^geoient » Tespât l QueUc noblesse , quelle
jtf VIE DE P. CORNEILLE. .
économie dans lea s»|ets ! quelle vchémenco dans les passiojw l queUe gravite dans les sentir tnens! qucUe dignité , et en même tcms queUç prodigieuse variété dans les-catactetes i Combien de Rois . de Princes , de Héros de toutes les Nations , nous a-t-il représentés , toujours tels qu'ils doivent eue . toujours uniformes avea » eux-mêmes , et jamais ne se ressemblant les uns aux taties î Parmi tout cela , une magnificence d'expression proportionnée aux Maîtres du monde qu'il fait souvent parler , capable néanmoins de .s'abaisser quand il veut , et de descendre jusqu'uix pins simples naïvetés du Comique , oii il «st encore inimiublc. Enfin , ce qui l»i est sur-tout particulier , une ceiuine force , i»« xatàme élévation , qui surprend , qui enlev« , ftt qui xei|d jusqu'à ses défauts , si on lui en peut icprocher quelques-uns , plus estimables que les vertus des autres ; personnage véritablement né pont la gloice de son } comparable • je ne dis pas à tout ce que l'ancienne Rome a eu d'excellcns Tragiques , puisqu'elle confosse eUe- .même qu'en ce genre elle n'a pas été fort heu- .teose i mais am Escbyles , aux Sophodes^ aux
£uripides^ dont la fameuse Athènes ne s'honora pas moins qae dtB Thémistodes » des Përiclès g des Alcibiades qui nvoient en même tema qu'eux.
ce Oui 9 Monsieur , que l'ignorance rabaisse tant qu'elle voudra rEloquence et la Poésie > et " traite les habiles Écrivains de gens inutiles dans les Etats » nous ne craindrons point de dire > à l'avantage des Lettres et Ae ce Cor^s fameux dont vous faites maintenant partie » dn moment que des esprits sublimes , passant de bien loin les bornes communes, se distinguent » s'immor* taUsent par des chef-d'oetmes , comme cens do M. votre frère , quelque étrange inégalité que » durant leur vie , la fortune mette enue eux et les plus grands Héros » après leur mort cette di£Fé« rencc cesse. La postérité qui se plaSt » qui s'ins« truit dans les Ouvrages qu'ils lui ont laissés , ne fait point de difficulté de les égaler à tout ce qu'il y a de plus considérable parmi les hommes ^ fait marches de pair rexceUent Tocte et le grand Capitaine» Le même siècle qui se glori^e aujourd'hui d'avoir produit Auguste » ne se gIo« rifie gueies oioins d'tvoir produit Horace et Vir*
gUe. Ainsi , lorsque dans les âges sulvans on parlera avee étonnement des victoires prodi«
gieuses et de toutes les grandes choses qui ren*
diont notre siècle Tadmiration de tous les biccles à venir » Corneille » n'en doutons point , Corneille tiendra sa place parmi toutes ces merveilles.
La Fiance se souviendra , avec plaisir » que sous le règne du plus grand de ses Rois a fleuri le
plus grand de ses Poètes. On croira même ajoa* ter qttel4ue chose à la gloire de notre Auguste Monarque , lorsqu'on dira qu'il a estimé» qu'il a honoré de ses bienfaits cet excellent génie ; , que même deux |oars avant sa mort » et lorsqu'il ne lui rcstoit plus qu'un rayon de connoissance > il lui envoya encore des marques de sa libéralité » et qu'enfin 1er dernières paroles de Corneille ont été des remerciemens pour Louis le Grand. »
n Voilà , Monsieur » comme la postérité parlera de votre illustre frère 9 voilà une partie des exceUenies qualités qui l'ont fiut connottrc à toute l'Europe. Il en avoir d'autres qui , bien que moins éclatantes aux yeux du Public t ne sont peut-être pas moins dignes de nos louanges ;
jft veux dire homme de probité et de piété » bon
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pere de famille , bon paient » bon ami. Vous le savez y vous qui avez toujours été uni avec lui é^Uûc amitié qu*aiicm intérêt » non pas même aucune émulation pous la gloire , n'a pu altérer. Mais ce qui nous touche déplus près ^ c'est qu'il* étoit encore un très-bon Académicien. Il aimoir» il cultivoit nos ezerdces. Il y apportoit sur-tont cet esprit de douceur , d'égalité » de déférence même , si nécessaire pour entretenir Tunion dans les compagnies» LVt*on f antais vtr vouloir ^ ti rer ici aucun avantage des applaudissemens qu*il lecevoit dans le Public? Au contraire » après avoir paru en Maître , et, pour ainsi dire , régné sur la scène , û venoit , disciple docile , chet^ cher à s'instruire dans nos Assemblées , laissoit » pour me servir de ses propres termes ^ Ulssoit ses lauriers i la porte de rAc^mie , tonfduts prêt à soumettre son opinion à l'avis d'autrui , et » de tous tant que nous sommes ^ le plus modeste à parler , à prononcer , je dis même sur des ma<* tteres de Poésie. » ^
