DE SCUDÉRY
OBSERVATIONS
OBSERVATIONS
SUR
13^ L ç$t de çecuinc^ pièces comme de certains animau;! qui sont en la nature f %m de lomsemblwtf <to»j<faite»>
et qui de près ne sont que des vermisseaux. Tout ce ^ui .brille n*est pa$ toujouis précieux ; on voit des be4i;|(és d'illusion oonune des beautés effectives ^ et souvent Tapparcnce du bien se fait prendre pour le J^en tt^cmc* Aussi ne n^'étonnai-je pas beaucoup que \b peuple qui porte le jpgonenc dans les yeux , se laissa tromper par celui de tous les sens le plus facile à décevoir > mais que cette vapeur grossière qui se forme dan$ le parterre , ait pu s*élever jusqu'aux galeries » et qu*iui fantôme aij: abuse le savoir comme Tignorancsi» et la four aussi-bien que le bourgeois , j'avoue que ce ftodig^ m'étonne , et que ce n'est qu'en ce bisarre événement ^ueje trouve le Cid merveilleux. Mais comme autrer fois un.. Macédonien appelle de Philippe préoccupé à Piiilippc mieux informe, je conjure les honnêtes gens 4c suspendre un peu leu£.jugement , et de ne condamner; pas , sans les ouïr ^ les Soprohissss , les Césars » tef CliIopatrîs , les Hercules , les Marianes , les Cléomédons , et tant d'autres illustres HiKos qui les ont charmés sur le Théâtre. Pour moi , quelque ^latante que mejparût la gloire du Cid » je la regardoi^
H ' ^OBSER.VATI.OHS .
comme ces belles couleurs qui s'effacent en l'air presqM aussi-tât que le soleil en a fait ia riche et trompeuse impression sur la nue > je n'avois garde de concevoir aucune envie pour ce qui me faisoit pitié » ni de faire vfif à personne te uches^que j'appercevois tsn cet ouvrage. Au contraire , comme sans vanité je suis* bon et généreux > je donnois des sentimens à to«t Kfnfbéât tfù€ |e n*w^ fui mol-m Afie % fe hboU trùlm tfUfres ce que je ne croyois point du tout , et je me tèncêntoisde connefttre rerceur, «imi ta réfuter^- et te vérité , sans m'en rendre Tévangéliste. Mais quand j'ai vu que cet ancien qui nous a dit ^ que ia prospérité téolive moitii de peàofine» qui ki sachent souffrir , que les infortunes , et que la modération est plus rare que kl patience 9 sembk>ic avoir fait le portrait de l'auteuc du Cid 5 quand j'ai vu , di$-jc , qu'il se déifioît d'autorité privée , qu'il parloir de lui comme nous avons tccouttmié de parler des autres , qu'il £iisoit n^e imprimer les sentimens avantageux qu'il a de soi > et qitt'il semble croire qu'il fait trop d'honneur aux plus ^inés esprits de son sreck , de leur présenter la m&d gauche, j'ai cru que je ne pouvois, sans injustice et ians lichetérabandonnerhtéauseconmitine, et qu'iiétoit èpfl>pûs it lot faire lîte ettte Ihserîption tant utile > qu'on voyoit autrefois gravée sur la porte de l'un des temples de la Grèce r
C 0 N N 0 ^ S-T Û t TOl^MÊMS.
Ce n*est pas que je veuiHe combattre ses mépris paf •tr eniam^ ; ççttç cspççç d'armes nç doit être ç^^
i^oftff «i^piit ficuii tii|> «'«A <>Qt point d*âtttiii»#|
quelque ni^ccssité que nous ayions de nous diifcndre , je aç ùwi fij^ <^ gloii«ujL d'en Tm»f^ )0 &A % et non {m $oa Auunr % f en veux à son ouvrage « et non point à sa personne^ £t comme \s$ çombau e|: le cnrlMté ne «ont pee incbmpafibtei » je veux Iraker le fleuret , dont je prétends lui porter une botte franche* Je ne fais ni une satyre , ni un libelle difiEunatoire ; maie de eimptes Ob< a&VAxioMs « et hors la paroles qui seront de Tessence de mon sujet , il ne m'en échappera pas une où i*on remarque de l'aigreui^ le le pcte dl'en user tvec la mSme retenue 9 s'il nnf répond ; parce que je ne saurois dire ni souffrît d'injures. Je prétends donc prouver, contre cetu pièce du C I
Que le sujet n*en vaut rien du tùui,
QuHÏ choque les pnneîpaîerregfes du pohM immatiqiie»
Qu'il manque de jugement en sa conduite»
Qu.Hl a heauanip de m^ekans ven.
' Que presque iout ee qu'il a de beautés font d/roh/eSé * £tqu'aiasi l'esùme qu'on en fait est injuste*
Mais après avoir avanpd cette proposition , tonf pWisi de la soutenir, yoiçlpar ou j'entreprends de If ftik^ avec honnçujr.
, Ceux qui veulent abattre quelqu'un de cessuperbei
(édifices que la vanité dcS'hoinmcs élcvc si haut , ne s'amusent ppint à briser des colombes ou rompre dt^ Musiirades i mais ils vont droit en sapper les fonder ^ens, aùn ^uc toute la ma^^c du bâtiment croule ci
«oo OBSERVATIONS
tMïlM'M 'tttte jlnSme hedtel Céiliflne j*4i lè mifM dMiirif levcux les imiter en cette occasion; et pour cnArenirâ bout, je veux dire que le sentiment d'Ari9-t tôte «t edui de tous lesSaTans qui Vmt suîvU étàiMi pour maxime indubitable , que l'invention est la principale partie et duPoëteet duPoëme* Cette vécitéjesi Rassurée « que le nom infime de ran et de l'autre tifft son étymologic d*un verbe Grec , qui ne veut rien dirô 9ue fiction. De sorte que le sujet du Cid éunt d'un Auteur Espagnol y si l'invention en étoit bonne , te gloire en apparticndroit à Guillcn de Castro , et non {las à son Traducteur François* Mais tant s'enÊuitj^ue i*m demeure d'accord , que jetoui^os qu'elle ne vant rien du tout. La Tragédie , composée selon les rcglca de l'art > ne doit avoir qu'une action principale » 4 laquelle tendent et viennent aboutir toutes les autres % ainsi que les lignes se vont rendre de la circonférjBQce d'un ctrcle à son centre ; et l'argument en devant tiré de l'histoire ou des fables connues selon les pré^ ceptes qu'on nous a laissés » oa n'a pas dessein desur« prendre le Spectateur , puisqu^il sait déjà ce qu*on, doit repr'iscnicr ; mais il n'en va pas ainsi de la Tragi-CoiDlédie > car bien qu'elle n'ttt presque pas été comme de l^antîquité, néanmèins, puisqu'elle est comme un composé de la Tragédie et de la Comédie , et qu'à
cause de sa fin elle semble mS'me pencher plus Tefli hi dernière , Il iaut que'« le premier Acte dar» cette espèce de Pocmcy embrouille une inttigue qui tienne «ottjoun l'espi^ en suspens » qui ne se démSle 4u*& la fin^de tout rouvrage. Ce noeud gordien n'a p4%
s U R L £ C I D. fM
"bmin d'avoir on Alexandre dans le Cid pour le dénouer» Le pere de ChîiRene y meurt pres<)ue d2s Té
commencement : dans toute la pièce, elle , ni Rodrigue ne poussent et ne pement pousser qu'un seul mouiFe* ment : on n*y voit aucune diversité , aucune intrigue , aucun nccud, et le moins clairvoyant des Spectateurs devine , ou plutôt voit la fin de cette aventure aussi-' tôt qu'elle est commencée. Et , par ainsi, je pense avofe fliontré bien clairement que le sujet n*en vaut rien da tout , puisque j'ai fait connottre qu'il manque de ce qui pouvoit le rendre bon , et qu'il a tout ce qui pouvoit le rendre mauvais, le n'aurai pas plus de peine à prouver qu'il choque les principales règles dramatiques , et j'espere le faire avouer à tous ceux qui voudront se souvenir après moi , qu'entre toutes les re- {les dont je parle , celle qui , sans doute , est la plus importante , et coirane la fondamentale de tout Tou- Trage , est cçlle de la vraisemblance. Sam elle , on ne peut être surpris par cette agréable tiomperie , qui fait que nous semblons nous intéresser aux bons ou maii- •vais succès de ces Héros imaginaires, le Poëte qui se propose , pour sa fin, d'émouvoir les passions de TAu^ diteur, par celles des Personnages, quelque vires, fortes et bien poussées qu'elles puissent être , n*en peut
