DES PIECES
, ' on les Tattsses Lettres , Comédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. de Lian« court, avec un Avis au Lecteur; représentée en i^if 9 et imprimée 9 pour la première fois , à Paris » en itfj } » îft*4« chez François Targa.
Tircis , qui n'aime point et croit pouvoir ne jamais aimer » se moque d'Erastc son ami » qui lui raconte sa passion pour Métite, et l'assure que toute son indifférence seroit bientôt détruite par la seule vue de cette belle personne. Tirds accepte le défi» est conduit che% Mélite ce ccdc, en effet, à ses charmes.^ Il se déclare , et cause de la jalousie i Eraste 9 qui ne croyoit pas le persuader si bien. Voulant se venger , et fiiire passer Mélite pour coquette > il contrefait des Lettres d'elle, tt les adresse i Philandref ami de Tircis, et amant de
sa soeur , Cloris , qu'il abandonne pour se livrer aux
avances qu'il croit avoir reçues de Mélite, et dont il
Eilj
t% CATALOGUE DES PIECES
lait part aussi-tôt à Ticcîs t en lui icmetunt mcme ces fausses Lettres. Ce dernier les renvoie à Mélite » et lui fait annoncer que son in&delité lui cause la mort. Une telle nouvelle la met dans le plus grand désespoir , et dans un danger rccl. On dit à Eiaste qu'il n'a plus ni nuiîcresse > ni rivai. Il perd l'esprit » et semble agité par les furies; et prenant Philandre pour Minos, il lui avoue que ces fatales Letues sont fausses. Philandre est confondu. Mais Mélite, qui n*est point morte, apprend que la prdtendue mort de Tircis n'ctoit qu'une feinte pour l'éprouver. Les deux amans se réunissent et s'épousent» Erastc s'attache à CIoris> et le
crédule Philandre est sacrifié.
Tel est le canevas de cette pièce, te dont Corneille reprend lui-même les défauts dans l'Examen qui la suie. L*unité d'action est la seule qui y soit observée. Corneille dit n'en être redevable qu'au seul sens commun qui le guidoit. Le sens commun avoit.été extrc- 'mement rare jusqu'alors; et ce qmi ne Tétoit pas moins , c'étoit un certain ton de décence qui règne dans cette Comédie. Dlctiomnice drairuitlque • tome second t page 11}.
ce Corneille n'eut besoin que de la pureté de son
cœur j pour rappellcr d'abord la scène aux loix de la bienséance , poiit la purger de ces £imiliarités , de ces transports trop libres , de ces embrasscmens , de ces caresses qu'un siècle grossier avoir presque exigés en ememêns de théâtre , sous prétexte de vérité. Au-lieu de cette vérité choquante , et qui n'ctoit bonne qu'à
(upprinur | il en introduisit une autre dont oo avoir
DE P. CORNEILLE. ,j
beioin , et qai forma dans la suite la bonne Comédie t
il produisit sur la sccne la conversation des honnêtes gens. La Coioédie jusqties-Ià n'avoit rien imité. On avoit pour toute souicc de corriique quelques personnages bas et burlesques 9 des Jodeieu , des Capitans t des Valets \vtt$ ou stupides , qui outroient tout , et ne peignoient rien. Corneille supprinu tous ces mons^ très insipides -, il instruisit la Comédie à retracer nos passions t nos ridicules, notre langage; et le germe de toutes ces réformes est dans cette Méîite si impar^'
faite , dont il nous a depuis autorisés à rougir pour lui i iDais qui est aussi supérieure à la meilleure fitcp de Hardy , que Tartufe ou ïe Misanthrope est supérieuf i Melite. » Éloge de P. Corneille » par M. Gaillard t page 24 €t
On a vu dans ia vie de Corneille, par Fontcnellc, ce qui donna Ueù à cette Comédie, ce La Demoiselle qui en avoit fiiit naître le sujet , porta long-tems dane Kouen le surnom glorieux de Milite , et se vit ainsi dis-lots associée à toutes les louanges que reçut sea illustre amant. »
ce Le Public ce rendit pas d'abord i cette pièce toute la iustice qu'elle médt^é tt fiBut plusieurs re* présentations pour lui faire sentir la supériorité qu'elle fnontroit sur toutes celles qui TaToient précédées/ Mais Hardy , qui droit l'Auteur bannal du Théâtre , et qui partageoit avec les Comédiens le produit de toutes les pièces , mSme de celles c|u*il n'avoir pair composées , dlsoit à ceux qui lui apportoicnc par^ des représentations d^ lAiïivaiBQBMfàKc! imi»cJiiK€f
parce que cette part s*augmentoit de jour en four, n» Parfalct, histoire du Thc^atre François, tomequatricinCy page 461 , et Anecdotes dramatiques t tome premier »
page 559-
c« Le succès de MdUe devint si prodigieux > que , dès ce coup d'essai 9 l'on reconnut l'excellent génie de ce nouvel Auteur» et l'on jugea ^\x'ïi alloit remettre la Comédie en crédit. Le concours y fut en effet si grand , que les Comddicns qui avoicnt été" réduits encore une fois» faute de spect^:eurst au seul Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne , se séparèrent de nouveau 9 et établirent la Troupe du Marais du Temple. Histoire de la Ville de Patist liv. dix-neuvieme.
ce Avant cette époque, disent les mêmes Historiens, les pièces de Théâtre de nos premiers Poètes commencèrent à vieillir , et leurs représentations froides, et languissantes » n'ayant plus cet air de nouveauté qui ne charme qu^autant qu'il surprend « ne donnoient plus aucun plaisir. Les Comédiens voulurent suppléer à ce. défiiut par de mauvaises farces» le plus souvene insipides , ou remplies d*obscénité ; mais il n'y eut que le bas peuple » ou tout au plus quelques liber* tins qui s'accommodèrent de ce specude ridicule» si indigne du Théâtre François. Cette licence étoit parvenue i un tel point , que le Magistrat fut obligé d'y mettre la main ; ainsi la Comédie tomba dans un fort grand mépris. Les choses étolent dans cet éut , et le Théâtre presque abandonné » lorsque P. Corneille fit paroître sur la scène sa Mélite, 5> Fontcnclle , dans son Kistoirc du Théâtre Ftançoit , :Qoute 1 cette
DE P. CORNEILLE. ff
ctiue de décadence , la vieillase de Hardy et sa mott prochaine, qui alhit , dit -il» hientât faire mê gramdë hreche uu Théatrt, quand Conseille donna AUlite.
ce U n^avoit que dix-neuf iSo^i et elle se sentoit en* core beaucoup du ton des pmmiers Poètes \ quelques pensées libres et de firéquens baisers faisoienc la plus grande partie du Comique. Corneille rdfornia , dans ' la seconde Edition » toutes ces indécences > et en corrigea aussi le style et la Tetsification. 9 Xoly , éditioa de P* Comeilic , in-ia , 1747»
Clitandre , ou rinnocence délmëe > Tiagcdie , précédée d'une Préface et d'un Argument, et dédiée au Duc de Longueville i représentée et imprimée , pour la première fois » à Paris »
en 16^%, ^ in-S. chez François Targa*
ce Un voyage que je fis à Paris, dit Corneille, dans r£xanien de Clitandre, pour voit le succès de Mélite, m'apprit qu'elle n'étoit pas dans les vingt-quatre heures. C'étoit l'unique règle que l'on connût en ce temslà« rentendis que ceux du métier h bllbioient de peu * d'effet , et de ce que le style en étoit trop familier. Pour la justifier contre cette censure par une espèce de bra«» ▼ade , et montrer que ce genre de Pièces avoit les vraies beautés de Théâtre, j'entrepris d'en faire une rcguliste, c'est-à-dire» dans ces vingt-quatre heures, pleine d'incidens , et d'un style plus élevé , mais qui ne vaudroit tien du teut> en quoi je réussis parfait^mçsuw .
!•€ style en est véritablement plus fort que celui de
l'autre -, mais c'est tout ce qu'on y peut trouver de supporuble. Il est mêlé de pointes » comme dans cette prenûere ; mais ce n'écoit pas alors un si grand vice dans le choix des pensées, que la sccnc en dût être entièrement purgée* Pour la constitution » elle est si désordonnée , que vous avez peine à deviner qui sont les premiers Acteurs, Rosidor ( favori d' Alcandre , Roi d'Ecosse ] et CaGste , ( maîtresse de Rosidor et de Clitandrc , favori du Prince Floridor , fils du Roi Alcandre ) sont ceux qui le parolssent le plus par Ta* vantage de leur caractère et de leur amour mutuel > mais leur action ânit dès le premier acte avec leur pérît ; et ce qu'ils disent au troisième et au cinquième» ne fait que montrer leur visage , attendant que les autres achèvent. Pymante et Dorise ( Pymante est amoureux , mais dédaigne de Dorise ) y ont le plus grand emploi > mais ce ne sont que deux criminels qui cherchent à éviter la punition de leurs crimes , et dont mcme le premier en attente de plus grands, pour mettre à couvert les autres* Clttandre ^ autour duquel semble tourner le noeud de la Pièce , puisque les premières actions vont à le faire coupable , et les dernières à le justifier > n*est peut-être qu'un Héros bien ennuyeux» qui n'est introduit que pour déclamer en prison Y et ne parie pas même i cette maîtresse , ( Caliste) dont les dédains servent de couleur à le faire passer pour criminel. Tout le cinquième Aae ian^it » comme celui de M/Ute , après la conclusion des épl« sodés, et n'a rien de surprenant, puisque des le qua-
Oigitized by Gopgle
ttieme on derlne tout ce qui doit y arriver , honnis
le naaiiagc de Clitandre avec Dorisc, qui est encore pins "étrange que celui d'£raste ( avec Ciorîs dans M/^ lue ] y et dont on n'a garde de se ddficr. Le Boi et le Prince son âls y paroissent dans un emploi fort au-dessous de leur dignité. L'un n*y est que comme
juge , et l'autre comme confident de son favori*...». Les monologues sont trop longs et trop frdquens en .cette pièce. C'ctoit une beauté en ce tcms-là ; les Comédiens les soubaitoient , et croy oient y paroitre avec t^lus d'avantage...,. Pour le Heu, il a encore plus d'étendue» ou si vous voulcx soufFrir ce mot, plus de libertinage que dans Mélut. Il cortiprend un Château d'un Boi , avec une for6t voisine , comme pourroit être celui de S. Germain , et est bien dioign(^ de l'exactitude que les sévères critiques y demandent.
Ces fragmens de Tcxamen rigoureux que Corneille fit de Clitandre , tiendront lieu d'un extrait de cette^ Pièce > qu'il seroit fort difficile de faire connoîtrc , tant le sujet est compliqué et surchargé d*incidens* Nous rapporterions mSme en entier le très-long Argur- Vient qu'en donna Corneille , que l'on aucoic bien de la peine encore à en sentir l'intention > et à en suivre la marche.
CUundre n'eut d'abord que le titre de Tragi-Comédie , et ce ne fut que dans l'édition in-folio que Corneille donna de ses œuvres en 1663 , qu'il intitula cette pièce Tragédie 9 après y avoir foit de grands
changcmens , et en avoir retranché ce qu'il y avoit
de trop libre » particuUéreme^t une scène dans laquelle
f8 CATALOGUE DES PIECES
Calliste venoit trouver Rosidor au Ut. a II est vrai , «lit
Fontcnelle, ( seconde Vie de P. Corneille ) que ces deux anians dévoient être bientôt marids > mais un honnête spectateur n'a que faire des préludes de leur mariage.... Depuis Clitandre , tout ce qui reste, dans les ouvrages de P. Corneiilè » de Tancien excès de £anûliarité dont les amans dtoient ensemble sur le Théâtre , c'est le tutoiement, qui ne choque pas les boi)ne$mœurs, maisqui choque la politesse et la vraie galanterie. Il Êiut que la ^ fanûliarit(^ que l'on a avec ce qu'on aime soit tou* jours respectueuse; mais^ aussi il est quelquefois per« mis au respect d'être un peu familier. On se tutoyoit dans le Tragique même aussi-bien que dans le Comi* que y et cet usage ne finit que dans VHerace de Cor» neille 9 ^où Curiace et Camille le pratiquent encore. Naturellement le Comique a dû pousser cela un peu loin -y et à son égard le tutoiement n'expire que dans U Menteur, )>
Parmi les nombreux moyens qu'emploie Corneille pour produire de l'effet dans cette pièce, il y en a un assex singulier. Pymante , tête-â-tête avec Dorise , dont il n'a pu vaincre les rigueurs , veut user de vio* lence : elle tire une aiguille de ses cheveux , avec laquelle elle lui crevé un œîl et s'enfuit. Pymante , resté «eul , adresse les vers suivans à cette aiguille :
« O toi , qui secondant son courage inhumain ,
^-y Loin d'orner ses cheveux, déshonores sa maio^ Exécrable instrument de sa brutale, rage , Tu devois pout Is uioic5 rwpcctci son image !
DE P. COilNEILLE. f,'
^Ce portrait accompli d'un chef-d'ceuvre dcs-Cieuz ^ Imprimé dans mon coeur, exprimé dans mes yeux,
if
Quoi que te commandât une ame si cruelle » .
» Devoir £tre adoré de ta pointe rebelle» s»
« In lisant cette longue apostrophe à une aiguille , 4 dit Joiy , édition de P. Corneille, in-ia, 1747, ) on .est tenté de penser que c'est de là, peut«6tre, gu'ese
'né le proverbe : Discourir sur la pointe d'un.e aiguille,
dont on se sert communément , pour dire : parler long-tems sur un sujet frivole. Nous soumettons cette conjecture aux lumières des savans à qui il appactieut de décider si Torigine du proverbe n*est pas plus ancienne que la Pièce de Corneille» »
jLa Veuve , ou le Traître trahi » Comédie m cinq actes ^ en vers , précédée d'un Argument » d'un Avis au Lecteur et de plusieurs pièces de vers k la louange dé 1^ Auteur 5 dédiée à Madame de La Maisoafort , et représentée en 1^33 1 im« primée , pour la première fois » à Paris » en 1 6^4^ in- S. chez François Taïga •
Voici l'argument » par Corneille lui-*m6me.
c( Alcidon , amoureux de Ciarice » veuve d' Alcandre et maitresse de Philiste 9 son particulier ami > de peur qu'il ne s'en apperçût , feint d'aimer sa sœur Doris, qui , ne s 'abusant point par les caresses , consent au mariage de Florange que sa mcre lui propose* Le faux
tfo CATALOGUE DES PIECES
ami > sous prétexte de se venger de Taffront que lui faisoit ce mariage , fait coinscntii: Cclidan à enlcvct Clarice en sa faveur, et ils ia mènent ensemble à un Château de Célidan. rhiliste , abusé des faux ressentimens de son ami , fait rompre le marUge de Florange î sur quoi Cclidan conjure Alcîdon de reprendre Doris , et rendre Clarice à son anunt. Ne s'y pouvant résoudre , il soupçonne quelque fourbe de sa part, et fait si bien qu'il tire les vers du ncx à la Nourrice de Clarice , qui avoît toufours eu une intelligence avec Alcidon, et lui avoir même facilité l'enlèvement de sa maîtresse ; ce qui le porte à quitter le parti de ce perfide, de sorte que ramenant Clarice à PhiUste» il obtient de lui , en récompense , sa sœur Doris. î>
Ci Cette Comédie n'est pas plus régulière que M/litej dit Corneille (dans l'Examen de la Veuve), en ce qui regarde l'unité de lieu , et a le m6me défaut au cinquième Acte qui se passe en complimens pour ▼enit à la conclusion d'un amour épisodique» avec cette différence toutefois que le mariage de Cétidan avec Doris a plus de justesse dans celle-ci que celui d'Eraste avec Cloris dans l'autre. Elle a quelque chose de mieux ordonné pour le tems en général , qui n*es« pas si vague que dans MélUe, et a ses intervalles mieux proportionnés par cinq jours consécutif* C'étoit un .tempérament que je croyois lors fort raisonnable entrjs la rigueur des vingt-quaue heures « et cette éten^ due libertine , qui n'avoit aucunes bornes. Mais die a ce défaut dans le particulier de la durée de chaque