‹ Chefd'œuvres de P. CorneilleChapitre 34 sur 92 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

D. FERNAKD » D. SANCHE » D. ÀKIAS» D. ALONSl.

D. AtONSl.

Sii|iB9 le Comte est aio(e«

JDonDiegue , par son fils « a vengé son offense*

Dès que ^ai su ratfront > j'ai prévu la vengeance |

£c j'ai voulu dès-lors prévenir ce malheur.

Chimene â vos genoux apporte sa douleur ; £Ue vient toute en pleurs vous demander justicf*

D. Fie M AND* Bien qu'à ses déplaisirs mon ame compatisse » Ce que le Comte. a fait semble avoir mérité Ce juste châtiment de sa témérité.

Quelque juste pourtant que puisse être sa peine ^ Je ne puis san» regret perdre un tel capitaine* Après un long service ^ mon £tat rendu , Après son sang pour mpi mille fois répandu f A quelques sentimens que son orgueil m'oblige | fa perte m'a£bibUt » et son trépas m'afflige.

S C £ N £ I Xt

fËRNAND ) D. DIEGUE , CHIMENE , I>« SAUÇfilj D. ARUS I D. ALOKSE*

S lit B» Sires justice!

Ah ! Sire , écoutex-nous.

Je me jette i vos pieds.

rembtasse vos geiu>iuu

St demande justice.

Entendez ma défense.

D'un jeune audacieux punissez l'insolence :

Il a de votre sdeptre abatta le soutien $ Il a tué mon pere.

Il a vengé le âen.

Au sang de ses sujets un Koi doit la justice.

Pouv la juste vengçancti il n'est point de supplice.

TRAGÉDIE

D. Fernand.

Levez-vous Tim et l'autre , et parlez, i loisir..,. Chlmene , je prends part à votre d<5plajsir.

D'unç éçèXe douleur /e sens mon aniy^ Atteinte*

( A Don Diegue» )

Vous parlerez après ; ne troublez pas sa plainte.

Sîrc, mon pere est mort. Mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son généreux flanc > Ce sapg qui tant de fois garandt vos murailles , Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles. Ce sapg qui tout sorti fume eocor de courroux De se vjok tipzndu, pour d'autres que pour vous » Qu'au milieu des hasards n'osoic verser la guerre, Kodrijue w votre Cour vient d'eu couvrir la terre ; Et , pour son coup d'essai , son indigne attentat , D'un si ferme soutien a priv^ votre Etat, De vos meilleurs soldats a battu Tassurance , Et de vos ennemis relevé l'espérance.

J'ai cour^u sur le lieu sans force et sans couletur ; Je Tai trouvé sans vie. Excusez ma douleur , Sire ; la voix me manque à ce récit funeste > Mes pleurs et mes soupirs tous diront mieux le restç*

Prends courage , ma fille , et sache qu'aujourd'hui Ton Roi te veut servir de pere au lieu de Inl^

Sire , de trop d'honneur ma misère est suivie. Je vous Pai'déja dit , je Taî trouvé sans vie ; Son fijinc itQxt ouvert , et , pour mieux m'émouvoit^i

Dîj

Son sang sur la poussière dcrivoic mon devoir i Ou plutôt sa valeur , en ctt état réduite , Me parloir par sa plaie, et hâtoit ma poursuite; Et , pour se £ûre entendre au plus juste des Kois » Par cette triste bouche , elle empruntoit ma voix*

Sire 9 ne souffrex pas que sous votre puissance t Kegne devant vos yeux une telle licence »

Que les plus valeureux, avec impunité.

Soient exposés aux coups de la témérité ; Qu*un jeune audacieux triomphe de leur gloire t Se baigne dans leur sang , et brave leur mémoire. Un si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravsrt Bteint , s'il n'est vengé , l'ardeur de vous servit. £nân , mon pere est mort* J'en demande vengeance t Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance. Vous perdez en la mort d'un homme de son rang x ^^engez-la par un autre > et le sang par le sang. | Immolex , non 1 moi $ mais à votre couronne , Mais à votre grandeur , maïs à votre personne i Immolez , dis-je. Site, au bien de tout FEtati^ Tout ce qu*enorgucillit un si grand attentat, ce Sacrifiez pon Diegue et toute sa famille»

» A vous, à votre Peuple , à toute la Castille;

Le soleil qui voit tout , ne voit rien sous les cicux Qui vous puisse payer un sang si précieux. »

Don Diegue, répondez.

Qu'on est digne- d'envie , Lorsqu'en perdant la force» on perd aussi la vie l

TRAGEDIE

Et qu*un long âge apprit» aux àommes généreux ,

Au bout de leur cariicre, un dcsiin malheureux!

Moi , donc les longs uavaux ont acquis tant d€ gloire »

Moi , que jadis par-tout a sûtvi la victoire »

Je me vois aujourd'hui^ {our avoir trop vdcu »

Recevoir un aflEront » et demeurer vaiocu !

Ce que n*a pu jamais , combat , sii^gc , embuscade ,

Ce qufi, B*a pu jamais Aragon » ni Grenade %

Ni tous vos ennemis , ni tous mes envieux ,

Le Comte en votre Cour Ta fait presqu'à vos yeux*

Jaloux de votre cboix^ et fier de L'avamage

Que lui donnoit sur moi l'impuissance de Tagc.

âire9 ^nsi ces cheveux > blanchis sous ie harnois t Ce sang , pour vous servir prodigué tant de fois, r Ce bras , jadis l'efFroi d'une armée ennemie , Descendoient au tombeau tous chargés d'infamie Si jeii'eiicse produit un fiisdignede moi »

Digne de son pays , et digne de son Roi.

U m'a prSté sa main » il a tué le Comte ^ n m*a rendu l'honneur , il a lavé ma honte»

Si montrer du courage et du ressentiment , Si venger un soufflet mérite un chitiment ,

Sur moi seul doit tomber Téclat de la tempête : Quand le bras a failli » l'on en punit la tete. Qu'on nomme crime ou non ce qui fait nos débats » sire , j'en suis la tete > il n'en est que le bras. Si Cliimene se plaint qu'il a tué son pere »

Il ne l'eût jamais &it, si je l'eusse pu faire. Immolez donc ce chef que les ans vont ravir , fx conservez pour vous le bras qui peut servir.

Aux dépens de mon sang satisfaites Chimene :

Jç n*y riSsiste point > je consens à ma peine , tt , loin de munnarer d*un rigoureux décret , Mourant sans deshonneur , je mourrai sans tegtet*

L'affidre est d'importance , et bien comidëréè

Mdrite, en plein conseil, d'être délibérée.

Don Sancbe , remettez Chimene en sa maison s X>on Dicguc aura ma Cour et sa foi pour prison.

Qu*on me cherche son fils. Te vous ferai justice.

U est juste , grand Koi , qu'un meurtrier périsse»

Prends du repos, ma fille, et calme tes douleurs*

M*ordAmcr du repos , c'est croître mes malheure»

( A Don Arias* )

( A Chimene^ )

Fin du second Aae.

TRAGEDIE

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