SCENE V
L'INFANT£> seule.
J V s T I ciel ! d'où f attends mon remède t
Mets enfin quelque barnc au mal qui me poçsedc >
Assure mon repos , assure mon honneur \
Dans le bonheur d^autruî ^ cherche mon bonheur:
Cet hymdnde à trois dgalcment importe s
Rends son effet plus prompt , ou mon ame plus forte* .
D*un lien conjugal joindre ces deux amans,
C*est briser tous mes fers , et finir mes tourmens..*» Mais |e urde un peu trop ; allons trouver Chimene » *
£t par sou entretien soulager notre peine.
( Elle son. l
TRAGÉDIE. Il SCENE VI.
lE COMTE, D. DlEGVRf
Le C o m t s.
£!h»xn tous l'emportez , et la faveur du Rot Vous élève en un rang qui n'étoit dû qu'à moi j U vous fait Ocavemeur Au Ptince de Ca8dDe.v
Cette marque d^honneur qu'il met dans ma famille , Montre à tous qu^l est juste, et fait connoitre a$sc* Qu*ii sait récompenser les services passés.
L ï Comte.
Pour grands que soient les aois , lis sont ce que noui sommes:
Ils peuvent se tromper conunc les autres hommes: Et ce choix sert de preuve i tous les courtisans , Qu'ils savent mal payer les services présens.
Ke parlons plus d'un choix dont votre esprit s'irtîtej La faveur l'a pu faire autant que le mérite > Mais on doit ce respect au pouvoir absolu , De n'examiner rien , quand un Koi i*a voulu.
A Thonneur qu'il m'a fait , ajoutez-en un autrei Joignons , d'un sacré nœud , ma maison i la vôtre.
Rodrigue aime Chimene , et ce digne sujet X>c ses affections est le plus cher objet i Consentez-y» tdonsieur, ét l'acceptez poux gendre^
itf LE C I D,
Lb Comtb.
A de plus hauts partis Rodrigue doit prétendre î Et le nouvel éclat de votre dignité Lui doit enfler le coeur d'uiie autre vanité. £xercez-la , Monsieur , et gouverneL le Prince i Montrez-lui comme il faut ré^r une Province , Faire trembler , par-tout , les peuples sous sa loi »
Kemplir les bons d'amour > et les méchans d'effroi*
Joignez à ces vertus celles d'un capitaine :
Montrczrlui comme il faut s'endurcir à la peine » Dans le métier de Mars se rendre sans égal % Passer les jours entiers et les nuits à cheval» Keposer tour armé » forcer une muraille , Et ne devoir qu'à soi le gain*d*une bataille. Instruiscz-le d^cxcmplc , et vous ressouvenez Qu'il faut faire à ses yeux ce que vous enseignez.
Pour s'instruire d'exemple , en dcpit de l'enviCy Il lira seulement T Jiistoire de ma vie.
- Là , dans un long tissu de belles actions , Il verra comme il faut dompter des nations 9 Attaquer une place , ordonner une armée , fit sur de grands exploits bâtir sa renommée.
Lb Comtb.
Les exemples vîvans ont bien plus de pouvoir : Un Prince dans un livre apprend mal son devoir ; Et qu'a fait, après tout, ce grand nombre d'années > Quene puisse égaler une de mes journées ?
Si vous fûtes vaillant , je le suis aujourd'hui ; Itcebrasdaioyaume est le plus feome appui.
Grenade
TRAGÉDIE
Grenade et TAragon tremUent quand ce fer brille;
Mon nom sert de rempart à toute la CastiUe :
Sans moi vous passeciea^biencâc sous d'autres lois 9 £t vous auriez bientôt vos ennemis pour Rois. Cbaque jour, cliaque instant, pour reixausser ma gloÂrC| Met laurieissur lautiers, victoire sur victoire. Le Prince , à mes côtés, feroit , dans les combats , L'es^ de son courage à l'ombre de mon bras :
Il apprendroit à vaincre en me regardant faire ; Et, pour répondre en bâte à son gi:and caractère » Ilverroit. • •
Je le sais , vous servez bien le Roi \ le vous ai vu combattre, et commander sous mot. Qua^d râge dans mes nerfs a fait couler sa glace t Votre rare valeur a bien rempli ma place ;
Enfin , pour épargner des discours superflus , Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus. Vous voyez, toutefvns, qu'en cette concurrence Un Monarque cnue nous met quelque différence*
Ce que je méritois , vous l'avez emporté.
Hvà l'a gagni sur vcus Tavoit mieux mérité.
Le Comte.
Qui peut mieux l'exercer en est bien k plus digne.
£n 6tre refusé n'en est pas un bon signe.
Vous l'avez eu par brigue , éunt vieux courtisan,
Viclzt de mes hauts faits fut mon seul partisan.
L K Comte.
Parlons-en mieux \ le Roi fait honneur à votre £ge.
Le Ko! » quand il en fait > le mesure au courage.
Le Comte.
Et » par-là « cet honneur n'étoit dû qu'à mon bras.
Qui n'a pu Pobtenir , ne le méritoit pas*.
L» Comte.
Ne le méritoit pas ! Moi ?
Vous.
Ton impudence »
Téméraire vieillard > aura sa récompense !
( Il lui donne un soufflet, ) D. DxEGUB, mettant Vépée à la main.
Achevé et prends ma vie après un tel affront , Le premier dont ma race ait vu rougir son front.
Le C o m t Bt £t que penses^ttt faire avec tant de fbiblesse ?
D. DiEGUE» après que son épe'e est toiuhee»
O Dieu ! ma force usée en ce besoin me laisse l '
Le Comte.
Ton épée est à moi > mais tu serois trop vain » Si €e li0iit«iix tsopJhéc nvoit chargé ma main»
TRAGÉDIE
Adieu. Fais lire au Prince, en ddpit de i* envie » Pour son instruction Thistoire de ta vie ; D*un insolent discours ce juste châtiment Ne lui servira pas d'un petit ornement.
Q % ! O di^espoir 1 O vieillesse ennenue 1 N*ai-je donc tant vécu que pour cette infamie i Et nesuis-je blanchi dans les travaux guerriers. Que pour voir en un jour âdtrir tant de lauriers î Mon bras qu'avec respect toute PEspagne admire f Mon bras qui tant de fois a sauve cet empire , Tant de fois aflfermi le trône de son Roi , Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ^ O cruel souvenir de ma gloire passdc !
(Ettvre de tant de jours, en un Jour efiacéé^! Nouvelle dignité fatale à mon bonheur l Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
Faut il de votre éclat vmt triompher le Comte , Et mourir sans vengeance , ou vivre dans la honte?
Comte , «<MS de mon Prince à présent Gouverneur : Ce haut rang n'admet pdlnt un homme sans honneur I £t ton jaloux orgueil , par cet afl&ont insigne , Malgré le choix du Boi , m'en a su rendre indigne**»* Et toi > de mes exploits glorieux instrument ;
(Il sort.)