% a Vous auriez pu bien mieux que moi » Mon sieur » lui rendre ici les justes honneurs qu^i mérite , si vous n'cttssic» peut-être appréhendé ^ *
Diij
4<i VIE DE P. CORNEILLEv
avec raison , qu'en faisant T^logc d'nn fîrere » avec qui vous avez d'ailleurs tant de conformiu» il ne semblât que vous faisiez votre propre clogc* C'est cette conformité que nous avons tous eue en vue » lorsque tout d'une voix , nous vous avons appelle pour remplir sa place » persuadés que nous sommes que nous retrouverons en vous non-seulement son nom > son même esprit > son même enthousiasme ; mais encore sa même modestie » sa même vertu ^ son même zele pour l'Académie. »
P. Corneille mourut le premier Octobre 1^84^ âgé de soixante et dix-hutt ans » Doyen de l' Académie Françoise » où il avoit été reçu le xx Jan* vier 1 647 9 à la place de Maynard. Comme il ^toit d'usage que le Directeur Trimestrier de cette Compagnie fit les frais d'un service pour ceux de ses Membres qui mouroient pendant le Trimestre > il y eut un combat de générosité entre Racine et l'Abbi de Lavau » pour le service de P» Corneille , parce qu'il paroissoit incertain sous le Directorat duquel il étoitmort. Le juge<* ment de cette singulière contestation fut remis i l'Académie^ qui décida faveur de i'Abbd
de Lavau. C*cst d'après cela que Bcnseradc disoit à Racine : €( Si quelqu'un pouTOtt prétendre » à l'honnear d^enterrer Corneille » c'étoit vx>us : 3» vous ne Tavez pourtant pas fait. Ce qui pouvoit alors ne paroitre qu'un jeu de mots 9 est de« venn , dans la suite , une vérité de tous les terns*
Louis XIY eut toujours beaucoup d'estime pour P. Corneille » et il lui en donna ^ de très*» bonne heure » des marques signalées. Il lui écrivit » de sa main » la lettre suivante ^ pour le charger de composer les vers des inscriptions qu'il vouloir que Ton itttt an bas des figures de Valdor ^ représentant les faits les plus mémo-^ rables du règne de Louis XIII.
ce Monsieur de Corneille , comme je n'ai point de vie plus illustre à imiter que celle du feu Roi » mon très*honoré Seigneur et Pere > je n'ai point aussi un plus grand désir que de voir en un abrégé ses glorieuses actions dignement représentées j ni un plus grand soin que d'y faire travailler promptement 9 et comme j'ai cru que pour rendre cet ouvrage parfait » je devois vous en laisser l'expression » et i Valdor les dessins p
et que j'ai vu > pac ce qu'il a fait » que son inven^ tion'aToit répondu à mon attente , je juge» pac ce que tous avez accoutumé de faire , que voua réussirez en cette entreprise » et que » pour éterniser la mémoire de votre Roi » vous prendrez plaisir d'éterniser le zele que vous avez pour sa gloire. C'est ce qui m'a obligé de vous laire cette lettre » par Tavis de la Reine Régente » Madame ma Mere , et de vous assurer que vous ne sauriez me donner des preuves de votre affection» pltfis agréabl'és que celles que J'en attends sur ce sujet. Cependant je prie Dieu qu'il vous ait » Monsieur de Corneille , en sa sainte garde. Ecrit à Fontatiiebleau , ce 14 Octobre 1^45 • Signé 9 Louis i et plus bas , deGuénégaud. »
Le Pcre Tourncmine » dans sa dcfinsc du grand Corneille , le venge des Epigrammcs de Roileau et des notes de son Commentateur Srossette :
il y détruit aussi rerreur qui s'étoit répandue quelque tems » que la pension de Corneille sur Te Trésor Royal avoit été supprimée après la disgrâce de M. Fcfuquet , et , ensuite , rétablie ^ à la sollicitation du Poëte satyrique. <c Qui parle de Corneille^ dit- il , comme d'un homme intc-
VIE DE r. CORNEILLE. 4,.