famais venir à bout , s'il est judicieux, lorsque ce qu'il veut imprimer en Tame n^est pas vraisemblable. Aussi
ces grandi» Maures anciens, qui m'ont appris ce que je montre ici â ceux qui l'ignorent , nous ont toujours enseigne que le Poète et l'Historien ne doivent pas suivre la m£mc route , et qu'il vaut mieux que ic premier
xttt OBSERVATIONS
traite un sujet vmsoBMM» j qui ne soit pas taifii qu'un vrai qui ne soit pas vraisemblable. le ne pense pas qu'on puisse choquée une maxime que ces grands bonunes ont établie ^ et qui satisfait si bien le fnge* ment : c'est pourquoi j'ajoute , après l'avoir fondée en l'esprit de ceux qui la lisent , qu'il est vrai que Chimene épousa le Cid ; mais qu*il n*est point vraisemblabltt. qu'une fille d'honneur épouse le meurtrier de son perc» Cet événement étoit bon pour l'Historien > mais il ne valoir rien pour le Poète , et je ne crois pas qn'M SuiSse de donner des répugnances àChimenc, de faire combattre le devoir contre Tamour , de lui mettre en la bouche mille antithèses sur ce sujet , ni de faire intervenir rautorité d'un Roi; car enfin , tout cela n'cmpèche pas qu'elle ne se rende parricide, en se résolvant d'épouser le meurtrier de son pere : et bien que cela nés achevepas sur l'heure, la volonié, qui seule fait le mariage , y paroît tellement portée , qu'enfin Chi* mené est une parricide. Ce sujet ne peut être vraisemblable , et par conséquent il choque une des priod*» pales règles du Poème. Mais , pour Appuyer ce raisonnement de l'autorité des anciens^ je me souviens encore que le mot de fable dont Aristote s*est servi pour nommer le sujet de la Trac:cclic , quoiqu'il ne signifie dans Homère qu'un simple discours, par-tout ailleurs est pris pour le récit de quelque chose fiiusse^ et qui pourtant conserve une espèce de vérité. Telles •ont Us fables des Poètes , dont , au tems d'Aristckte» et m6me devant lui , les Tragiques se servoient souvenp pour le sujet de leurs Pocmes » n'ayant nul égard k Cji
^uTdlles n^étoknt pas. vtaks > mais les coiisidéunc seur lomnc comim vrakemblaUcs.. C'est pourquoi ce FhilOiSophe remarque que les preiîiiers Tragiques ayant accoutumé de prendre des sujets pas-tout , sur la ân 9 ils s'étoîent retranchés à certains , qui Croient ^ ou poin ▼oient £tre rendus vraisemblables , et qui , presque pout cette raisonnent été toius traités, et mëmepac divers Auteurs , comme Mcdéc , Alcméon , Œdipe , Oreste, Méléagre , Thyeste et ThéUphe. Si bien qu*on voit qu'ils pouvoient changer ces fables comme ils vouloicnt , et les accommoder à la vraisemblance. Ainsi Sophocle , ilEschyle et Euripide ont traite la £able de Philoctete bien diversement ; ainsi ccUe de Médée, chex Séneque , Ovide et Euripide, n'dtoit pas la même. Mais il écoit quasi de la rjeiigion , et ne leur étoit pas permis de changer l'histoire quand ils la traitoient , ni d'aller contre la vcritd. Tellement que »
ae trouvant pas toutes les histoires vraisemblablea^^ quoique vraies ^ et ne pouvant pas les rendre telles, ni changer leur nature, ils s'attachoieuit fort peu à les traiter à cause de cette difficulté , et preaoient , pour la plupart , des choses fabuleuses , afin de les pouvoir disposer vraisemblablement. De -là ce Philosophe montre que le métier du Poëte est .bien plus difficUo que celui de rHistoricn , parce que celui-ci raconte simplement les choses conune en effet elles sont arrivées : au lieu que Pautre les représente , non pas comme ^les sont ; mais bien comme elles ont dû être. C'est en quoi T Auteur du Cid a failli h qui t trouvant dam •l'histoire d'^pagne, que cette fille avoit épousé le
f«4 OBSERVATIONS
meumiec de son pere> dévoie consàAéttt que m n*étoit pas un sujet d'un Poème accompli 9* paMe
qu'dunt historique, et par conséquent vrai*, mais nom pâs Traisemblable , d'autant qu*il chpque la faismet les bonnes moeurs , il ne pouvoit pas le clianger, nito rendue propre au Pocmc Dramatique. Mais comme une eri:euc en appelle une autre» pour obsetvçi: la règle des vingt-quatre heures , excellente quand elle est bien* entendue , 1* Auteur François bronche plus lourdement ^ue rEspagnol , et fait mal en pensant bien £aire. Ce 4ernicr donne au moins quelque couleur à sa faute 9 parce que son Poëme étant irrégulier , la longueur da tems qui rend toujours les douleurs moins vives y semble , en quelque façon , rendre la chose plus vraisemblable. Mais faire arriver en vingt-quatre heures la mort d'un pere , et les promesses de mariage de «1 fille avec celui qui Ta tué , et non pas encore sans le eonnoitre « non pas dans une rencontre inopinée ; mais dans un duet dont il étoit l'appellant ; c'est , conune a dit bien agréablement un de mes amis > ce qui , loin d'8tre bon dans les vmgt-quatre heures , ne scroit pas supportable dans les vingt-quatre ans. Et par conséquent j je le redis encore une fois» la règle de la vraîsemblslhce n*est point observée , quoiqu'elle seit absolument nécessaire. £t , véritablement » toutes ces belles actions que fit le Cid en plusieurs années , sont tellement assemblées, par force, en cette Pièce, pour la mettre dans les* ving;t-quatrc heures » que les person^ nages y semblent des Dieux de nuKhine qui tombent 4u ciel en terre » car enfin , dans le court espace d'ua^
-s u R £ C I D. inf
jMt ntcafet s onéiit m G^ireciitaf aa-prinfie de Gas^ Mto» il se fait vmc queieUe et an combat entre Don Diégue et le Comte , autre combat de Rodrigue et à\k Comte « un autre de Rodrigue con^e les Mores , unr autre contre Don Sanche , et le mariage se conclut iRiitrc Rodrigue €t Chimcne. Je vous laisse à jugsr sinç iNMlà pas ua |our bien etnployd » et si Ton n*auroit paa grand tort d'accuser tous ces personnages de paresse ? U «n. est du sujet du Poëçie Dramatique caoïme de toua lescorps physiques , qui, pour 6tfe parfaits , demandent une certaine grandeur , qui oe soit ni trop vaste « ni trop ressertée. Ainsi v lorsque noiut observons un ou* vrage de cette nature , il arrive ordinairement à la in<5moire ce qui arrive aux yeux qui regardent un obje^ celui voit un corps d^une diflEuse grandeur ^ s*atta» chant à en remarquer les parties y ne peut pas regarder à la £ois ce grand tout qu'elles composent : de même , si raction du Coëme est trop grande » celui qui la contemple ne sauroit la mettre tout ensemble dans
mi^m^ire i conune au contraire , si un corps est trop petit , les yeuat qui n*ont pas loisir de le considérer » parce que presque en môme tems l'aspect se forme et s*évanouit 9 n'y trouvent point de voluptés Ainsi) dans le Poème qui est Tobjet de la mémoire , comme toua les corps le sont des yeux , cette partie de l'amc ne se plaît non plus à remarquer ce qui n'admet pas son office 9 que ce qui Texcéde. Et certainement) comme les corps , pour erre beaux , ont besoin de deux choses, à, savoir , de Tordre et de Ut grandeur > et que , pout ^ecte raison I Atistote nie qu'on puine appeller les petite
fô« OBSXRVATIÔNi!
