‹ Chefd'œuvres de P. CorneilleChapitre 40 sur 92 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

D I £ G U £ f sepl.

JFamais nous ne goûtons de parfaite aMgrcssc i Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse : Toujours quelques soucli> en cà événemens ,

Troublent la pureté de nos contcntemens.

Au milieu du bonheur mon ame en sent l'atteinte.

Je nage dans la )oie> et je tiemble de cramte.

J'ai vu mort l'ennemi qui m'avoit outragé ,

£t je ne saumis ' vobr la nuùn qui m'a vengé I

Fn vain je m'y travaille , et , d'un soin inutile t

Tout cassé que je suis , je cours toute la ville.

Ce peu que met vieux ans m'ont laissé de vigueur.

Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.

A toute heure , en tous lieux , dans une nuit si sombre «

Je peuso rembr»sseri et n*embrasse qu'une ombre»

TRAGEDIE

Et mon âmour déçu , par cet objet trompeur , Se fbcme des soupçons qui xo^ouhifint nu peut. Je ne découvre point de marques de sa iuite : Je crains du Comte mort les amis et la suite i Leur nombre m^^ooTame , et confond ma raison: Rodrigue ne vit plus, ou respire en prison.*.. Justes cieux i me trbmpaHe encore à t*apparaK# t Ou si je vois enfin mon unique espérance ?

C'est lui; n*en doutons plus^ mes toux sont exaucés ; \ Ma crainte est <Bs8ipée , et mes emmb cessée.

D. DIEGUE, D. RODRIGUÉ,

M.oi>fttGVi»enfin, le ciel peimet qu0 je te voie!

D. KOD&IGUB«

Uélàs!

Ke mSle potnt de soupiis à ma joie ; Laisse-moi prendre haleine afin de te louer.

Ma valeur n*a point lieu de te désavouer :

Tu Tas bien imitée ; et ton illustre audace Fait bien revivre en toi les héros de ma race. C'est d'eux que tu descends , c'est dfi moi que tu viens : Ton prenùer coup d*épée égale tout les miens i £t d'une belle ardeur ta jeune^^e animée ,

Par cette grande épreuve atteint ma rënmmiée* Appui de ma vieillesse ^ et comble de mon heur 9 Touche CCS cheveux hbMCs i qifi m rends rooimeiu: Viens baiser 'Cette joue , et recomicis la place Ou fut tnqpretnc rafibuot^que ton coonige^ffiice*^

D* Rodrigue.

L*honneur vous en est dû> je ne pouvois pas moins , Etant sorti de vous et nourri par vos soins : Je me tiens trop heureux, et mon ameest ravie Que mon coup d'essai plaise à qui je dois ia vie. Mais , parmi vos plaisirs , ne soyex point jaloux » Si j'ose satisfaire à moi-même , après vous.

SouflFrez qu'en liberté mon d^^espoir éclate ; Assez et trop long-tems votre discours le flatte. . Je ne me repens pas de vous avoir servi 5

Mais rendez^moi le bien que ce coup m'a ravi. • Mon bras pour vous venger, armécontre ma flamme Par ce coup glorieux m'a privd de mon amc > Ke pxt dites plus tien j pour vous |'ai tout perdu : Ce que je vous devois , je vous l'ai bien rendu*

Porte encore plus haut le fnût deta victoire.

Je t'ai donné la vie , et tu me rends ma gloire ; £t d'autant que l'honneur m'est plus chaque le jour D^à'ùunt plus maintenant je te dois de retour. Mais d'un cœur magnanime i^loigne ces foiblcsses :

Kous n'ayons q^'un honneur» il est unt de maîtresses I/amour n'est qu'un plairîr s l'honneus: est un devoir

D.B.OD&IGUI.

Ahiqueme4ites-votti?

TRAGÉDIE

Ce que tu dois savoir*

D.RODRIGVX.

Mon boxuxcac offense sur moi-ai£xne se venge» Et vous m^oset pousser à la homé du change ! L'infamie est pareille , et suit également Le guerrier sans courage^ et le perâde amant» A ma fidélité ne faites point d'Injure s SoufiErex-moi généreux, sans me rendre parjure : Mes liens scmt^trop ibrts pour Stre ainsi rompus r Ma foi m'engage encor , si je n* espère plus ; £t , ne pouvant quitter ni posséder Chinurne 9 Xe trépas que je chercbe est. ma plusdi4Miceptinei

U n'est pas teins encor de chercher le trépas $ Ton Prince et ton pays ont besoin de ton bras. La flotte qu'on craignolt , dans le grand fleuve entrée » Vient surprendre la ville , et piller la contrée : Les Mores vont descendre i et le flux et la nuit Dans une heure à nos murs , les amènent sans bruit* La Cour est en désordre « et le Peuple en alarmes ; On n* entend que des cris , on ne voit que des larmes. Dans ce malheur public mon bonheur a permis Que j'ai trouvé cbex moi cinq cents de mes amis 9 Qui » sachant mon aflfront , poussés du même xcle » Se venoient tous offrir % venger ma querelle : Tu les as prévenus *, mais leurs vaillantes tnains Se tremperont bien mieux au sang des Africains. Va marcher i leur tête , oà 1* honneur te demande s Cesttoi que veut pour chef leur généreuse bande.

De ces vieux ennemis va soutenir l'abord ; Là , n ta veux mourk ^ trouve une belle mort : Prends-en Toecasion , puisqu'elle offerte s Fais devoir à ton Roi son salut à u pcrte«r«* Mais reviens-en plutôt les palmes sot le front i Ne borne point ta gloire à venger un affront. Forte-la plus avant : force « par ta vaillance ^ ' La justice au pardon » et Chimene au riteneê. Si tu l'aimes » apprends que revenir vainqueur» C'est l'unique moyen de regagner son coeur.

Mw le tents est trop cher pour le perdre en paroles : Je t*an8te en discours , et ie veux que tu voles \ Viens, suis-moi > va combattre, et montrer à ton Roi» Que ce qu'il perd au Comte , il le recouvre ea toi»

Fin du troisième Acte*

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