ressë » moins avide de gloire que de gain j Cor« nleille» qu'on sait avoir porté l'indifférence pour l'argent jasqn'i une insensibilité blâmable 1 qui n'a jamais tiré de ses Pièces que ce que les Comédiens lui donnoient , sans compter avec eux ;
qni laissa passer un an sans remercier M. Colbert du rétablissement de sa pension i qui a vécu sans dépense et mourut sans biens : Corneille » nui a eu le cœnr anssi grand que l'esprit ^ les sentimens aossi nobles que les idées. Despréaiut a 9 si on en croit son Commentateur » réparé sea critiques indiscrettes par un beau trait de gêné** rosité envers Corneille 1 il fit rétablir sa pension supprimée. Ce fait, allégué déjà dans la vie de Pespréaux> avoit été convaincu de faux dans nos Mémoires 3 on se flatte ici de le rétablir ^ en changeant les circonstances. 1»
ccCe n'est plus après la mort de M. Fouquet 1 ce n'est plus par M. Colbcrt que la pension a été supprimée : c'est , dit le Commentateur , après la mort de M. Colbert » par M. de Louvois. En vain réforme-t-on la fable : on ne peut en faire une vérité. A une fiction grossière, on en substitue une mieux concertée s mais c'est toujoiui
une fiction. La pension de Cotneille ne fut point letxancbée par M. de Louvois , après la. mon de M. Colbeit : on défie de donner Ja moindre preuve de ce fait. Ainsi Boileau n'a pas été dans Toecasion de jouer le rôle généreux qu'on lui attcibue , de courir chez Madame de Montespan j dé parier au Roi avec chaleur.
Pour les deux cents louis envoyés par le Roi aa grand Corneille ^ peu de jours avant sa mort » le fait est vrai. Le Roi sut du Pcre La Cliaise que l'argent manquoit à cet illustre malade^ fort éloigné de thésanriser » et Sa Majesté lui envoya deux cents louis. Je ne nie pas qu'ils aient pu eue portés par La Chapelle » parent de Boileau ^ et homme illustre : le reste de la fable est mal imaginé. Despréaux ne put employer le crédit de Madame de Montespan , qui n'en avoir au* cun 9 depuis quelques années. Despréaux n'a donc point eu de part à cette libéralité de Louis le Grand » et on lui fait un faux hofineur de cette intercession ; on lui fait un faux lionneuc du rétablissement de la pension de Corneille^ Quand la pension fut supprimée , apris la dis^ grâce de M. f onquet » Boileau % renfermé dana
la cour du Palais , ne paroissoit pas à Versailles. M. Colbert » plus Mécène que le fkTori d*An^ guste t ne tarda pas k la rétablir. Corneille ( comme je l'ai dit ) laissa passer un an sans de* mander le brevet et sans remercier. Je le sais de rAbbé Gallois ^ à qui le Ministre en* avoir fait des reproches , et qui conduisit Corneille à l'Hôtel Colbert. La pension n'a pas été supprimée après la mort de M. Colbert. M. l'Abbé de LottTois » jalout de la gloire de M. ton pere » tira du Trésor-Royal des preuves qu'elle avoir été exactement payée. >•
ce II est nécessaire de prévenir le Public sur d'autres malignes impressions que le Commen** tateur de Despréaux a re(ues dans ses conTcrMtions avec le Poëte satyiique> et fait passer dans ses notes. Les esprits les plus droits sont séduits par ane relation infidelle 9 nous entravons un exemple dans l'Editeur de Pelisson. Tome prc* mier » page 11^ » édition de 17)5 , il rapporte » sur Tautorité du Commentateur de Despréaux , que Corneille dédia Cinna à Monuuron » célèbre Financier ^ protecteur libéral^t éclalié des Belles^Lettrcs » et très-digne de leurs bomma-
ges 9 paccc qu'il paya plus chec TEpitie dédica«« toire» que le Cardinal Mazaiin à c]ui elle écuic destinée. La preuve ,sans réplique , de la fmas<» seté de cette maligne imputation » est dans ce beau xemercicment de Corneille au Cardinal
»Nontu n*espointingrate, ^6 Maîtresse du mondcl &e*
Ce Poète reconnoissant dit au Cardinal Mazarin, que ce Ministre Ta prévenu par ses bienfaits »
qu'il n'avoit pas demandés » qu'il n'attendoit pas» »
5^ Tes dons ont devancé même mon espérance, » Et ton cceur généreux m*a surpris d'un bienfait » Qui ne m*a pas coûté seulement un souha^.
Corneille s^est peint lui-même dans ces six vers I qu^il envoya à Pelisson » vingt ans après les avoir faits » en l'assurant qu'il n'avcit guercs changé depuis.
