‹ Chefd'œuvres de P. CorneilleChapitre 39 sur 92 · C H IM £ K · texte numérisé non relu

C H IM £ K

Héias!

D. Rodrigue.

£coute4noî.

Chimens.

Je me meurs.

D. ROORIGTII.

Un moment.

CnxMSHa.

Va ! laisse^noi mourir.

D. Rodrigue.

Quatre mots seulment 9

Aprc4 ne me itSponds qu'ave^que cette ép^e.

Quoi ! du sang dç mon pcrç cncor toute trempée !

Otc-moi cet objet odieux , .

Qui reproche ton crime et ta vie à mes yeux.

D. Rodrigue, Segarde-le plutôt pour exciter ta haine »

Pour croître ta colcre , et pour hteer ma peine»

Il est teint de mon sang.

D.KODRIGUB. *

Plonge-le dans le mien g It; iuMui pjscdre aimi la teinture du ticn«

Ah I quelle cruauté > qui tout en un jour tue t Le pcrc par le fer , la fille par la vue i

Ore-moi cet objet *, je ne le puis souffrir :

Tu veux que je t'écoute , et tu me fais mourir i

Je fais ce que tu veux > mais sans quitter Tenvio

De finir par tes mains ma déplorable vie ;

Car y enfin , n*attends pas de mon affection

Un l£che rcpcncir d'une bonnç action.

De la ma<n de ton pere un coup irréparable

Déshonoroic du mien la vieillesse honorable.

Tu sais cpmme un soufHet touche un homme de cceurs

ravols part à Taffront , j'en ai cherché Tauteur ;

Jerai vu i j'ai vengé mon honneur et mon peter

J e U:£Kais encor , si j *avols à le faire.

TRAGEDIE/ ,i

Ce n'est pas qu'en cfifct, contre mon pcrc et mcl ,

Ma flamme assex long-tems n'ait combatm pour

Juge de son poovolt ï Dam mse telle offense ,

J'ai pu douter encor si j'en prendrais vengeance.

déduit à te ddplaire » ou wûÎFrit un affiront »

Taî retenu ma main , i'ai cru mon bras trop prompt.

3e me suis accusé de tr€>p. de violence ^

£t ta beauté sam doute emportoitla b^tence »

Si je n'eusse opposé contre tous tes appas >

Qu'un homme sans ho&aeur ne te métitoit par;.

Qu'après m^avoir chéri, quand je vivois sans blâme.

Qui m*aima généreux , me haïroit infâme >

Qu'écouter ton atnour , obéir à sa voix «

C'étoit m'en rendre indigne, et diffamer ton choix.

Je te le dis encore ^ et veux » tant que fexpke >

Sans cesse le penser , et sans cesse le dire :

Je t'ai fait une offense » et j'ai dû m'y porter»

Pour effacer ma honte et pour te mériter*

Mais quitte envers l'honneur, et quitte envers mon perc^

C'est maintenant à toi que je viens satis£ùre ;

Cest pour t'oflftîr mon sang qu^en ce lieu tu me vois »

J'ai fait ce que j'ai dû » je fais ce que je dois.

Je sais qu'un pcre mort t'arme contre mon crime<

Je ne t'ai pas voulu ddrobcr ta victime :

Immole avec courage au sang qu'il a perdu »

Celui qui met sa gloire à Pavok répandu*

Ah 1 Rodrigue , il est vra^ , quoique ton cimiemle ^ ' Je ne puis te blâmer d^avoîr foi i^in&mie ; St) de quelque façon qu'éclatent mes douleurs»

£ij *

1% JL E ,C 1 D, •

Te ne ^ecctue point» je pleure «es malheon*

Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage » Demandoit i raideur d'un généreux courage.

Tu n'as Ait le deirotr que dNm homme de bien > Mais aussi ,^ le faisant , tu m'as ^PPl^^ mien. Ta Âtneste valeur m'instruit par ta victoire & Elle a vengé tqn pere et soutenu ta gloire : Même spian» regarde , et fai , pour m'affiiger « Ma gloire à soutenir , et mon pere i venger.

Hdlas 1 ton intérêt ici me ddsespere !

$1 quelqu'autre malheur m'avoit ravi mon pere » Mon ame auroit trouvé dans le bien de te voir > Tout le soulagement qu'elle eût pu recevoir i Et -eonore 4»a douleur j'aufois senti des charmes , Quand une main si chère eût essuyé mes larmes. Mais il me £iut te perdre après l'avoir perdu : Cet effort sur ma flamme à mon hoimeur est dû i Et cet affreux devoir dont l'ordre m'assassine» Me force, à travailler moi-mcn^ à ta ruine.

Car enfin n'attends pas de mon affection De lâches sentimens pour u punition.

De quoi qu'en ta faveur mon amour m'entretienne » Ma générosité doit répondre à la tienne } Tu t'es , enm'offensant, monti^ digne de moi» Je me dois , par ta mort , montrer digne de toi.

D. KODRIGUE.

Ke difière donc plus ce que l'honneur t'ordonne :

Il demande ma tcte , et je te l'abandonne i I^ais^n un sacrifice à ce noble intérêt :

Uxoup m^n sera doux aufiâ4wn que Vmiu

TRAGÉDIE. fi

Attendre après mon crime une lente justice , C'est reculer ta glotte autant que mon supplice : Je mourrai trop heureux , mourant d*un coup si beau.

Va, je suis ta partie , etnonpas ton bourreau.

Si tum'ofÏTCs ta tcte , est-ce â moi de la prendre? Je la dois attaquer > mais tu dois^la défendre : C'est d*un autre que toi qu'il me ftut l*6btetfir i £t je dois te poursuivre , et non pas te punir.

De quoi qu'en ma faveur notre amour t^entteâemiff %

Ta générosité doit répondre à la mienne ; Et pour venger un pere emprunter d'autres bras y Ma Chimene , crois^oi , c'est n'y répondre pas; Ma main seule du mien a su venger l'ofFense ; Ta main seukdatien d^ prendre la vengeance.

CHI MBNB.

Cruel ^ à quel propos sur ce point t'obstiner i Tu t*es .vengé'sana aide^ et m m'en veux donner? Je suivrai ton exemple > et j*ai trop de courage Pour soufirir qu'avec toi ma gloire se partage. Mon pere et mon lumneust ne veulent rien devois Aux traits de ton amour » ni de ton désespoir*

D» R o Ik H I G U B.

Kigoureux point d'honneur 1 hélas I quoi que je fasse » Ke pourrai-je à la ân obtenir cette grâce ^ Au nom d*un pere mûtt , ou de notre amitié > Punis-moi, par vengeance, ou, du moins, par pitié l Ton malheureux^aioant aura bien moio^ de peine A mottdr ^ mm > qu'4 vsvre avec ta haine^

Chxmbmi»

Va , je ne te hais point.

Tu Ifi d<»s.

CHI JiEM E.

Je ne puis.

D. ROD&IGUS.

Crains-tu si peu le blâme , et si peu les faux bruits \ Quand on saura mon crime » et que ta flamme dure»

Que ne publieront point Tcnvic et l'imposture ? f orce4es. au silence v et « sans plus discourir » Sauve ta renommée en me faisast menrir»

£Ue é^e hiea mieux en te laissant la Tici Et je veux que la voix de la plus noire envie Elevé au ciel ma gloire» et plaigne mes ennuis t Sachant que je t*adore> et que je te pouisuit « Va-t-en , ne montre plus à ma douleur extrême Ce qu'il faut que je perde eneore que je l'ainao. Dans Tombre de la nuit cache bien ton départ. Si Ton te voit sortir , mon honneur court hasard* La seule occadon qi^atim la nédisanoe »

C*cstdc savoir qu'ici j'ai souffert ta présence» Me lui donne point lieu d'attaquer ma vertu*

D. RoDRiGua.

Que je meure i

Ch IMSHS,

Va^^ !

D. KonarGui.

.▲quel te rdfious-ttt?

TRAGEDIE. js

Malgré des feux si beaux qui uoubleot ma colece » le ferai mon possible i btef\ venger mon pete i

Mais, malgré la rigueur d'un si cruel devoir »

Mon unique souhait es( de ne rien pouvoir. {

O nuracle d^amour !

O comble de misères !

D. Rodrigue.

Que de maux et de pieu» nous coûteront nos pères !

Rodrigue , qui l'eût cru J

D. Rodrigue.

€himene;quireûtdit!

Que noQ:e heur fût si proche , et ^tôt se perdtt 1

Et que si près du port, coiiue toute apparence t Ùnoragesi pron^tbrisfit nocio espëtanee i

Ahi mortelles douleurs !

Ah 1 regrets superflus !

Ta^t-eo» encore un coup ! je ne t'écoute plus.

Adieu* Je vais tuîner une mourante vie »

Tant quç , par ta poursuite » elle me soit ravie.

CHt MÏNI*

Sii'cn obtiens l'e£Fec , ie t'engage ma foi I>e ne recpirerpas un moment après toi.

Adieu. Sors, et, sur-tout, garde bien qn'on te voie,

( Bodrlfut iùftm )

£ L ▼ T it

Madame, quelques maux que le ciel nous envoie.

Gk I MLBNB.

Ne m'importune plus i laisse-moi soupirer :

Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.

( Elles torteni. )

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