hommes beauç mais ouï faîca ag(4;^btes , parce quM qiléiquMls soient bim proportionnés i tk wfcmt fiao néanmoins cctte^ taille avantageuse , néccteakc à la beauté; dernSme, ce n'est pas assex qoelel^ocmc aio toutes SCS parties disposées avec soin, S'iLn'A encof^ une grandeur si juste , que la mémoire la puisse com* gendre sanspeiiic- Or , queUe doit 6a:e cette gcandeuf » Aristotc, dont nous suivons autant le jugement» qoO nous nous moquons de ceux qui ne le suivent point % Tâ déterminé dans cet espace de tems qu*on ^oîe qu'enferment deux soleils , en sorte que l'action qui se xeprésentene.dbst nî excéder, ni être moindre que ca tems qu'il nous prescrit». Voilà pourquoi autrefois Aris* tophane» Comique Grec, se moquoit d'-^schyle. Poète Tra^que t qui , dans la Tragédie de Niobd , pour coA» Wttvct 1.1 gravitdde cette Héroïne, rintrodulsit «BstSt^ sépulcre de ses en£ans l'espace de trois jours sans dire «ne seule parole* lEt voHà potaïquOi le docte KéinsSus a trouvé que Buchanan avoit fait une faute dans sa
Tragédie de Jephté , ou » dans le période des ving|« quatre heures, U renferme une action qui , deiisrhlst toire , demandolt deux mois : ce tems ayant été donné i la fille pour pleurer sa virginité. 9 dit Fécriture i maie 1^ Auteur du Cid porte bien son erreur plus avant , pu is-^ qu'il renferme plusieurs années dans ses vingt-quatre lieures ^ et que le mariage de Chimene , et la prise de ces Itois Mores , qui , dans l*liistoired*£spagne , ne se £iitque
deux ou trois ans après la mort de son pere , se fait ici le mSme jour : car , quoique ce mariage ne se consoiEnme Ipas si^tôt > Chimene et Rodrigue y consentent « et dcs^
M ils sont mariés^ puisque ftftotoii le» TiiriMetttoiM^it
fCc^t re<)ui^ ^ue le conseiuement pour les nooes , et qu^eiUTe cela » Chknene eit à M ptr lâ victoire qu'il obtient sur Don Sanche , et par Tarrêt qu'en donne le 2loi« Mais ce o'cst pas la scuk loi qu*on voit enfreinte en cet èndioit 4e ce Poâne Vit eit ottuft une atitri bien plus importante , puisqu'elle choque les bonnet moeurs » comme les règles de la Péésie 4iamatique. fie pcMT contiottie cettevéf ite , Il finit savoir^ le poëmè de TMatre fut inventé pour instruire en divertissant ^ m que c^est eooe itet agréable faaMift que- ee déguise^ itt philosophie , de peur de patottre tfèp austère aoit yeux 4u monde , et par lui » s'il faut ainsi dire > qu'elle sem- Me derartoi'^ales, afin qâk>iite' prenne sans répits
(nance , et qu'on se trouve giidri presque sans avoif eoimu le remède. Aussi ne manque -t-elle jamais dd nous montrer sor la scene'ta Terra 'tréomiptnite , et
le vice toujours puni, Que si quelquefois Ton y voit
Ica n^cbans prospérer ^ et les ^iÊé*à» bien pecsfoitée » la face des ehetes ne numqwnt point de »eliangerii4 fkw de la représentation , ne manque point aussi de Jiiire iroitle triomphe des innocent et te auppUee dei
coupables; et c'est ainsi qu'insensiblement on nous îm-*i inrine en l'ame l'horreur du vice et Tamourde la vertm * Mais tant s'en fiait que hi Pièce 'jto Cid soit fiiiee sut ce snodele > qu'elle est de très-mauvais exemple. L'on y Toit une fille dénaturée ne pader ^ue de ses folies « latvqu^elte ne doit parler que de somoialbear ; plaindre \SL perte de son amant , lorsqu'elle ne. doit songer
ig^k cdie <Be«ot.pOT;i a«Mr fnecwi ce- fu'eUe deti «
f0t OflSËlLyA.TIONS AhsttXttx sotiflRireti fA8me tmâ tt en tnSmè malsiyil
ce meurtrier et ce pauvre corps, et pour achever son impiété f ioindtc sa main i celle qui dégoutte encoro du sang de «on pere« Après ce crime qui ûât harrtKLt ^ le Specuteur n'a- 1- il pas raison de penser qu'il va partir un coup de foudre du ciel, riepréseni:^ sur 1* * ecene, pour ohftcser cette Ihmaïde? Ou 8*fl sait cettcf autre règle qui défend d'ensanglanter le Théâtre , n'a<^jl pas sujet de croire qu'aussitôt qu'elle en $as^ partie ,* un messager viendra pour le moins kd appren* dcc ce châtiment i Mais» cependant, ni run«> ni l'autre ii*atrive ; au contraire , un Roi casesse centfioipQdîi** que , son vice y paroît récompensé , la vertu semble bannie de la condusioa de ce Pocme ; il ess. une iofi^ traction au mal , un aiguillon pour nous f pousser « et par ces fautes ren\arqaables et dangereuses , direc* leqient opposé aux principalei tegles : dramatiques;;
C'étoit pour de semblables ouvrages que Platon n'admettoit point dans sa République toute la Poésie » mais principalement il en bamûssmt cette partie , laqueM
imite en agissant, ct.par représentation , d'autant qu'elle
offiroità l'esprit toutes sortes de moeurs, '4es vices eè les vertus,, les cdmes et les actions fdnéreiMs , et
qu'elle inp^duisoic aussi: bien Atrée comme Kestor» Or, ne donnant pasplurde plaisir en Texprestion ddt bonnes actions que des mauvaises , puisqué dans ia poésie > conune dans la peinture, on ne regarde que ht ressemblance , etique limage de Theesite^* bien iaice l plaît autant que celle de Narcisse ; il arrivotr de-U que
f^ptAts des. Sp«mteuttiitoiw( 4ébaucfaés pai cett;^
volupté t
SUR LE CI D. tof
VolupU » qu'ite trouvoient autant de plaisir i imitée les mauvaiiej actions , qu'ils voyolent représentées avec grâce > et où notre nature incUne » que les bonnes^ qui nous semblent difficiles ^ et que le Théâtre étoit ausst^ bien l'écoledes vices que des vertus :cela, dis je, l'avoît obligd d'exiler les Poètes de sa République i çt » quoiqu*a couronnât Homère de fleurs , il n*avoit pas laissé de le bannir. Mais, pour modérer sa rigueur , Aristote» qui connoissoit l'utilité de la Poésie ^ et principalement de la Dramatique , d'autant qu'elle nous imprime beau* coup mieux les bons sentimens que les deux autres espèces 9 et quece que nous voyons touche bien davan-*" tage rame » que ce que nous entendons amplement p 4Pomme depuis Ta dit Horace : Aristoce « dis - je » veut en sa poétique ^ que les mœurs fqpréseatées dant Taction de Théâtre soient la plupart bonnes, et que si il y faut introduire des personnes pleines de vices , le SMmbre en soit moindre que des vemieuses. Cela £dt 4lie les Critiques des derniers cems ont blâmé quelques anciennes Tragédies » oii les baoncs saorars étoieoa moindres que les mauvaises , ainsi qu'on peut voir, par exemple» dans rOrcste d'Euripide, où tous les person^ nages 9 excepté Pylade > ont de méchantes inclinations* Si l'Auteur que nous examinons n^eût pas ignoré cet préceptes » conune les autres dont nous l'avons déjà repris , it se fâf U»n emp8ché de faire tnompher le vica ^ur son Théâtre , et ses Personnages auroicnt eu de mciN leurcs Intentions que celles qui les foat agir. Fernand y auToit été plus grand Politique , Urraque d'tncUnso aicjn mpins basset Don QomQ:& mqwif ambitieux
ji. OBSERVATIONS
moins insolent, Don Saiichc plui générctot , Elvircda mciUcur exemple pour les suivantes , et cet Auteur n'aufoît pas cmfclgtié la vengeance par la bouche mcme de la fille de celui dont on $e venge ; Chimcne n'âarait 'pas die :
J^s accommoiemens ne font rien enee point f Lis affronts à Vliomeur ne se reparent point. En vain on fait agir la force on la prudence , • Si loii guérit le mal , ce n*est qu'en apparence.
Et le teste de la troisictne scène du second acte , oik • «par-tout elle conclut à la conftiaoa de $on Amant , s'il n'àttentc à U vie de son perc. Comme quoi pcut-U - Excuser le veis, oU cette dénaturée s'écrie , parlant de ^Rodrigue :
Souffrir un tel ttffront , /imt ni Gtntilhommt t
Et ceux ci , où €lle avoue qufeUc auroit de la lioftfè pour lui, si , après lui avoir commandé de rie pas tu4j «on pere , U toi pouvait obéir 2
E# sHlpeut m'oheir, que dird'-P-on de lui ?••.. Soit qu'il cède ou résiste an feu qui le consomme, Mon esprit ne peut qu'être ou honteux , ou confus De son trop de respect , ou d*m juste refus.
Mais je découvre encore dm $entima»s pto et plus barbares dans la quatrième scène du troisième «cte , qui me ftmt horreur : c'est où cette fille -, mais -plutôt ce monstre , ayant" devant ifes yeuît 'RddrîguC, :«ncote tout cottvtrt d'im sang <iui la dcroit li foft
s UR LE C I D. tu
toucher » et entendant qu*au liea de s*ezcuser et de reconnoître sa faute , U l'autorise par ces vers :
Car 9 tiifn , n'attends pas de mon affection tJn lâchi repentir d'une ionne aetion*,»%
BUe ijépond : ( 6 bonnes moeurs ! )
Tu n'as fait le devoir que d'un homme de hien*
Si autrefois quelques-uns, comme Marcelin, aulivrt vmgt-septieme , ont mis entre les corruptions des Képubliques, la lecture de Juvénal, parce qu'il enseigne le vice , quoiqu'il le reprenne » et que pour flageller l*iiTipureté, il la montre toute nue; que dirons-nous de ce Pocmc , où le vice est si puissamment appuyé è ou Von en fait l'apoiogiei où Von le pare des orne*' mens dè la vertu i et etifin où il foule aux pieds les sentiinens de la nature , et les préceptes de la morale t I>e ces deux preuves assex claires , jepasse à la troisiemct qui regarde le logement , la conduite et la bienséance des choses > et , dis la première scène , je trouve de quoi m'occttpet. Il £iut que f avoue ^ue je ne vis jamais m\ si mauvais physionomiste que le pere de Cbimene, lors» qu*ii dit à là suivante de sa fille , parlant de DonSanche» aussè-bien ^ue de Don Rodrigue :
Jeunes! mais qui font tire aisément dans leurs yeux I//âlatdnte vertu de leurs traves ayeux,
n n^étoit point nécessaire d*une si fausse conjecture % puisque ce malheureux Don Sanche devoit ctre battu , aésarmé , sans blesser, ni sans être blessé ; et, pour sauves «a vie, contraint d'accepter cçtt^ honteuse condition »
Ht OBSERVATIONS
qui l'oblige à porter lui-mSme son épie à sa Maîtresse ,* de la part de ion pnnemi : cette procédure trop romanesque dûment ce premier discours , dtant certain quo jamais un homme de coeur ne voudra vivre par cette ▼oie. Mais ce n'est pas la seule faute de jugement que je remarque en cette scène , et ces vers qui suivent ni*en découvrent encore une autre.
L'heure à pre'sent m'appelle au Conseil ^ui s'assemhh» Ja Roi doit à soafils choisir un Gouverneur^ Ou plutôt m'/lever à ce haut rang fi*honMnr»m*% Ce que pour lui mon bras chaque jour exécute, ' Me âéfenâ de penser fu'aueuu me le di^ute^
nfiaioit* avec plus d'adresse, faire savoir à l'Audîteuf le sufetde la querelle qvi va naître , et non pas le £ûre dire , hors de propos » à cette suivante qui sert dans la xnaîson du Comte. Cet» familiarité n'a point de rapport avec l'orgueil qu'îl donne par-tout A ce personnage ; mais il seroit à souhaiter pour lui qu'il eût corrige de cette sorte tout ce qu'il fait dire i ce Comte deGormas^. afin que d^un Capitan ridicule , il eftt fait un holMifiteb honune : tout ce qu'il dit éunt plus digne d'un fanfaron , que d*une personne de valeur etdequalité« Et pour ne vous donner pas la peine d'aller Vous en dclairck dans son livre , voycL en quels termes ii fait parler ce Capitaine Fracasse.
Enfin vous Vemporte:^, et la faveur du Roi Vous élevé enmn rang qui n'étoit dà qu*âmoi*i*,
Jj!s exemples vivans ont bien plus de pouvoir :
Vr^ Prince dans un line apprend mal son devoin».^ *
Et qu'a fait y après tout , ce ^rand nombff ét^anniit # Que tu puisse égaler me de mes journées i Si ¥aus fûtes vaillant , je te sfUt aujourd'hui , jEt ce bras du Royaume est le plus ferme appui ; GrenaéLe et V Aragon treinbîent quand ce fer brille ; ^ùft nom sert de rempart à toute ta CastiUe ; Sans moi vous passeriez li tentât sous d'autres îoix , jEt si vous se m'avie^ , vous n'aurie^ plus de Rois» Chaque jour , chaque instant entasse , pour ma gloire ^ Jjaurier dessus laurier , victoire sur nctoirem JJ Prince , pour essai de générosité ; Gagne roit des combats , marchant à mon côté : X*oin des froides leçons qu'à mon Iras on préfère , Jl apprèndroit à vaincre , en me regardant faire.. JBt par-là cet honneur n*étoit du qu'à mon bras,,,, Vn jour seul ne perd pas un homme tel que moi..*. .Que toute sa grandeur s'arme pour mon supplice^ Tout l'Etat périra j s'il faut que je périsse».*. J)*an sceptre qui sans moi tomberoit de sa maij^... Jl a trop d'intérêt lui-même en ma personne , £/ tna tête en tombant feroit choir sa couronne,..^ Jdaîs t'attaquer à nwit qui Vet rendu si vain /
Sais-tu bien qui je suis f
Jdnis je sens que pour toi ma pitié s* intéresse $ J'admire ton courage et je plains ta jeunesse, ffe cherche point à faire un coup d'essai fatal : Dispense ma valeur d*wt conihat inégal ; Trop peu d'honneur pour moi suivroiâ cette victoire / A vaincre sans péril j on triomphe sans gloire.... On u eroiroit toujoms abattu son» effort ,
iH OBSERVATIONS
Et f 'aurais seuïemeni le ngrtt de ta inorN***
Retire-toi d'ici f *
• ••••• Es^tu si las de vivre i
Je croirois assurcmcnt qu*en faisant ce rôle , TAuteut . auroit cru faire parler Matamore et non pas le Comte , si je ne voyois que presque tous ses personnages ont Je même style» et qii*il n'est pas jusqu*aux femmes qui tie s'y piquent de bravoure. lis^esc « à mon avis, fondé sur l'opinion commune qui donne de la vanité aux Espagnols ; mais il Ta fait avec assex peu de raison , ce tne semble , puisque par-tout il se trouve d' honnêtes gens. Et ce scroit une chose bien plaisante , si parce que les Allemands et les Gascons ont la réputation d'aimer â boire et à dérober , il alloit un jour, avec une égale injustice , nous faire voir sur la scène un Seigneur de l^unede'ces nadons qui fût ivre, et l'autre coupeur de bourses, les Espagnols sont nos ennemis , il est vrai % mais on n'est pas moins bon François pour ne les croire pas tottsliypocondriaques$ et nous avons parmi nous un exemple si illustre, et qui nous fait si bien voir que la profonde sagesse et la haute vertu peuvent naître €n Espagne , qu'on n'en sauroit douter sans crime. Je parlcrois plus clairement de cette divine personne, si je ne craignois de profaner son nom sacré , et si je n^avois peur de commettre un sacrilège , en pensant £iire un acte d'adoration. Mais étant encore si éloigné 4es dernières fautes de jugement que je connois et que îe dois montiAr en cet ouvrage > je m'arrête trop à CCS premières que vous verrez suivies de beaucoup d'autres piu^ grandes. La seconde scène du Cid .n'est
SUR LE CI D. iif
pu pltts judicieuse que celle qui la précède» cef cent* Suivante n'y fait que redire ce que PAuditeur viefit à
riieure mcme d*appr€ndre« C'est manquer d'adresse f et faire une faute , que tes préceptes de Tart nous en^ soignent d'éviter toujours , parce que ce n'est qu'ennuyer le Spectateur > et qu'il est inutile de raconur ce qu*il a vu. Si bien que le Poëte doit prendre des temt* derrière les rideaux pour en instruire les personnages , sans persécuter ainsi ceux qui les écoutent. La troi-« ^eme scène est encore plus défectueuse > en ce qu'eHe attire en son erreur toutes celles où parlent l'Infante ou Don Sanche > je veux dire » qu*outre la bienséance mal observée en un amour si peu digne d'une fille de Koi 9 et Tune et l'autre tiennent si peu dans le corps
de la Pièce « et sont si peu nécessaires à la représenta'^
tion , qu'on voit clairement que Dona Urraque n'y est que pour faire jouer la Beau - Château , et le pauvre' Don Sanche ; pour s'y faire battre par Don Rodrigue. Et cependant il nous est enjoint par les Mairres de ne mettre rien de superflu dans la scène. Ce n*est pas que j'ignore que les épisodes font une partie de la beauté d'un Pocmc i mais il faut, pour être bons, qu'ils soient plus attachés au sujet. Celui qu'on prend pour ui|' Poème Dramatique est de deux façons , car il est oiz simple 9 ou mixte. Nous appelions simple celui qu^ éunt cm et continué , s'achève en un manifeste chan* gcmcnt y au contraire de ce qu'on attendoit , et sans aucune reconnoîssance. Nous en avons un exemple dans l^'Ajax de Sophocle , ou le Spectateur voit arriver tout se qu'il s'étoit proposé. Ajax, plein de courage, nf
^4, OIBSEÏLVATIPN.S
pQttjavl; «ndutcr d'êu^miptisé^^c giet w furie, er^ après qu'il est revenu à soi, rougissant des actions que 1^ rage lui avoit fait faire, et vaincu de honte, îls©^ tue* En cela il n'y a rien d'admirable , ni de nouveau» Le sujet mêlé , ou nonsimplc , s'achemine à sa fin , avec qj^elque changement opposé à ce qu'on attendoit , ou quelque .rw>nnoissancc , ou tous les deux ensemble,' Celui-ci , étant assex intrigué de soi, ne recherche prcs^v qu'aucun embellissement » au lieu que l'autre, étant trop nu, a besoin d'ornemcns étrangers. Ces amplifications, qui ne sont pas tout-à-feit nécessaires 5 mais qui ne sont, pas. aussi hois de la chose , s'appellent épisodes chet Aristotc , et l'on donne ce nom à tout ce que Ton peulf insérer dans l'argument, sans qu'il soit de Targument. m&me.Cos épisodes, qui sont aujourd'hui fort en usage, sont trouvés bons lorsqu'ils aident à faire quelque effe^ dans le Pocme : comme anciennement le discours d*Agamemnon , de Teucer , rde Menelaiis et d'Ulysse, dans l'Ajax de Sophocle, servoit pour empêcher qu'on n» privât ce Héros de sépulture j ou bien lorsqu'ils sont nécessaires , ou vraisemblablement attachés au Ppëmç qu'Aristote appelle épisodique, quand il pèche contre tette decniere règle. Notre Auteur sans doute ne savait pas cette doctrine , puisqu'il se fût bien empêché 4e mettre tant d'épisodes dans son Pocme, qui, étant inixte , n'en avoit pas besoin » ou si sa stérilité ne lui permettoit pas de le traiter sans cette aide, il y en devoit mettre qui ne fussent pas irréguliers : il auroit sans doute banni Dona Vrraque , Don Sanche et Don Arias i e{ u*auroit pas tu tant de feu à leur ùkt dirç des points» *
SUR LE CID. 117
Tii tant d'ardeur à la déclamation , qu'il ne se fut souvenu que pas un de ces personnages ne servoit aux incidens de son Poème , et n'y avoit aucun attadie* ment nécessaire. Je vois bien , pour parler aussi des modernes , que dans la belle Mariane , ce discours des songes que M. Tristan a mis en la bouche de Phérorc » n*étoit pas absolument nécessaire ; mais étant si bien lié avec la vision que vient d'avoir Hérode» il j ajoute une ^|>eauté merveillecae: vision, dis -je, qui Hit ellemême une partie du sujet , et dont les présages qu'on ^n tire « sont fondés sur «ne que ce Prince avoit eue' autrefois au bord do louidain* Il n*en est pas Hnû de pos bouches inutiles : ce qu'elles disent n'est pas seulement superflu ; mais les petsonnages le sont euxmêmes. Depuis cette dernière cascade , le jugement de routeur ne bronche point jusqu'à Touverture du second acte ; mais en cet endroit, s*il m'est permis d'user de ce mot , il fait encore une disparate. Il vient un certain Don Arias, de la partdu Roi , qui , à vrai dire , n'y Tient que pour' faire des pointes sur les lauriers et far la foudre, et pour donner sujet au Comte de Gormas 4e pousser une partie des rodomontades que je voua ai montrées. On ne sait ce qui Tamene ; il n*èxplique foïnt quelle est sa commission î et , pour conclusion de ce beau discours , il s*en retourne comme 11 est venu» L'Auteur me permettra de lui dire , qu'on voit bien qu'il
n'est pas homme d'éclaircissement , ni de procédé. Quand deux^ Grands ont querelle , et que i*un est o£* fcnsé à rhonncur , ce sont des oiseaux qu'on ne laisse ^int aller sur leur foi } le Prince leur donne def
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ii8 o&SË&VA;rioKS
gardes à tous deux , qui lui répondent ét ifutjs pes«| .
sonnes , et qui ne souffriroîcnt pas que le fils de Tun vînt fsàtt un appel à Tautce ; aussi voyons - nous bien la 4angereuse conséquence dont cette erreur est suivie 1^ et, parles maximes de la conscience, ie Roi ou l'Auteur sont coupables de la mort du Comte 9 s'ils ne s'excu* sent, en disant qu'ils n'y pensaient pas, puisque te commandement que fait après le Roi de Tarrcter , n'est pJUts de saison. Dans la troisième scène de ce mSmq acte , les délicats trouveront encore que le jugements géche, lorsque Chimene dit que Rodrigue n'est pa% Gentilhomme , s* il ne se venge de son pere : ce discount est plus extravagant que généreux dans la bouchq d'une fiUe, et jamais aucune ne le diroit, quand m8me elle en auroit la pensée. Les plus critique^ trouvcroient peut-être aussi que la bienséance voudroit que Chimene pleurât enfermée ch^ elle, et noc^ pas aux pieds du Roi , sî-tôt après cette mort; mais donnons ce transport à la grandeur de ses ressentimeri% et à Tardent désir de se venger , que nous savoi;is pourtant bien qu'elle n'a point, quoiqu'elle le dût avoir« Insensiblement nous voici arrivés au troisième acte , qui est celui qui a fait battre des mains i tant de monde , crier miracle à tous ceux qui ne savent pa9 discerner le bon or d'avec Talchymie, et qui seul a fait la fausse réputation du Cid. Rodrigue y paroît d'abord chez Chimene , avec une cpde qui fume encore du sang; tout chaud qu*il vient dp faire répandre à son pere i et» ptar cette extravagance si peu attendue i il donne d)^ L'homeuià tous les judicieux qui le voient » et quisa«
SUR LE CIIX tj^
Wnt que ce corps est encore dans ta maison. Cette
épouvantable procédure choque directement le sens commun i et quand. Kodrigue prit la résolution de tuer le Comte , il devolt prendre celle de ne revoir jamus SSL fille. Car de nous dire qu'il vient pour se faire tuer par Chimene, c'est nous apprendre qu'il ne vient que pour faire des pointes. Les filles bien ndcs n'usurpent jamais l'ofiSce de bourreaux; c'est une chose qui n'a point d'exemple , et qui seroit supportable dans uffe ëlcgic à Philis , où le Poète peut dire qu'il veut mourir d'une belle main ; mais non pas dans le grave Poème dramatique , qui représeitte sérieusement les choses comme elles doivent ctre» Je remarque dans la troi-* ^eme scène , que notre nouvel Homère s'endort encore ,^ et qu'il est hors d'apparence qu'une fille de la condition de Chimene n'ait pas une d| ses amies ches elle 9 après un si grand malhent que celui qui viene de lui arriver, et qui le^ obligcoit toutes de s'y rcn-^ dre 9 pour adoucir sa douleur par quelques consolation^. Il eut évité cette fiiute de jugement , s'il n'eût pae manqué de mcmoire , pour ces deux vers qu'Elvire die 'peu auparavant. *
Chimene est au Palais , de pleurs toute haigne'e ^ Ei n'en reviendra point que lien aeeonipagnée^
Maïs , sans nous amuser davantage à cette contra-^ diction*, voyons à quoi sa solitude est empioyt^e. A ^ ^lalre des pointes exécrables, des antithèses plirricides; à dire effirontcmcnt qu'elle aime , ou plutôt qu'cflf
iio OBSERVATIONS
adôtc t ce ibnt sck mott , ce qu'elle doit mut haïr , M/
par un galimathias qui ne conclut rien , dire qu^ellé veut perdre Rodrigue , et qu'elle souhaite ne le pouvoir pas. Ce méchant combat de Thonneuc et de Tamour auroit au moins quelque prétexte , si le tcms », par son pouvoir ordinaire, avoir comme assoupi les choses ; mais dans Pinstant qu'elles viennent d'arriver « que son pere n*est pas encore dans le tombeau , qu'elle a ce funeste objet , non-seulement dans Timagination ; maïs devant les yeux , la £aire balancer entre ces deux mouvemens , ou plutôt pencher cout-à-fait vers celui qui la perd et la deshonore, c'est tse tendre digne ée cette épiuphe d'un homme en vie \ mais endormi » qui dit ;
Sous cette casaque noire , Repose paisiblement L'Auteur d'heureuse métnoire^ AttenâoM lefugetneàt»
Ensuite de cette conversation de Chimcne avec Eivire, Rodrigue sort de derrière une upisserie, et se présente effrontément à ce^e qu'il vient de faire orpheline : en cet endroit Tun et l'autre se piquent de bcaux.mots, de dire des douceurs, et semblent dis-» puter la vivacité d'esprit en leurs reparties , avec aassf peu de jugement qu en auroit un homme qui se plains droit en musique dans une aifliction , ou qui, sp voyaat boiteux, voudroît clocher en cadence. Mais, tout-if* «oup, ce beau discoureur» Rodrigue, dçviçutjmpudent,
SUR LE C I D. ui
et dit à Chimene » paciant de ce qu'il a tué celui dox^t cUe tenotc la vie :
Qu'il U feroU eitcùr , avoii à U faire,
A quoi cetce bonne fille riSpond , qu^elle ne le blibne poinf , qu'elle ne l'accuse point , ec qu'enfin il a fort bien fait de tuar son pci e. O jugement de TAutcur ! à quoi songez -vous? Oraison de l'Auditeur 1 qu'êtes-*
vous devenue ? Toute cette sccnc est d'égale force ;
mais > comme les Géographes marquent » pat un point t toute une Province y le peu que j'en ai dit suffira pour la faire concevoir entière. Celle qui suit nous fait voir le pere de Rodrigue^ qui parle seul comme un fou, qui t'en va la nuit courir les rues , qui embrasse je ne sais quelle ombre fantastique , et qui» le plus incivil de tous les mortels, a laissé cinq cents Gentilshommes chet lui qui vcnoicnt luiorTrir leur épde. Mais, outre que la bienséance est mal observée » j'y remarque une faute ^e jugement assez grande , et pour la ^pit avec moi 9 il faut se souvenir que Femand étoit le premier Roi de Castilie i c'est-à-dire. Roi de deux ou trois petites Pror vinees. De sorte qu'outre qu^l est assez étrange que cinq cents Gentilshommes se trouvent à la fois che& un de leurs amis qui a querelle , la coutume éunt» en ces occasions , qu'après avoir offim leur service et leur épée , les uns sortent à mesure que les autres entrent ; Il est encore plus hdfs d'apparence qu'une aussi petite Cour que celle de Castilie étoit alors, pût fournir cinq cents Gentilshommes à Don Dieguey^et pour le moins autant au Comtç de Gormas » si grtnd seigneut
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ixx OBSERVATIONS
cr tant en réputation t sans ceux qui demeuroient neu* très f et ceux qui restoient auprès de la personne du Roi* C'est une chose entièrement éloignée du vraisemblable , et qu*à peine pourroit faire la Cour d'Espagne en Pécatoil sont les choses maintenant. Aussi voit-on bien que cette grande troupe est moins pour la querelle de Bodrigue , que pour lui aider à chasser les Mores; et quoique les bons Seigneurs n'y songeassent pas , TAuteur qui ùàt leur destinée , les a bien su forcer , malgré qu*lte en eussent » i s'assembler , et sait lui seul à quel iisage on les doit mettre. Le quatrième acte commence
par une scène ou Chimene» aimant son pere à Taccoutomée , s'informe soigneusement dn succès des armes
de Rodrigue , et demande s'il n'est point blessé. Cette scène est suivie d'une autre , qu'il suffit de dire que £ait l'Infante , pour dire qu'elle est inutile. Mais en cet endroit il faut que je dise que jamais Roi ne fut si mal obéi que Don Fernand » puisqu'il se trouve que » malgré Pordre qu'il ai^it donnée dès le second acte, de munir le port , sur i*avis qu'il avoir que les Mores venoient l'attaquer , il se uouve , dis-je ^ que Séville étoit prise t son trône renversé > et sa personne et celles de ses cnfans perdues , si le hasard n'eût assemblé ces bien-* heureux amisr de Don Dîegue , qui aident Rodrigue i le sauver» Et^ cerw,le Roi , qui témoigne qu'il n'ignore point ce désordre , a grand tort de ne punir pas ces coupables « puisque c'est par leur seule négligence que l'Auteur £ût:
• Quê d*wi conumm effort ,
Lii^Mores et la mer eotnat dedans U foru
SUR LE C I D. rt|
Ma»s il me permettra de lui dire que cela n'a pas grande apparence, vu que la nuit on ferme les Juvres d'une chaîne , principalement ayant la guerre, et de plus des avis certains que les ennemis approchent. Ensuite Udit» parlant encore des Mores :
- UsanerêMgUsdêtetndutt»
Ce n'est pa< savoir le métier dont il parle ; car , en cet
occasions où rdvdnemcnt est douteux, on ne mouille point l'ancre » a&n d'être . plus en état de fime retrait^ «i Von s'y vmt fiwrcé. Mais je ne suis pas encore à la fin de ses fautes; car, pour découvrir le crime de Chianene , le Roi s'y sert de la plus méchante finesse du inonde ) et , malgré ce que le Théâtre demande de sém jdeux en cette occasion , il fait agir ce sage Prince comme un en£mt qui seroit bien enjoué , en la qua^ triemc scène du quatrième acte. Là , dans une action de telle imporunce » où sa justice devoit 8tre balancée avec la victoire de Bodriguc, au lieu de b rendre à' Chimcnc, qui feint delà lui demander, il s'amuse à lui faire pièce , veut éprouves si elle aime son amant i et , en un mot , le Poëte lui ôte sa couronne de dessus la tête pour le cocffer d'une marotte. Il devoit traiter avec plus de respect la personne des Rois , que l'on nous apprend 6tre sacrée , et considérer celui-ci dans le trône de Castlile , et non pas comme sur le Théâtre de Mondori, Mais tonte grossière qtt*est cette fourbe , eUe fait pourtant donner cette criminelle dans le piège qu*on lai tend , et découvrir aux yeux de toute la Cour» par un évanouissement > l'infâme passion qui la possède? Itn«
U4 OBSERVATIONS
lui sert de rien de vouloir cacher sa honte, par une ûmsBm
aussi mauvaise que U première >dcant certain que malgré ce quolîBet qui dit : «
Qu^cn se pâme di joU > aiiui fuêde tristesse»
la cause de la sienne est â ▼isihle , que tous ceux qui
•ont rame grande, dcsircroient qu'elle fûf morte, et non pas seulement évanouie : a'msi le quatrième actç t'achève après que Fernand a £ût la plus injuste or'* donnance que Prince imagina, jamais. Le dernier n'est pas plus judicieux que eeux qui l'ont devancé. Dis Touvcrture du Théâtre , Rodrigue vient , en plein jour t levoir Chimenc ^ avec autant d'e&ontede que 8*il n'en avok pas tué le pere < et la perd d'honneûr abso* lument dans Tesprit de tout un Peuple qui le voit ttitoerehet elle. Mais si ie ne cralgnois de fititele plai« sant mal -à - propos, je lui dcmanderois volontiers , s'il a donné de l'eau hénite en passant à ce pauvre mort , qui vraisémblabtement est dans la salle. Leur se* condc conversation est de mGmc style que la première : file lui dit cent choses dignes d'une prostituée « pour l'obliger à battre ce pauvre sot Don Sanche ; et , pour conclusion, elle ajoute, avec une impudence épouvantable:
Tedirui-Jé encor plus} Va , son^e à ta défense , Pour forcer mon devoir , Dour m: imposer silence $ Etr ùjamaU Vamour Jchaufii us esprits Sors vainqueur d'un combat dont Chimene est le prix^ Jidieui Qs mw UM méfait rougir de hoate^
s U R L E C I D. itf
Klle a bien raison de rougir et de se cacher , apr^ me
action qui la couvre d'infamie9 et qui la rend indigne •de Toir la lumière. La seconde et troisième scene n'est qu*unc continuelle extravagance de notre Infante superflue. La quatrième qui se passe entre Elvire et Chimene ne sert pas plus au sufet. La cinquième « qui fait arriver Don Sanche > me fait aussi vous avertir que irons prtïâeL garde , que daâs le petàt espace de tems qui s^^coule à réciter cent quarante vers > 1* Auteur fiie aller Rodrigue s'armer ciiei lui « se rendre au lieu du combat, se battre , êtxt yadnqtteiiry ddeasmarOon Sânchc , lui rendre son épée > lui ordonner de l'aller porur à Chimene» et le tems qu'il faut à Don Sanche pour venir de la place chez eHe h tout cehi se fait pendant qu'on récite cent quarante vers, ce qui est absolument imposable , et qui doit pasier pottt une grande faute de conduite. Quand nous voulons prendre ainsi des tems au Thdatre , il faut que la musique ou les choeurs » qui font la distinction des actes » nous en don* ncnt le moyen dans cet intervalle ; car autrement les choses ne doivent 8tre représentées que de la même fiiçon qu'elles peuvent arriver naturellement. Dam toute cette scene dont je parle» Chimenc joue le personnage d'une furie , sur l'opinion qu'elle a ^que Rodrigue est mort, et dit au misérable Don Sanche tout ce qu'elle devoir raisonnablement dire à l'autre quand il eut tué son pere. Ce n'est pas qu^i n*y ait quelque chose d'agréable en cette erreur ; mais elle n'est pasr ' judicieusement traitée : il en falloir moins pour être bonnes parce qu'il est hors d'appareâce qu'au mUiea
Liij
txt OBSERVATIONS
de ce grand â4X de paroles , Don Sanche, pour la désxy buser, ne puisse pas prendre le tems de lui crier : 11 n'est pas mort. Comme ils en sont là, le Roi et toute la Cour arrivent» et c'est devant cette grande assemblée que Dame Chimene levé le masque , qu'elle confesse ingénuement ses folies dénaturées , et que , pour les achever, voyant que Rodrigue est en vie > elle prononce enfin un oui si criminel, qu'à l'instant mcme le remords de sa conscience la force de dire :
Sire , quelle apparence en ce trisie hymenée f
même jour commence et finisse moh deuil , Mette en mon lit Rodrigue , et mon pere au cereUÊU f Oesttrop d'intelligence avec son homicides yen ses mânes sacrés y ^est me rendra perfide, JE t souiller mon honneur d*un reproche étemel , D'avoir trempé mes mains dans le sang pater/^eL
Demeurons - en d'accord artc elle , puisque c'est la seule chose raisonnable qu'elle a dite-, et , avant que de passer de la conduite de ^e Pocme , à la censure des vers , disons encore que le Théâtre en est si mal entendu , qu'un mcmc lieu représentant Tappartcment du Koi, celui de l'Infante, la maison de Chimene ee la rue / sans presque changer de face , le Spectateur ne sait le .plus souvent où sont les Acteurs. Maintenant pour la versification , j'avoue qu'elle est la meilleure de cet Auteur ; mais elle n'est point assez, parfiiite pour avoir dit lui:même qu'il quitte la terre , quo aon vol le cache dans les cieux , qu'il y rit du dé-* sespoh: de tous ceux qui l'envient , et quUl n'a point
ÇUR LE CIIX U7
de rivaux qui ne soient fort honori-s quand il daigne les traiter d'égaU Si Malherbe en avoit dît autant » ' Je doute même si ce ne scroit point trop. Mais voyons un peu .si ce-tfoleii» qui cioit être aux cieux> est sans tache \ ou si , malgré soi^ éclat prétendu ». nous aurons la vue assez forte pour le regarder fixement , et pour les appercevoîr. le conimence par le premier vers de ia Pièce.
Entre tous ses Amans dont la jeune ferveur*
C'est parler François en Âilcmand , que de donna: de la jeune^ h la ferveur. Cette épithete n'est pas en son lieu , et fort improprement nous dirions ; Ma jeune peine > ma jeune douleur» ma jeune inquiétude, ma îemie eraiâte , et mille autres semblables termes va^ propres.
Çt n'est pas que Chimene écoute leurs soupirs ^ Ou d'un regard propice anime leurs désirs^
Cela manque de construction; et, pour qu'elle y At« il falloir dire , à mon avis : ce n'est pas que Chimene écoute leurs soupirs , niiiue, d'un regard propice , eflc
anime leurs désirs.
Tajuqu*a duré sa force , a passé pour miryeiJk,..m
Ici 9 tout de mtme 9 il faUoit dire : a passé pour une
merveille.
L'heure à prisent m'appelle au conseil qui s'assenihlf*
Ce mot d'à ptésent e$t ttop bas pour les vers t et ^ui
1x9 OBSERVATIONf
' s*assem1>ie , est superàui il sufSt de dire : Pheure m*ap«
pelle au conseil.
Deux mou » doM tous vos sens doifeui être diarmds»9*m
n n'est point vrai qu*une bonne nouvelle cliamie tous les sens, puisque la vue, Podorat, le goût, ni l'attouchement n*y peuvent avoir aucune part. Cette figure qui fait prendre une partie pour le tout « et qui chez les savans s'appelle synecdoche> est ici trop hyperbolique.
EtjejHSUswùis pensipeet trisd ékâqwt four.
L'informer avec soin comme va son amo un,. •
Cela n'est pas bien dit ; il devoit y avoir, et je vous vois pensive et triste chaque jour, vous informer, et
non pas rinformcr comme quoi va son amour » ecnon
pas comme va son amour.
Que fe meurs , sHl s'achève , êsne s'achève pas**..
Pour la construction > 11 fallolt dire : que je meure , s*il l'achevé et s'il ne s'achève pas.
ILlle rendra le calme à vos esprits Jlottans,,%*
Je ne tiens pas que cette façon d6 faire flotter les esprits soit bonne, joint qu'il falloir dire l'esprit, parcçque les esprits , en pluriel , s'entendent des viuux et des animaux , et non pas de cette haute partie de Tame » où réside la volonté.
Maplus douce espérance est de perdre Vespoir,**.,
SUR. L £ C I D. i%9
Ce vers* ù je ne me trompe » n^est pas loin du galî* xnathias.
Le Prince^ pour estai de eénérosit/0 • • •
Ce mot d*e$sai , et celui de générosité , étant si prie
Tun de l'autre , font une fausse rime dans le vers, bien, désagréable » et que Ton doit toujours éviter*
Gagiuroit des conéati, mattkani à mou câtét
On dit bien : gagner une bajtailte % mais on ne dil point gagner un combat.
Parlons-^ mieux f le Roi fait honneur à votre âge». ,m
Jjx césuremenqne 1 ce ver^
Le premier dent ma mceedt va mgirlefiùntm.w
Je trouve que le front d'une race est une assez étrange* chose ; il ne folloît plus que dire ; les brai de ma ttgnée > €t les cuisses de ma postérité. ' < *
Qui tomle'sur son ehef, rejaillit sur monfront,^,^
Cette £içon de dire le chef, pour la tête , est hofs' de mode , et TÂuteur du Cid a tort d'en user si spuvent» ^
Aa surplus , pour ne te point flatter,
Ce mot de surplus est de cliicanc, et non de Poésie, ni de la Cour.
Se faire un beau rempart de mille funérailles..**
J'aurois bâti ce rempart de corps morts et i*wgam
ijo OBSERVATIONS
brisées , et non pas de funérailles ; cette phrase est extravagante , et ne veut rien dire*
Plus l'offenseur est chen •
Ce nft>t d'offenseur n'est point François i et , quoique son Auteur se croie assez grand honune pour enrichir la langue , et qu'il use souvent de ce terme nouveau 9 je pense qu'on le renverra avec Isnel.
A nton aveuglement ren^e^ m peu de jour»».»
On ne peut rendre le jour à l'aveuglement l mais oui bien à l'aveugle*
Allons, mon ame, et puisqu'il faut rnoonr...*
raimerojs autant dire : allons, moi^&me, et puisqu'il
faut mourir 5 cette exclamation n'a point de sens.
Respecter une amour dont mon> ame /garde
• Voit la perte assurée,
Ce mot d'égarer n'est mis que pour rimer*» et n'a
AuUe signification en cet endroit.
Je rendrai mon sang pur , comme je l'ai reçu,^,.
Je ne sais dans quel aphorisme d'Hîppôcrate l'Auteur a remarqué qu'unp mauvaise action corrompe le sang ; mais» contre ce qu'il dit, je crois plus raisonnablement que Rodrigue Ta tout brûlé par «ette noire mélancolie qui le possède*
• ••••• Ce grand courage céde.^^t
n y prend grande part ••••
SUR LE CI D. 15Z
m • • # • • Un si grand crime^.»*
Et quelque grand quUlfùt,,.,
Pour un grand Pocte » voUà bien des grandeurs qui se touchent.
Pour te faire abolir, sont plus que suffisans,.*.
Sont plus quesufEsans» est une façon de parler basse et populaire » et qui ne veut tien dire , non plus qu'un» autre dont il se sert quand Udit:
Faire V impossible •
A le bien prendre , c'est ne vouloir rien faire 9 que de ▼ouloir faire ce qu'on ne peut £ûre« On pardonne ces fautes aux petites gens qui s'en servent; mais non pas aux grands Auteur^ » tel que le croit être celui duCid* U dit , en parlant de la querelle de Diegue :
Elle a fait ixf^de bruit pour ne pas s'aceQrder»*.^
Il faut dire » pour n'être pas accordée , car elle ne Raccorde point elle-même.
Les homnus valeureux lesom Su premier coup,...
Ce premier coup est une phrase trop baiM pour la
' Vbus laisse^ choir ainsi eeg/n/reux courage.... Faire choir un courage , n'est pas proprement pattcSr»
Si y dessous sa valeur^ ce grand guerrier s'abat,*^*' Outre qi*c ççttç parole de s'abat , a le ^on trop appro-
1)1 OBSERVATIONS
chiat de celui du sabat > il falloxc dire : G«t abattu, et non pas s*abat.
te Portugal fi teni ,\ tt sis noblet foum/es , Porter deAà les mers ses hautes destiiUes,».**
11 falloic dire ses grands exploits > car ses nobles journées ne disent rien qui vaille.
Au milieu de l'Afrique , arborer ses lauriers,,