ce En matieie d*amour je suis fort inégal;
9> l*en écris assez bien y et le fais assez mah
5ï J'ai la plume féconde et la bouche stérile :
» Bon galant au Théâtre , et fort mauvais en ville ;
r> £t Ton peut rarement m*écoater sans ennui ,
» Que ^uand je me produis par la bouche d^aucruî. »
On
Digitizcû by Cjcjo^Ic
On a fait un nombre immense de paialleltt de CometUe et de Racine : on cherche encore souvent 9 de nos jours» à en ëublir un, et les dissertations sur cette matière se sont multipliées à rinfini. Il n'est presque pas d'Ecrivains qui n'aient loué Corneille , soit à dessein on par occasion* Son Ëloge a été proposé et couronné par des Sociétés littéraires et savantes. On lui a . lérigé des statues» On a célébré son apotliéose sur le premier Théatte de la Nation , et cenx des principales Villes du Royaume se sont empressés d'imiter cet exemple. Il a été fait une quantité innombrable d'éditions deses(EEuvres complet tes ^t de ses Chef-d'œuvres en particulier , chez nous ^ chez toutes les Nations et dans toutes les Langues , où il a unanimement obtenu le surnom de Grand $ le plus beau génie , le plus universel du siècle dernier et du nôtre » TEcri* vain qui dans l'Art de la Tragédie s'est le plus rapproché de Corneille » a cru s'honorer et ajouter à la gloire de ce grand Homme en se disant son Editeur , son Commentateur , et en devenant l'appui de sa famille.
M. Gaillard » dans son Eloge de Corneille ,
couronné à 1* Académie de Rouen ^ son conçut^ itnt anonyme , qui a obtenu racccssit du prix 4onncpar le dernier Maréchal Duc de Harcourt, Gouverneur de la Province , et M. de l'Isle de Sales , dans son Histoire de la Tragédie , comparent P. Corneille à Descartes, et observant que le Poète opéra sur son siècle une plus grande xévolution que le Philosophe. L'un des deux fie pour la vertu ce que Tautre entreprit pour la raison : ils donnèrent tous les deux Tclan à leur siècle j mais Corneille en créa la Politique et la Littérature. Corneille influa donc lui seul sur son siècle , plus que le Monarque duquel ce siècle prit le nom, et que tous les grands Hommes qu'il produisit ensuite , dans tous les genres ; aussi l'Anglois Waler disoit-il : ce On sait écrire an et parler en France i mais il n'y a queCor- Bp neille qui sache penser, u
Si l'on vouloit réunir tout ce qui a été écrit d^intécessant par les meilleurs Auteurs du siècle -passé et de celui-ci, sur V. Corneille , on feroit plusieurs volumes fort gros , mais on ne feroit lien pour sa gloire f si univetsellement reconnue» et gén^alemcnt et si constamment établie. Nous
nous bornerons à ce que nous avons rapporté* Ce n'est qu'en vcjznt représenter , ou en lisant les Chef-d'œavres de Corneille , que Toit peut véritablement sentir ce qu'il vaut , sur-tout, relativement \ son siècle. Quelque usage qu'il ait fait de la connoissance des Auteurs Latins et Espagnols » l'emploi de ses larcins n'altère en rien la vérité de ce vers de V Excuse à An$u :
ce Je ne dois qu*à moi seul tojate ma renommée ; ^
vers qui révolta les envieux de Corneille » parce qu'il y peint avec autant de candeur que de fran-» chise et de noblesse son caractère et celui de ses Ouvrages. On lui a appliqué , dans la suite ^ après ses belles Tragédies Romaines ^ ce vers de Scrtorius à Pompée :
tf Rome n'est plus dans Rome^ eUe est toute ou je suis, »
et il 7 a encore une infinité d'autres vers dans ses Pièces , qui peignent admirablement ses Héros ^ et qui ne lui conviendroient pas moins bien à lui-même.
Voulant être utile à ses contemporains et à ses successeurs par ses exemples et par des préceptes^ il a composé trois exceUens Discours en prose j,
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yo VIE DE p. CORNEILLE.
sur Vutiliti et Us parties du Poème Dramatique ; sur les moyens de traiter la Tragédie , selon le vraisemblable et le nécessaire ; sur les trois unités action , de jour et de lieu ; et il a fait suivre presque toutes SCS Pièces par des Examens critiques qui renferment les plus sévères et les plus judicieux principes.
Outre sa traduction des quatre Livres de VImi* ration de Jésus , en vers François, Corneille a donné aussi celle de cinquante Pseaumes , de quatrt^ Cantiques , de la Louange de la Vierge , par S aini'Bonnaventure , et de l'Office du Àlartyr Siiint- Victor,
Nous devons à M. de la Place cette Epitaphc de Corneille.
ce Ci-gît le créateur du Théâtre François ,
Dont un grand Homme (i) et Tlntrigue et TEnvic , 5> Qu*humilioicnt l'essor de son gcnie , « Tentèrent vainement d'obscurcir les succès ; « Qui dans sa simple et noble indépendance , r> Avec le coeur aussi grand que l'esprit , a-) Sans orgueil > sans mandge , en illustrant la France , « Ne dut qu'à ses travaux la gloire qu'il acquit ; « Et, toujours distingué de la classe commune , >ï Qui vécut sans dépense, et mourut sans fortune. •»>
(i) U fcardinal de Richelieu: